‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 106 sur 144 · ST · texte numérisé non relu

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(Tiré Ju brijvlalre Grimaiii, Je Venise, cJiiioii Zaïutto ci Je M.ii-Latrio.)

bien des paternités douteuses, notamment celle de

plusieurs livres de prières conservés à Munich et à la Haye, et Ton ne saurait, en définitive, affirmer autre chose qu'une étroite parenté entre les peintures de son école et une partie de celles du bréviaire Grimani. Quoi qu'il en soit, le volume en question forme à lui seul une éblouissante galerie : la première fois qu'on y pénètre, on en sort grisé; car, placé sur la limite commune du moyen âge et de la Renaissance, ce chefd'œuvre unit encore l'idéalisme élevé du premier aux séductions magiques de la seconde. Seulement, quand l'artiste nous montre à chaque page du calendrier le Créateur (ou le Temps) assis dans un char traîné par deux chevaux et précédé de l'étoile du matin, il nous paraît oublier un peu trop l'objet du livre pour les idées mythologique^ en faveur de son temps. Cent dix miniatures accompagnent les douze mois, les offices des fêtes et ceux des principaux saints de l'année. Le dessin de figure, l'expression, le coloris y sont presque sans défaut. Le nu est prodigué, chose insolite; mais il est habilement traité, ce qui est plus nouveau encore. Les proportions sont généralement justes. On ne remarque pas sans un certain étonnement des dispositions imitées depuis par Raphaël, qui avait peut-être contemplé ce trésor à Saint-Marc de Venise : sa Transfiguration rappelle tout à tait la scène de l'Ascension du bréviaire. La chasse placée en regard du mois d'août est reproduite plus exactement encore dans un tableau à l'huile d'Albert Durer, qui se trouve à Munich. Le paysage, l'architecture ne sont pas moins bien traités. Comme l'a dit M. de Laborde, les villes de la Flandre sont encore telles aujourd'hui que du temps de Mem-

ling et de ses e'mules : qui a vu leurs miniatures a vu ces perspectives courtes, ces petites maisons aux façades bariolées, uniformes, ressemblant à des joujoux, et ces rares promeneurs perdus au milieu de larges rues, que Ton rencontre dans la plupart des vieilles cités belges. Malheureusement le public français ne peut admirer les beautés du bréviaire Grimani que dans quelques chromolithographies assez médiocres, jointes aux Evangiles publiés par Curmer, et dans une édition photographique beaucoup plus soignée, mais offrant tous les inconvénients d'un pareil procédé, donnée par MM. Zanotto et de Mas-Latrie'.

La Flandre produisit encore quelques bonnes peintures sur vélin dans le cours du xv!*" siècle. Une particularité à noter, c'est que les abbayes de cette contrée, celles d'Anchin et de Marchiennes principalement, continuèrent jusqu'à cette époque à faire concurrence aux artistes laïques. Leurs enlumineurs nous ont légué des Vierges et des Madeleines aussi remarquables que celles des Van Eyck et des Memling, et, chose curieuse, aussi réalistes, c'est-à-dire aussi conformes aux fraîches et riches natures de femmes qui les entouraient: on serait donc mal venu à ne voir dans cette tendance générale de Part que l'effet de la sécularisation. Le vmcme caractère se rcllète avec une égale intensité dans le bréviaire d'Henri VIII, légué par ce prince à la cathédrale de Tournai et dans les autres livres d'heures décorés par les derniers miniaturistes flamands. On a cependant observj, et non sans raison, que ceux-ci

I. Cette belle reproduction, très peu répandue, se trouve à In Bibliothèque nationale.

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as8 LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

avaient gardé jusqu'au bout une certaine raideur allemande dans le dessin d''ornement, et qu'ils n'avaient point acquis dans cette partie la même supériorité que dans la figure. Au reste, les dévastations commises dans leur pays par les Gueux, qui détruisirent, avec d'autres objets d'art, une quantité de manuscrits à peintures, nous ont privés d'une bonne partie des éléments qui permettraient d'émettre sur ce point un jugement plus complet et plus motivé.

L'école germanique brilla surtout à l'époque carlovingienne. Les premiers empereurs allemands avaient hérité, comme les successeurs français de Charlemagne, des nobles goûts de cet insigne restaurateur des arts et des traditions établies par lui ; avant son règne, l'Allemagne n'existait pas. Aussi retrouvons-nous dans leurs évangéliaires les grandes images impériales des livres de Charles le Chauve. La figure de ce dernier prince assis sur son trône, entouré des attributs de sa puissance, semble même avoir servi de modèle à celles d'Othon m, de Henri II surtout, tant pour le personnage que pour les accessoires. Ceci nous montre que nous n'avons pas là de véritables portraits ; ce sont des représentations conventionnelles et fixes, dans le genre des « types de majesté » gravés sur les sceaux. Peutêtre est-ce également à l'imitation de quelque image de Charlemagne ou d'un de ses deux successeurs immédiats que nous devons de voir la France [Gallia) figurer, un rameau à la main, parmi les contrées vassales qui s'inclinent devant la couronne impériale, dans le livre d'Othon conservé à Munich; car cet empereur ne pou-

vait viser à étendre sa suzeraineté sur les provinces françaises : il était réservé à d''autrcs temps de voir de pareilles prétentions s'alFichcr au grand jour. Toutes ces peintures allemandes sont du même style que celles de nos artistes carlovingiens. Dans les évangéliaires exécutés au Nicdcrmunster, à Bamberg , à Trêves,

ne. 81I. — M A a I n- M AD F, i K 1 N r.. xvi'' sitcle. Tiré d'un ms. de Douai, reproduit p.ir M. Dehaisiies dans VAil cliràU'u en Flambe.

chacun des quatre évangélistes forme le sujet d'une miniature, ou il est accompagné non seulement de ses attributs ordinaires, mais de la représentation symbolique et rudimentaire de quelques-uns des faits racontés par lui. Les tètes ont déjà une certaine pureté propre à Técole rhénane. L'élément irlandais ou saxon sj recon-

2(îo LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

naît aussi dans Tornementation, sous la forme de serpents, de dragons et d'enroulements fantaisistes. Mais le principal centre artistique de la Germanie est alors le monastère de Saint-Gall, aujourd'hui en Suisse. C'est là que fleurissent Tabbé Salomon, dont le pinceau renommé embellit les livres écrits par ses religieux, et le moine Jean, auteur de la décoration de l'oratoire impérial d'Aix-la-Çhapelle. C'est de là encore que sort le plus beau spécimen de Tantique peinture allemande, CQ.Psalterium aiireum, àoninne. publication récente, duc à M. Rahn, permet d'apprécier de loin tout le mérite. Les initiales de ce précieux manuscrit sont rehaussées d'or et de quelques « histoires ». Ici, c'est le roi David, entouré de musiciens et de danseurs; là, ce sont des forteresses assiégées, dessinées par une plunie naïve. Là figure est encore grossière, mais l'ornement a beaucoup d'éclat. Dès cette époque, le rose et le vert dominent dans Tenluminure germanique, soit seuls, soit associés au bleu : ce sont, pour ainsi dire, des couleurs nationales, pouvant servir au besoin à faire reconnaître l'origine des manuscrits; on les retrouve jusque dans la région néerlandaise et jusqu'au fond de la Bohème.

Malgré l'importation de certains modèles grecs à Saint-Gall et ailleurs, malgré l'emploi de la gouache et d'autres perfectionnements de détail, l'art allemand, à partir du xi'' siècle, demeure en arrière sur celui des pays latins. Au xii% il produit encore une œuvre d'un haut intérêt, VHortus deliciariim de l'abbesse Herradc de Landsperg, qui a fourni au P. Cahier le sujet d'une étude spéciale sur le costume ^ En effet, l'imitation de

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