‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 103 sur 144 · Dehaisnes, l'Art chrétien en Flandre, p · texte numérisé non relu

Dehaisnes, l'Art chrétien en Flandre, p

imaginaire pour entrer dans le réel, dont il fera, comme Ton sait, son domaine propre. Il arrive à l'individualisation des types, à la vérité de l'expression et de l'attitude à peu près en même temps que l'art français; mais il se distingue bientôt de celui-ci par un coloris plus frais, plus varié, par une humeur plus gaie, et, en revanche, par moins d'élévation dans l'idée, moins de distinction dans la composition. Un magnifique B majuscule, œuvre d'un religieux de Marchiennes, nous montre, au milieu d'une chaîne d'anneaux, et se détachant sur l'or, le roi David pinçant de la harpe, quatre calligraphes munis du clamiis ou du brunissoir, un enfant coupant la tcte à un guerrier, un second frappant le carillon, un troisième saisissant un lion par la crinière, et d'autres personnages faisant de la musique; le contour extérieur de la lettre offre seul des tètes fantastiques. Il y a dans cet ensemble un certain air d'espièglerie annonçant à l'avance les tableaux de mœurr. amusants ou familiers qui feront un jour la fortune des maîtres flamands. Dès lors, la tendance réaliste s'accentue de plus en plus chez eux. Elle s'accuse nettement, au xV^ siècle, avec Jean et Hubert van Eyck, dont l'énorme influence place tout à coup au premier rang l'art de leur pays. Cette influence n'était pas due seulement au perfectionnement de la peinture à l'huile, dans lequel on a généralement attribué un rôle décisif à l'un des deux frères. Elle tenait aussi au principe bien arrêté, et mis en œuvre avec une habileté surprenante, d'imiter la nature avec une fidélité presque excessive. « Dans leurs délicieuses peintures, si pleines de fraîcheur et de délicatesse, dit un excellent critique, la matière commence

déjà à étouffer Pâme ^ « Ce double caractère éclate dans le petit nombre de manuscrits ou Ton a recomiu leur faire ou celui de leur ^œur Marguerite, leur collaboratrice, notamment dans le bréviaire du duc de Bedford, beau-frère de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui était le protecteur particulier de van Eyck. Le coloris éclatant de ces illustres maîtres et de leurs élèves exerça également sur les artistes étrangers une séduction toutepuissante. Or cette qualité dominante, ils ne l'acquirent eux-mêmes qu'en voyageant et en combinant les recettes en usage dans les autres écoles pour la fabrication des couleurs. Rien de plus curieux pour l'histoire de l'art que les recherches auxquelles se livrent à cette époque les peintres de la Flandre. Non seulement leur chef, Jean van Eyck, va de cour en cour étudier les collections princières et devient un artiste en quelque sorte cosmopolite; non seulement ses disciples sont appelés par le duc Jean de Berry, par le roi René, par divers grands seigneurs, pour leur peindre des livres d'heures ou des tableaux; mais les plus obscurs d'entre eux visitent la France, l'Italie, l'Angleterre, et y font de véritables enquêtes sur la manière et les procédés de leurs confrères. Ils s'établissent pour un temps à Paris, à Londres, en Lombardie, à Rome, et ne manquent pas d'en rapporter de précieux renseignements-. Ils ne sont pas les seuls, du reste; car plusieurs Français en font autant, et le contact salutaire produit par toutes ces allées et venues, les confrontations, les échanges qui en.

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