Dclislc, le Cabinet des m^iniiscrils, II, 2G
pelle étaient au moins aussi riches et d'un travail analogue; quelques-uns furent donnés par Charles V ou recouverts par son ordre. Ceux qui subsistent encore nous donnent une haute idée du talent des orfèvres royaux. Ces artistes ignorés ont traité le personnage et la draperie comme des maîtres antiques. Un d'eux surtout a, dès le xiii" siècle, ciselé des chevaliers endormis d'un naturel admirable, dont la reproduction fait un des meilleurs ornements du Saint Louis illustré de M. Wallon. Leurs confrères ,de province ne leur étaient pas de beaucoup inférieurs. Jusque dans les pays les plus éloignés, les églises possédaient des missels dignes de figurer sur les autels de la métropole. Les sujets et le style de ces monuments d'orfèvrerie étaient toujours à peu près les mêmes. On en peut juger par ceux que François de Laval, évéque de Dol, légua à la Madeleine de Vitré et qui sont ainsi décrits sur l'inventaire de cette collégiale : « Item, deux livres, Pun pour dire l'évangile et l'autre pour dire l'épistre, couverts d'argent, et deux boutons d'argent pour tenir les réaulx (signets). Et en un des couvercles y a un crucifix, une Nostre-Dame et un saint Jehan et une Magdeleine, avec les armes de feu monseigneur de Dol, le tout en bosse; ensemble quatre petits soullaiz (soleils) et un petit titre sur le haut de la croix; le tout d'argent doré. Et en l'autre, qui est pour dire l'épistre, il y a sur le couvercle un imaige de Nostre-Dame, un ange tenant en une main un petit sceptre et en l'autre un petit rouleau où est escript Ave Maria, et sur leurs testes deux petiz soullaiz, et en haut, en une nue, la figure du Saint-Esprit en forme de colombe, et au milieu y a un
LA RELIUKE.
106. — L A 1; 1 s 1' Il II 1. c r I () \. X I I 1' si i. c L i;. (Ucliure cil mctal Je l'cv-ingCliairo de la S.iiino-CliapclIc, Bilil. n.it., ms. lat. S892.)
poteau plein de fleurs, et au dessoubz un escusson des
armes dudit feu monseigneur de Dol, le tout en bosse ^ » Ici, il n'est pas fait mention de pierres précieuses; mais il y en avait sur la plupart des livres d'église reliés de celte façon. Elles n'étaient généralement pas taillées, mais seulement polies et serties avec adresse. Parfois on les remplaçait par de petits morceaux de cristal coloré, dont Péclat était avivé par des lamelles de métal appliquées par-dessous ; c'est le procédé employé depuis pour les faux brillants. L'harmonie des teintes, l'élégance des courbes imposées par la tradition au joaillier-relieur faisaient de son métier un art tout spécial, art délicat et plein de nuances, complètement oublié à la fin du moyen âge.
Les couvertures en cuir, destinées à une plus longue faveur que les autres, sont tout aussi anciennes. Dès le temps de Charlemagne, nous voyons l'abbaye de Saint- Bertin autorisée à entreprendre des chasses dans le but de se procurer les peaux nécessaires à la préservation de ses nanuscrits; et, sans doute, ce mode de reliure remontait beaucoup plus haut. Au lieu de se livrer à la poursuite du daim ou du renard, les moines des siècles suivants trouvèrent plus simple d'établir sur leurs domaines une taxe particulière, destinée à leur fournir ces matières premières. Ceux de Vendôme, de Saint-Père de Chartres donnèrent l'exemple. L'abbaye de Saintes se fit donner par Geofîroi Martel, comte d'Anjou, la dîme des biches tuées dans l'île d'Oléron, afin d'avoir toujours des peaux souples et fines pour habiller ses livres. Le monastère deSouvigny, enBour-