I. Stûlberg, Vie d'Alfred le Grand, ch. v
LA MlNlATbRK DANS LES PAYS L.TUANGEKS. 267
presque au début de la seconde phase de l'art. Si ce ne sont pas des portraits d'individus, c'est la physionomie de la race prise sur nature. En contemplant, dans le psautier des Capucins de Boulogne, dans les Heures d'Isabelle de C.istille, dans cclbs de sir H. Lawrence,
FI G. 89. INITIALF. A N G l A I S R. .XI l" SIÈCLE.
Tiré du Kciile.iu ihs Moils, aux Archives ii.\tionales, armoire Je fer.)
ces Viert;es aux ti-aits purs, aux blonds cheveux cpars, ce Christ, ces apôtres au visage flegmatique, on revoit les jeunes inisses et les graves viylords mille l'ois rencontrés dans nos rues. Les éditices, les costumes du pays ne sont pas rendus avec moins de lidélité : saint
Georges couvert de son armure, dans le premier des volumes que nous venons de citer, est absolument le Prince Noir tel que le représentent les monuments authentiques du temps. Sans doute, le bon goût n'est pas la qualité dominante de cette école originale, et le dessin n'y est pas très correct; mais elle est féconde sous le rapport de Tinvention, et sa palette est toujours riche. Si elle ne se montre pas assez discrète dans l'emploi des tons tranchés, elle a, en revanche, l'avantage de posséder pour la fabrication des couleurs des recettes particulières, dont les Flamands eux-mêmes viennent lui demander le secret, comme si déjà le génie anglais s'attachait plus volontiers, en toute chose, au côlé industriel et pratique.
Descendons maintenant aux contrées méridionales, à ces pays privilégiés, où l'on dirait que l'homme apporte avec lui en naissant le sentiment du dessin comme l'instinct musical. Passons d'abord par l'Espagne: elle ne nous arrêtera pas longtemps. Ses peintures sur vélin remontent aussi aux âges les plus anciens; mais elles sont peu abondantes, du moins celles que l'on connaît. Au temps des rois goths, elles ne consistent le plus souvent qu'en lettrines fort simples, tracées au minium et relevées de quelques mouchetures d'or. Cependant la figure symbolique du Christ en croix, qui apparaît toujours la première, se rencontre dans un vénérable missel -attribué par Eguren au vii"^ siècle. L'ouvrage illustré avec le plus d'empressement par les anciens enlumineurs espagnols est le Covunentaire de V Apocalypse par Beatus de Liebana.
Les sombres tableaux du livre de saint Jean excitaient particulièrement la verve austère et le talent un peu rude des prédécesseurs de Ribera. Dès le x« siècle, ils Tenrichissaient de figures d\m dessin hardi, parmi lesquelles on voit les dix rois alliés de la Béte, vêtus en Jongleurs ou en fous, se précipitant dans Pabîme sous les yeux de TAgneau triomphateur. Un autre exemplaire, plus récent, offre un symptôme naturaliste des plus curieux : c'est un grand M dont les jambages sont formés par deux musiciens ou danseurs, exécutant sans doute quelque boléro primitif. La viole tenue par Pun d'eux ressemble, sauf Tarchet, à la légendaire guitare, qui, du reste, servait, dès Tépoque barbare, à délasser les bergers de la Cantabrie, d'après la vie de saint Millau^. M. Delisle a décrit en détail un troisième manuscrit de Beatus, acquis depuis peu par notre Bibliothèque nationale, et ne contenant pas moins de soixante miniatures, assez grossières du reste; il Va rapproché de plusieurs exemplaires du même livre exécutées dans les vieilles abbayes d'Espagne, à la Cogolla, à Saint-Isidore-de-Léon, à Silos et ailleurs, et de son examen est sortie, entre autres, cette observation que les enlumineurs du pays n'aimaient pas le bleu, mais le remplaçaient presque constamment par le pourpre ou le violet. Cette dernière nuance alterne avec le rouge dans la plupart de leurs initiales. En outre. Téclat de leur coloris est avivé par une gomme à reflets argentins-.
La période naturaliste a produit là quelques monu-