I. Voy. le P. Cahier, Nouveaux mélanges, IV
la nature s'y dcnote déjà dans quelques parties, par exemple dans riiabillement des soldats du Massacre des ijuioccnts, qui sont de vrais chevaliers du temps, et dans les figures bien allemandes de Y Ensevelissement de Moïse, composition très supérieure aux autres dessins du livre. Le souci de la vérité n'a cependant pas
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(Tiré Je VHoilus dclic .ntt ii, ms. d- Strasbourg, dc;ruit en 1S70.
empêché Tariiste de représenter les Muses vêtues, et vêtues d'un costume byzantin; et ici, il n'a point obéi, comme on le croirait, à un scrupule de pudeur, car son œuvre comporte un certain nombre de personnages nus d'une exécution très naïve. Ce précieux volume, commencé vers iijS, avait survécu à tous les désastres des siècles passés : il n'a point échappé à la sauvagerie
moderne. Les bombes prussiennes Tont anéanti, le 25 août 1870, avec les autres trésors de la bibliothèque de Strasbourg; nous en sommes réduits à une reproduction héliographique, accompagnée d'un texte explicatif par le chanoine Straub. A peu près à la même époque, une autre abbesse, celle du Niedermiinster, illustra un évangéliaire assez curieux qu'on voit encore à Munich. Elle s'y est peinte elle-même, couverte d'un voile bleu et d'une robe lie de vin, offrant son livre à la mère de Dieu; plus loin, au centre d'un tableau ayant pour sujet la hiérarchie ecclésiastique, elle a voulu représenter saint Erhard, évêque de Ratisbonne, en vêtements épiscopaux d'une forme particulière. Ses costumes paraissent empruntés à la fantaisie; mais ses types de femmes aux longs cheveux blonds appartiennent bien à la race allemande. Toutes ces peintures ont des traits communs : la rudesse des mouvements et des expressions, la richesse un peu sauvage des ornements et du coloris trahissent une civilisation de fraîche date et un peuple arrivé tardivement à la culture des arts. Aussi ses miniaturistes se contenteront-ils de suivre de loin, pendant le reste du moyen âge, les progrès et les transformations inaugurés par les autres écoles. Ils produiront de beaux livres d'heures à la façon des Flamands; Thomas de Hoemmerlein,ou Thomas à Kempis, se fera même une réputation en décorant celui de Catherine, duchesse de Gueldres, et quelques autres non moins estimés; mais,' de l'aveu de tous les critiques, et môme de M. Waagen, l'historien de la peinture allemande, ils se tiendront longtemps dans une infériorité relative.
Les origines de renluminurc anglaise remontent beaucoup plus haut, parce que la Grande-Bretagne, et surtout rirlande, son initiatrice, fut de très bonne heure couverte de nombreux monastères, qui devenaient autant de foyers littéraires et artistiques. Dès son début, c'est-à-dire au viT siècle, elle s'affirma par une grande originalité, on peut même dire par le goût de la bizarrerie, qui a toujours été dans le sang de la race britannique. Ou prit-elle ces éléments fantastiques, ces ornements tordus par le caprice, ces initiales terminées par des tètes et des queues de serpents, bordées de points, garnies dans leurs massifs, de perles, d'entrelacs et de monstres enchevêtrés, qui ont fait donner le nom de saxonnes à toute la famille des grandes lettres dragontines? La vieille mythologie de TEdda est-elle, comme on Ta cru, pour quelqiie chose dans leur invention? Ils se retrouvent, à la vérité, chez la plupart des peuples du nord. Mais, d'une part, ils ont pu être propagés de proche en proche, avec les premières notions de l'art, par les anciens missionnaires de cette nation voyageuse; de l'autre, il ne faut pas oublier qu'ils se rencontrent en Irlande aussi bien que chez les Anglo-Saxons, et que les Irlandais étaient des Celtes, non des Germains, Kniin Tentrelacs, qui occupe une grande place dans cet ensemble d'éléments siiî generis, était plutôt, nous l'avons vu, d'origine romaine. Il reçut de tels développements dans l'école irlandaise, si brillante et si féconde, que non seulement on le prodigua dans l'ornement, mais qu'on l'employa pour la figure elle-même: les Evangiles de Kildare, monument unique en son genre, que la tradition prétendait exécutés par un ange à la prière de
sainte Brigide, contiennent une représentation mystique des quatre évangélistes exclusivement composée d'entrelacs. Les calligraphes des deux îles ont donc dû travailler au gré de leur fantaisie sur des données antiques, en suivant surtout les inspirations du goût national. Enfermés durant de longs hivers dans leurs profondes retraites, étrangers, pour ainsi dire, à la nature, sous le ciel inclcment d'une région à demi sauvage encore, ils n'avaient pour guide que leur imagination : ils la laissaient courir en liberté. De là, sans doute, la création de ces types étranges qui ont ensuite formé, la tradition aidant, un genre à part, imité par curiosité dans quelques écoles du continent, surtout dans celles où le plus célèbre des moines saxons, Alcuin, eut l'occasion de l'introduire. Une fois adopté, ce genre national ne cessa pas d'être cultivé. Aussi le dessin d'ornement est-il, en général, plus avancé que la figure dans les manuscrits anglais et irlandais. On en voit cent preuves pour une dans les collections du British Muséum, de Cambridge, d'Oxford, dans le psautier Cottonien conservé à Utrecht, dans le grand évangéliaire latin de la bibliothèque de Boulogne, etc. La figure du Christ, celles des évangélistes et du roi David, celle de saint Dunstan, l'ermite artiste, dont il nous reste une miniature regardée comme authentique, y apparaissent de bonne heure; mais elles demeurent assez rares et d'un dessin médiocre , en face des fines et somptueuses initiales dragontines semées à profusion dans les mêmes livres ^ Ces lettrines, d'un dessin bizarre et d'une couleur écla-
I. On en trouvera un grand choix dans les belles planches chroinolithographiques cîu recueil de Westwood, Fac-similcs oj
LA MINIATURE DANS LES PAYS ETRANGERS, jrtj
taille, ressortant souvent sur un fond noir, étaient faites pour flatter tout particulièrement les yeux des fils de la Grande-Bretagne. « Ce fut, raconte le biographe d'Alfred le Grand, la beauté des lettres ornées qui excita Taniour de la science et le désir de Tctude dans le cicur
Fie. 88. 1 N I T 1 A l E ET O H \- E M E N T A N G L O - S \ X O N ;