‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 132 sur 144 · I. Bibl. de l'Ecole des chartes, an. 1862, p · texte numérisé non relu

I. Bibl. de l'Ecole des chartes, an. 1862, p

LA RELIURE

bonnois, mit à contribution Jusqu'à respcre porcine : une de ses bibles, qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque de Moulins, est recouverte en peau de truie, renforcée au centre et aux coins par des ornements en cuivre. On cite des traites cynégétiques reliés en peau de cerf, et, dans un temps plus moderne, une histoire de Jacques II gratifiée d'une peau de renard par son auteur, qui portait lui-même le nom de cet animal (Fox). N'a-t-on pas été jusqu'à prétendre qu'un bibliophile fantaisiste, le docteur Asken, avait fait servir au même usage une peau humaine? Il est cependant bien probable que l'épiderme de l'homme n'a pas plus apporté son secours à la reliure qu'à l'écriture.

Le cuir, avant d'être étendu sur les ais de bois dur qui le soutenaient, était ordinairement teint en rouge; quelquefois on lui laissait sa couleur naturelle. Indépendamment des coins métalliques, un certain nombre de boulons ou de clous d'argent, de cuivre, de fer le fixaient de distance en distance, et leur grosse tète, très saillante, devenait encore un élément de décoration. En outre, il était souvent « empreint », c'est-à-dire gaufré; mais ses gaufrurcs n'étaient que des dessins rudimentaires, appliqués à froid, et ce n'est guère qu'à partir du règne de Louis XII, ce n'est qu'au profit du livre imprimé qu'on inventa ces fers élégants grâce auxquels le veau fauve se couvrit d'écussons, d'emblèmes, déchiffres, d'ornements de toute espèce, combinés avec le goût le plus délicat. Aussi la reliure en cuir n'euielle jamais, au moyen âge, la prétention d'égaler en richesse les genres précédents. C'était celle des manuscrits ordinaires, quand on ne les recouvrait pas de

simples feuilles de parchemin. A la Renaissance, au contraire, les chefs-d'œuvre de Part italien, et ensuite de Tart français, furent les couvertures en maroquin, plein ou découpé, orné d'entrelacs, de nielles et de dorures, que Von sema, non plus seulement sur les plats, mais sur le dos, parce que les livres devenaient trop nombreux pour être posés autrement que debout sur les rayons des bibliothèques.

Vers la fin du siècle de saint Louis, les étoffes précieuses, les draps de soie, le velours, le satin, le damas, semés de fleurs, brodés d'or et de perles, commencèrent 'à entrer dans l'usage général. Les livres d'heures se multipliant, il fallut leur donner des parures d'un prix plus accessible que l'ivoire ou les ouvrages d'orfèvrerie et d'un aspect moins austère que le cuir: ces tissus chatoyants remplirent te but à merveille. Dans la bibliothèque de Jean, duc de Berry, dont une intéressante description a été donnée par Douet d'Arcqi,les Heures, les bibles, les psautiers étaient revêtus de velours vermeil ou violet, de satin tanné, de drap d'or « ouvré à fleurs de lys », de drap de soie azurée doublé de tiercelin, de drap de soie vert « ouvré à oiseaulx)), etc.; deux seulement avaient encore des ais de métal « ouvrés à ymaiges ». Les autres manuscrits de cet éminent bibliophile étaient recouverts d'étoffes un peu plus simples : damas noir, damas cendré, damas rouge; mais le velours vermeil dominait partout, et souvent même il servait d'intermédiaire entre le bois des plats et les dessus d'orfèvrerie. Les draps d'or et de soie appa-

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