‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 102 sur 144 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

École flamande. — École germanique. ^ École anglo-irlandaise. — École espagnole. — École italienne. — Art byzantin. — Ornementation des livres slaves et orientaux.

Chez la plupart des peuples européens, Tornementation des manuscrits a suivi la même marche qu'en France; les Byzantins seuls, placés en dehors de la latinité, ont formé une école indépendante, dont les évolutions ne correspondent nullement à celles des autres. Nous ne nous arrêterons donc pas à délimiter et à caractériser de nouveau les phases par lesquelles ont passé simultanément, à quelque vingt ans près, tous les arts nationaux dérivés de Tart latin. A proprement parler, d'ailleurs, ces arts ne font qu'un jusqu'au xiii" siècle; c'est alors seulement, c'est au début de la période naturaliste, que les divergences s'accusent, que les écoles nationales s'établissent, à la faveur de la liberté laissée à l'initiative* individuelle par le relâchement du frein des antiques traditions.

L'enluminure flamande, en particulier, se confond avec celle des pays voisins jusque vers le temps de saint

Louis. Ses premiers essais ne diffèrent que par des nuances insensibles de ceux des Anglo-Saxons, des Allemands, des Français surtout. La Flandre, en effet, ne formait pas une nation à part, et les goûts artistiques si prononcés qui la distinguèrent depuis n'eurent guère Toccasion de se développer avant Félévation de ses comtes sur le trône de Constantinople, qui créa des relations directes entre elle et les héritiers des anciens maîtres grecs ; encore ces héritiers étaient-ils déjà bien dégénérés à l'époque du couronnement de Baudouin. On a rattaché les premières productions calligraphiques de cette contrée à Tinfluence des nombreux missionnaires venus d'Ecosse ou d'Irlande aux vii^ et vni* siècles. La plus ancienne paraît être un évangéliaire conservé dans réglise de Maseyck, sur les rives de la Meuse, et illustré, dit-on, par les deux filles d'Allard de Denain, qui fondèrent le monastère de ce lieu en 714. Mais ces pieuses sœurs avaient été élevées à Valencicnnes, et rien n'indique qu'elles aient dû leur talent aux leçons d'un étranger. Du reste, les portiques romans et les figures d'évangélistcs qui décorent le manuscrit lui assigneraient plutôt une date un peu plus récente. Par une étrange coïncidence, c'est au petit village de Maseyck que devait voir le jour le créateur du grand art flamand, Jean van Eyck : peut-être le vénérable monument qui faisait l'orgueil de son pays natal a-t-il été pour quelque chose dans la vocation de ce sublime artiste. Quant aux ouvrages exécutés aux temps carlovingiens par les moines de Saint-Bcrtin et de Saint- Amand, et dont certains critiques ont voulu faire honneur à la Flandre, il est évident qu'ils appartiennent,

ainsi que bien d'autres, à la France du nord et à la race wallonne. Les bibliothèques de Bruxelles et de la Haye possèdent des évangéliaires du x' et du xf siècle renfermant, soit des dessins à la plume, où M. Waagen a cru distinguer l'influence irlandaise, soit des enluminures à la gouache, oui il s'est plu à reconnaître le genre allemand : le vermillon et le vert y sont appliqués purs ; mais l'éclat de certaines surfaces trahit le mélange de la gomme avec les couleurs ^ A l'époque romane, on peignait dans les abbayes de Stavelot, de Marchiennes et d'Anchin de grandes lettrines historiées, et même quelquefois des miniatures détachées, où l'élément fantastique se mêle, comme dans les manuscrits français, aux sujets sacrés. « On y voit passer les dragons étranges, symboles du démon, les sirènes séduisantes qui représentent l'impureté, les oiseaux à tête humaine, les hommes à pied fourchu et à la tête de guivre, et tout un monde de Jongleurs, de monstres, d'êtres impossibles, qui grimacent, gambadent, se prennent par les cheveux, se lancent des flèches, se déchirent, se dévorent entre eux; et souvent, au milieu de ce pandémonium, un moine, le brunissoir à la main, enlumine un manuscrit; une sainte se tient debout, calme et pieuse, recouverte d'un voile, revêtue d'une tunique aux longs et chastes plis. Ce sont les idées du nord, c'est l'imagination des Germains et des Irlandais qui a jeté sur le vélin des livres sacrés ces créations fantastiques; mais les enlumineurs y ont mêlé l'idée chrétienne^. »

Au xiii" siècle, l'art flamand sort de ce monde

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