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Odyssce, XXI, v. Sgo

LES INSTKUMF.NTS DE L'ECRITURE. 19

dans le lac de Tibcriadc, en Syrie, et dans les eaux de TEuphrate, mais en moins grande quantité. Il se repandit plus tard en Sicile, où les fabricants vinrent le chercher lorsqu^il y eut disette en Egypte; l'industrie sicilienne s'en empara, et, de nos jours encore, onfaçonneà Syracuse, par curiosité, du papyrus à la façon antique '.

Quant à Pépoquc où se produisit cette féconde invention d'où devait sortir enfin le livre, c'est-à-dire la transformation du papyrus-plante en papyrus-papier, elle est impossible à fixer; mais il faut également la faire remonter très haut. Pline cite comme écrits sur papvrus des ouvrages datant des règnes de Numa et de Tarquin le Superbe, et même une lettre de Sarpédon, contemporaine de la guerre de Troie. Le musée du Louvre possède un papyrus démotique antérieur à J.-C. de 273 ans; mais, d'après les études les plus récentes, les Grecs auraient connu et employé ce produit dès le vi« ou vn" siècle avant notre ère, et, de fait, leurs plus anciens écrivains, Eschyle, Hérodote, Anacréon, Alcée, Théophraste, en ont parlé. Enfin, les précieux spécimens que ChampoUion a tirés des hypogées d'Egypte ont une antiquité presque effrayante : leur date authentique nous reporte à trois mille cinq cents ans.

Comment se fabriquait le papyrus ? Essayons de suivre le fragile roseau depuis sa cueillette jusqu'à sa métamorphose en livre. Pline ou ses collaborateurs nous ont transmis de longs détails sur cet intéressant sujet, et, malgré l'obscurité de leur texte, sur lequel a pâli maint érudit, c'est encore le meilleur guide que

I. Voy, les Niiove ejjfcmciidi sicilianc, \ 111, i^'^ et suiv.

Ton puisse prendre. Nous emprunterons la traduction abrégée du passage principal à un interprète des plus compétents.

« On prépare le papier en divisant à Taiguille la tige du papyrus, grosse à peu près comme le bras, en feuillets très minces, mais aussi larges que possible. Le feuillet le meilleur est celui de Tintérieur de la hampe, et ainsi de suite dans Tordre de la division... On façonne les différentes espèces sur une table humectée avec de l'eau du Nil; ce liquide trouble tient lieu de colle. D'abord, sur cette table inclinée, on colle des feuillets de toute la longueur du papyrus; seulement on les rogne à chaque extrémité; puis on pose transversalement d'autres bandes, en lorme de treillage. On les soumet à la presse; cela fait une feuille, que l'on sèche au soleil. On joint entre elles les feuilles, mettant d'abord les meilleures, et ainsi de suite jusqu'aux plus mauvaises. La réunion de ces feuilles forme un scapus (main)...

« Les inégalités du papyrus sont polies avec une dent ou un coquillage, sans quoi les caractères sont sujets à s'effacer; poli, il est plus luisant, mais ne prend pas l'encre aussi bien. Après l'avoir collé avec de la colle de farine ou de la mie de pain bouillie, de façon à avoir le moins de bandes sèches interposées et à le rendre plus doux que la toile de lin même, on l'amincit avec le maillet, on met une nouvelle couche de colle, on efface les plis qui se sont formés, et on le bat de nouveau avec le maillet^ »

I. Pline, Hist. natur., XIII, ii; trad. Littré, modifiée par M. Egger, Hist. du livre, p. 8. L'Arabe Ibn-el-Beithar confirme,

Ainsi prcpaix'cs, les feuilles de papyrus, appelées souvent chartcv, sont livrées à récrivain, qui les recouvre du plus grand nombre de caractères possible, et souvent des deux côtés, car ce produit, malgré sa vulgarisation, demeure toujours cher, et on Téconomise de toutes les façons*. Sa cherté faillit même une fois, sous Tibère, faire éclater des désordres. Elle tenait à l'inégalité des récoltes, cjui finirent par devenir tout à fait nulles au milieu des bouleversements dont l'Egypte fut le théâtre à partir du v"-' siècle. Sur chaque feuillet, le texte écrit est disposé en colonnes. Les feuillets remplis sont ensuite collés bout à bout (opération qui peut également se faire avant l'écriture), et le tout, mesurant quelquefois jusqu'à quinze ou dix-huit mètres de long, est roulé autour d'un cylindre ou bâton de bois appelé ombilic, tixé à Tune des extrémités. Le livre ainsi disposé se nomme pour cette raison volumen (de volvere, rouler). La plupart des manuscrits découverts à Herculanum ou représentés dans les monuments figurés des

dans son Traité des simples, ces, curieux renseignements, tout en donnant sur les procédés égyptiens quelques détails dilTércnts. Suivant lui, la tige du papyrus (en arabe verdi ou babir), qui portait des feuilles et, à son sommet, des capitules arrondis et étalés comme ceux de Tail porracé, mais plus grands, était d'abord fendue en deux du haut en bas; les deux moitiés étaient mises en fragments, que Ton collait ensemble siir une planche de bois poli, au moyen d'une colle faite avec de l'eau et le fruit du bachnin {nymphéa), et qu'on abandonnait ensuite jusqu'à ce qu'ils fussent complètement secs. On les battait ensuite à petits coups, et c'est ainsi qu'ils prenaient la consistance d'un papier parfait. (Voy. Notices et extraits des manuscrits , publies par rinstitut, t. XXIII, 1" partie, p. 207.)

I. Chaque feuille, d'après les calculs de F. Didot, devait revenir à environ 4 fr. 5o de notre monnaie.

anciens offrent cette forme de rouleau, qui se perpétua au moyen âge pour un petit nombre de manuscrits d'un ordre tout spécial, comme les rouleaux des morts, les généalogies, etc. Les codices, ou livres disposés en cahiers comme nos volumes actuels, paraissent avoir été d'un usage moins fréquent aux beaux temps du papyrus; en revanche, ils supplantèrent tout à fait les livres roulés quand vint le règne du parchemin. Enfin, dernière opération, Pombilic reçoit à ses extrémités (f routes) une ornementation en rapport avec la nature ou Pimportance de Touvrage : tantôt c'est le titre même de celui-ci, calligraphié ou peint; tantôt ce sont des pommettes de métal, d'ivoire ou simplement de bois, formant ce qu'on appelle les cornes. C'est là un luxe de bibliophile rappelant celui des reliures, qui lui a succédé, La transformation est achevée; le roseau est devenu livre, et celui-ci conserve le nom de l'enveloppe fibreuse du papyrus, liber. Le lecteur n'aura plus qu'à dérouler le volumen de gauche à droite, comme le copiste Ta écrit, pour prendre connaissance du contenu, et par ce système ingénieux, quoique peu commode encore, les œuvres littéraires les plus considérables pourront se répandre sans donner trop de peine ni occuper une trop grande place; car, au besoin, elles seront divisées en plusieurs rouleaux, réunis en faisceau unique et placés dans un étui commun.

Il faut réellement que l'invention du papyrus ait été pour la pensée humaine un puissant instrument de propagation, puisque les spécimens écrits de cette précieuse matière mis au jour par la science moderne se comptent par milliers. Et que sont-ils auprès de la multitude des

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volumes disparus pour jamais? Les seuls décombres de la petite ville d'Herculanum nous ont rendu trois mille papyrus. L'ensemble de ceux qui ont été retrouvés depuis le siècle dernier forme trois classes distinctes :

I" Les monuments de langue diverse ayant une provenance égyptienne, copte ou phénicienne. Ils se trouvent aujourd'hui disséminés dans les musées et les bibliothèques de Rome, de Turin, de Vienne, de Paris, de Londres, de Leydc, etc. Leur découverte et leur interprétation ont illustré les noms de Champollion, de Mariette, de Letronne, de Brunet de Presle, de de Rougé en France; de Mommsen, de Jafte, de Show en Allemagne; de Peyron, de Mariniet de Maffei en Italie. Ils consistent principalement en actes publics ou privés, en correspondances, en documents statistiques et en quelques fragments d'ouvrages scientitiques ou littéraires, parmi lesquels certains passages de V Iliade, trois discours de l'orateur grec Hypéride, et le fameux rituel funéraire ou Livre des morts enfermé dans la caisse d'une quantité de momies égyptiennes^

2° Les papyrus grecs et latins tirés des fouilles d'Herculanum, et composant autrefois la bibliothèque d'un philosophe de cette ville. Ils forment plus de dixsept cents volumes, conservés aujourd'hui au musée de Naples. Le déchiffrement de ces débris carbonisés, opéré à l'aide des procédés les plus ingénieux et les plus

I. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur, sur ce vaste sujet, aux catalogues des bibliothèques et musées, aux Notices et extraits des manuscrits, t. X\ III, 2* partie, à VHistoire ancienne des peuples de l'Orient, par Maspéro, et aux publications bien connues des savants que nous venons de nommer.

délicats, n'a malheureusement pas donné de résultats bien importants au point de vue de Phistoire littéraire. Ils nous ont cependant restitué des vers de Rabirius,

quelques morceaux d'Epicure et les écrits de Philodème, philosophe du temps de Cicéron^.

3° Les manuscrits et diplômes que nous ont régulièrement transmis les archives ou les bibliothèques anciennes, et qui ne remontent qu'aux premiers siècles du moyen âge. Le plus grand nombre a été Fobjet d'un récolement et d'une critique approfondie de la part du savant Paoli. Citons, parmi les plus remarquables, les Antiquités judaïques de Josèphe traduites en latin par Rufin d'Aquilée , à la bibliothèque ambrosienne de

(D'après la reproduction de Wattenbnch, J^ilaU 1 ks SCrmOUS Ct lettres Exen:j}la cod. ht., n° 2.)

de saint Augustin, en oncialc du vr ou du vu" siècle, aux bibliothèques de Paris et de Genève; les homélies de saint Avit, qui ont fourni à MM. Léopold Delisle et Bordier la matière d'études intéressantes ; enfin la collection unique

I. Voy. Castrucci, Tesorio Icttcrario di Ercolano; Chevalier, Herculanum et Pomvéi, p. 191 et suiv.; etc.

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