‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 138 sur 144 · Archives nationales, KK 41, f · texte numérisé non relu

Archives nationales, KK 41, f

LA RELIURE. )5i

d'Orléans, de Bourgogne, de Berry avaient des chemises en satin noir, en cendal azuré, en damas rouge doublé de tiercclin, en velours violet ligure, voire même en drap d'or semé de feuilles mi-parties de blanc et de vert. On a conservé celle dont saint Louis se servait pour envelopper son psautier ; le dessin de ce curieux monument a été reproduit ou imité sur les gardes de Touvrage illustré de M. Wallon. Enfin, par surcroît de précaution, on enferma le tout dans un coffret de prix aussi élégant que les boîtes à bijoux, fait en bois, en cuir ou en métal, orné de sculptures et de dorures. Mais cet objet de luxe ne se rencontre guère que dans les inventaires princiers.

La reliure fut longtemps une des attributions du librariiis. Il en était ainsi dans Tantiquité et dans les monastères du haut moyen âge. Au xiii* siècle, les relieurs, comme la plupart des autres artisans, se formèrent en corporations. En 1292, la ville de Paris en comptait dix-sept établis dans plusieurs rues. Cependant Ton trouve encore beaucoup plus lard des marchands de livres et des écrivains s'occupant de travaux de reliure. Les princes eurent des relieurs attitrés, dont quelques-uns sont connus : Mathieu Cognée, qui était au service de Charles V; Jean Fouqueré, de Blois, attaché au duc Charles d'Orléans ; Etienne Roffet, dit le Faucheur, libraire et relieur ordinaire de François I". demeurant sur le pont Saint-Michel, à l'enseigne de la Rose. Certains grands établissements, la Sorbonnc, la Faculté de médecine, avaient aussi les leurs. Une chose à noter, c'est que les femmes prenaient souvent part à l'exercice de cette profession, comme elles le font encore

aujourd'hui. Plusieurs de nos rois, Jean le Bon en particulier, employèrent des « relieresses » ; Guillemette, femme de Fouqueré, travailla avec son mari pour Charles d'Orléans, et plus tard pour Marie de Clèves ^ Mais la plupart des habiles ouvriers (nous devrions plutôt dire des artistes) auxquels on doit les splendides couvertures dont il vient d'être parlé sont demeurés dans une ombre aussi profonde que les calligraphes et les enlumineurs, et pour les mêmes motifs. Ils ne commencèrent à signer leurs œuvres qu'à la Renaissance; encore cet usage ne devint-il jamais général, comme chacun sait. Toutau plus pouvons-nous entrevoir l'intérieur de leurs ateliers, grâce à quelques rares images, qui nous les montrent en compagnie d'un ou deux apprentis, battant le parchemin à grands coups de maillet, serrant les livres sous de fortes presses, se livrant enfin, sans différences sensibles, aux principales opérations qui composent le travail de leurs successeurs modernes.

Ainsi donc, et pour conclure, il n'y a sorte d'embellissements qui n'ait été prodiguée autrefois, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des livres. Les générations les plus reculées ont rendu ce double honneur aux ouvrages de l'esprit, et celles qui passent pour avoir été le plus étrangères à la culture intellectuelle leur ont peut-être témoigné plus de vénération que les autres. Rien d'étonnant : en raison de sa rareté même, le manuscrit était à leurs yeux un objet sacré ; l'écriture exerçait sur elles quelque chose de ce mystérieux prestige, que produit à présent sur les paysans illet-

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