Delisle, Mélanges de paléographie, p. 117 et suiv
lA MINIATURK DANS LES PAYS l'.TRANGERS. 271
mcnis très remarquables, ne serait-ce que ce curieux règlement de la maison du roi de Majorque, où toute la série des officiers de ce prince lei Dieu sait si Tetiqueite espagnole les avait multipliés !) est minuiicu-
FIC. 9). MUSICIENS ESPAGNOLS. Xl"^ SIliCtE.
(Initiale d'un manusciit reproiuit par le P. Cahier, Nouv. me!., iv, 269,)
sèment lîgurée dans Tcxercicc de leurs fonctions respectives, sous les sombres galeries des palais gothiques '. Au -av" siècle, Tinfluence directe de Jean van Eyck, qui accompagna l'ambassade chargée de demander pour
I. Le dessin en a clé donné dans les Acta Sanctanim des Bollandistes, en léte du tome III de juin.
le duc de Bourgogne la main d'Isabelle de Portugal, imprima un élan nouveau à Part de la Péninsule : il participa depuis de la manière flamande. La miniature fut cultivée très tard dans cette contrée, toujours si attachée aux vieilles traditions. A l'époque de la Renaissance, le peintre Vasco, élève du Pérugin, décora avec un grand luxe de vignettes et d'arabesques un recueil de documents déposé aux archives portugaises de la Torre do Tombo. Vers le même temps, un artiste espagnol exécutait sur vélin un intéressant portrait de Christophe Colomb, el Desciibridor del Nuevn Miindo posé de face, vêtu d'une chemise plissée et d'un pourpoint jaune à bandes de couleur, la tête couverte d'un bonnet aux bords relevés, portrait qui se voit encore actuellement au musée de Cluny. De même au xvii*^ siècle, Duarte Caldeira illustrait pour le roi Philippe III un volume relié en plaques de vermeil, intitulé la Genealogia iiniversal de la nobilissima casa de Satidoval, et Gonsalvez Neto peignait pour le couvent de Jésus, à Lisbonne, un missel presque digne de ceux du moyen âge.
A côté de l'enluminure espagnole s'était développée, en des temps plus reculés, celle des Arabes établis sut une partie du sol ibérique. Mais l'ornementation de leurs livres, qui appartient plutôt à l'art oriental, ne prit jamais un grand essor. La représentation des figures vivantes avait été interdite aux disciples de Mahomet; c'est là une des causes multiples qui les empêchèrent de produire autant de peintres que de savants. Ils se bornèrent, en général, à embellir les exemplaires du Coran de motifs brillants et variés, tirés presque tous de leur architecture.
LA MINIATURE DANS Li:S PAYS ETRANGERS. 27J
L'Italie , terre des peintres, n''arriva quViprès dt longs efforts à l'admirable épanouissement qui la mit hors de pair. On a vu qu'à l'époque du Dante elle reconnaissait encore la supériorité des miniatcurs français. Jusque-là, clic se contenta de faire pressentir songénie dans quelques beaux livres liturgiques, comme le missel du vni" siècle à l'usage de l'église de Florence, conservé à Rome, et l'évangéliaire du même temps que possède la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, Elle ne déploya même pas une grande imagination dans la lettrine ni dans la vignette proprement dite, et celte pauvreté relative persista longtemps après. L'ornement italien garda toujours un aspect uniforme, qui le fait reconnaître au premier coup d'œil : rinceaux larges, feuillages lourds, empruntés à la flore grasse du pays, mélange caractéristique de couleurs voyantes, oii dominent surtout le jaune et le vert, et qui se retrouve aujourd'hui encore dans le costume comme dans la décoration des églises; tels sont les principaux éléments des initiales et des bordures, jusqu'à la métamorphose amenée vers la fin du moyen âge par l'étude de l'antique. Alors les ornemanistes prirent leur revanche : ils prodiguèrent jusqu'à l'excès, et plus que dans tout autre pays, les médaillons, les cartouches, les camées, les enfants nus, les chimères, voire même les types mythologiques. Telle page attribuée à Jules Clovio, élève de Raphaël, et presque uniquement composée de sujets de ce genre, atteint les proportions d'une grande composition de maître.
Au contraire, le sujet historié, la figure isolée ou groupée, devient le triomphe de Tari local dès le jour
tES MAMJicnilS. t'-i
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OÙ il secoue le joug de la tradition byzantine, plus réelle en cette contrée que partout ailleurs, en raison du voisinage des deux peuples et de la fréquence de leurs relations. On s'étonnera peut-être que Pltalie n'ait point recueilli plus directement Phéritage de Part latin, dont elle avait été Jadis le berceau, et qu'elle ait eu besoin du secours des Grecs du Bas-Empire. Mais les invasions, l'établissement des Lombards et des Normands, puis les dissensions intestines avaient interrompu la filière, et l'on sait que les Italiens durent, comme les autres, faire un jour la découverte de l'antiquité. Il fallut tout le talent d'un Gioito pour donner avant ce moment-là un air de vie à leurs miniatures ; non pas que ce grand artiste en ait certainement exécuté de sa main (la preuve de ce fait, souvent avancé, reste à établir), mais sa manière neuve et originale influa puissamment sur celle des enlumineurs de son pays. Ils commencèrent alors à se disiinguer des autres écoles, et leur goût particulier se fit connaître jusqu'en France, surtout par l'entremise de la cour papale d'Avignon, qui attirait à elle beaucoup d'artistes lombards, florentins ou autres. Des livres peints par des mains italiennes arrivèrent chez nous dès le milieu du xiv« siècle : un d'eux, acquis vers cette époque par la cathédrale de Laon, contient une miniature de présentation d'un dessin assez avancé, oîa le pape et les cardinaux (sans doute ceux d'Avignon) forment une scène imposante. Il ne faut cependant pas s'illusionner sur les conséquences de ces importations plus ou moins isolées : ce n'est qu'à la Renaissance que la manière adoptée au delà des monts envahit tout à coup les autres écoles ; jusque-là, Fart
français conserva son caractère propre et même sa prééminence, afiirme'e de nouveau par les œuvres de Fouquet. Après la disparition de celui-ci, c'est-à-dire sur le déclin du xv« siècle, le sceptre passa définitivement aux mains de Tltalie, et alors s^ouvrit chez elle, grâce au retour vers les modèles antiques, à la rénovation universelle des arts, la phase la plus brillante que la miniature ait jamais connue.
Une cause plus particulière contribua encore à cette cclosion. Il paraît qu'à la même époque on entreprit, dans toutes les grandes églises du pays, la refonte générale des livres de chœur, rendue nécessaire par rinscription d'un grand nombre de saints nouveaux sur le martyrologe local. Ces églises étant la plupart très riches et n'ayant plus à supporter de frais de construction, puisqu'elles avaient atteint, au point de vue de l'architecture et de la décoration, tout le développement, tout le tini possibles, dépensèrent des sommes considérables pour avoir les missels les plus somptueux. De là les magnifiques manuscrits à peintures du Dôme de Florence, dus aux frères Gherardo et Monte di Giovanni, à Attavante, à Boccardino le vieux; ceux de l'église Saint-Laurent de la même ville, et ceux du Dôme de Sienne, exécutés par Libérale de Vérone, Girolamo de Crémone, Lorenzo Rosselli, etc., tous maîtres renommés, qui ont très souvent apposé leur signature. Ces pages éblouissantes renferment des portraits, des scènes d'histoire, des sujets d'architecture, des paysages, des animaux, et même beaucoup de figures nues de la meilleure façon ; elles olTrcnt, en un mot, toute l'apparence et toutes les qualités des vrais
tableaux : leur étude rentre, par conséquent, dans celle de la grande peinture italienne, sur laquelle tout a été dit. Il en est de même, d'ailleurs, de la plupart des miniatures du cru ;.car, à partir de ce moment, leurs auteurs sont presque tous des peintres célèbres, et, pour en donner la liste, il faudrait passer en revue Pécole entière, depuis les maîtres qui étaient Thonneur des monastères, comme Angelico de Fiesole, dont le pinceau garda dans ses plus grandes œuvres la délicatesse de Penlumineur, fra Benedetto, son frère, sainte Catherine de Bologne, Barthélemi délia Gatta, Jérôme Fiorini, jusqu'à leurs nombreux émules laïques, tels que le Zingaro, qui illustra un Sénèque, le Pérugin, dont on a reconnu le faire dans la belle bible latine des ducs d'Urbin, Attavante, dont on admire à Venise un Marcianus Capella, à Paris, à Lyon et à Bruxelles trois missels ou bréviaires des plus riches, Gherardo de Florence, à qui Ton doit un Homère décrit par Vasari, Libérale de Vérone, dont le saint Martin a tant de caractère et tant de fougue, Jules Clovio, surnommé le Michel-Ange de la miniature, qui, à l'inverse d'Angelico, transporta sur le vélin, dans des sujets parfois microscopiques, la grande manière des peintres romains, et tutti quanti. Michel-Ange lui-même dessina, dit-on, les sujets de la Divine Comédie sur les marges d'un exemplaire du Dante, perdu depuis dans un naufrage, et Raphaël passe pour avoir collaboré à l'embellissement de plusieurs livres liturgiques, notamment du missel fait pour le cardinal Pompée Colonna, oii sont reproduits des monuments grecs et égyptiens ; toutefois cette paternité n'est rien moins que sure. On ne
Fie. 92.
.HT, s rV-- L.UUKALF. DE VERONE. SAINT MARTIN, r A .,
(Mi.ùaturc J'u" livre Ue cbœ
de M. Lecoy de la M.rcUe, p. 2
liV'-' SlÈCtE.
ur de Sicnn., reproduit J.ns le S.M-W A/-'-
278 LES a:anuscrits et la miniature.
saurait aflirnier davantage rauilienticité de la série d'initiales de Léonard de Vinci que Pabbé Guyon de Montléon prétendait avoir vue à Milan. Du reste, les plus belles et les plus intéressantes miniatures, en Italie comme ailleurs, sont souvent Touvrage d'artistes
FIS. 9J. LE DÉPART DES CHEVALIERS. X I v'^ SIECLE.
(Tiré des Statuts de l'ordre du Sai:it-Es[>rit, Bibl. nit., m>. franc. 4274.)
inconnus. Quoi de plus curieux, par exemple, que la cérémonie du mariage et la" demande en divorce pour cause d'adultère, par-devant un évéque, représentés dans un livre de droit du professeur Jean d'André, aujourd'hui à la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer? Quoi de
plus joli que les peiites scènes de la cour de Naplcs re- ^A:=^/^ tracées dans les statuts de Tordre du /(MZvyyJ^^^ÎY Saint-Esprit, îbndc parla reine Jeanne
et son mari, statuts publiés avec fac-