Cab. des mss., pi. XXXVIII, n
2. Pentateuchi versio latina antiqiiissima, etc., Paris, 1881, in-4°.Ct". la Bibliothèque de VÉcole des chartes, an. 187S, p. 421.
manuscrit du viiic siècle, appartenant à M. Jules Desnoyers. La publication de ce recueil a été accompagnée par M. Delisle de planches admirablement réussies et d'un véritable cours de paléographie mérovingienne'. On y remarque un mélange bizarre de Tonciale avec des caractères tenant de la minuscule ou de la cursive, particularité qui indique sans doute encore la collaboration de plusieurs écrivains. Le même mélange se fait voir également dans un évangéliaire de la bibliothèque du séminaire d'Autun, qui a Timmense avantage d^étre daté et de réunir ainsi en une seule page les différents genres d'écriture usités à un moment déterminé, certain, à savoir en Tan III du règne de Pépin le Bref (754) ^
Les Romains avaient aussi une minuscule. C'est, du moins, ce que la critique a induit de certains passages des auteurs anciens, notamment de la mention des litterœ minutce ou mimitulœ faite par Plante et par Tacite. Mais peut-être ces mots désignent-ils simplement des caractères très petits, et non un genre particulier. Toujours est-il que les manuscrits de Tépoque romaine ou barbare ne contiennent guère, en fait de minuscule, i^u'une espèce bâtarde, constituant une réduction et une dégénérescence de Tonciale, mais avec des lettres plus rapprochées et cependant non reliées entre elles. Elle se distingue fort peu du genre intermédiaire que les diplomatistes ont voulu appeler \diSemi-oncialeoMVecv\ture mixte. On peut s'en convaincre par la confrontation d'un Tiie-Live du v* siècle, en minuscule, et d'un
I. Notice sur un manuscrit mérovingien, Paris, 1873, in-K z. Bibl. de V Ecole des chartes, an. 1868, p. 217.
lEJ .MANVSCRIT-, <
exemplaire de la Cité de Dieu postérieur d^ine centaine d^années, en semi-onciale i.
La cursive romaine est née de récriture populaire, de celle dont les passants barbouillaient les murs et qu'on retrouve dans certaines inscriptions de Pompéi, ou, si Ton veut, de celle que les notaires et les greffiers avaient introduite dans la pratique pour rédiger leurs minutes d''une façon expéditive. Ses caractères les plus saillants sont la rapidité et la liaison des lettres entre elles, qui en est la conséquence. Cependant cette dernière particularité ne se remarque pas dans les monuments les plus anciens: elle est à peine sensible dans un des plus curieux papyrus du Louvre, un fragment de glossaire grec-latin remontant au iv ou v« siècle et dressé, paraît-il, pour son usage personnel par un soldat romain qui se trouvait en Egypte sans connaître la première de ces langues, ce qui le gênait fort dans ses relations quotidiennes avec les indigènes. Les liaisons sont déjà plus nombreuses dans les fameuses chartes de Ravenne, publiées par Mabillonet par Champollion- Figeac; mais leur écriture, large et allongée tout à la fois, remplit assez mal le premier but du genre cursif, qui est l'économie de temps. Dans les diplômes mérovingiens, où elle est seule employée, la cursive en arrive à des combinaisons, à des enlacements du plus étrange effet, qui lui donnent Taspect d'un grimoire indéchiffrable. Dans les manuscrits, où elle est plus rare et ordinairement plus petite, ses traits sont moins déformés et plus sobres. Elle s'y mêle souvent à la mi-
I. Dans le tome IV 4u Cabinet des maïuiscrits, pi. VI. n"* i, 3.
L'ECRITURE, cr
luiscule ou à récriture mixte. Un i^-
Gréi'oire de Tours du vu'' siècle ;^ C ^ nous en otîre un type presque Ji- '€ ^<^ sihle : c'est beaucoup pour une ,£ s; è pareille époque. . ^ •ë'~:9
Toutes ces variétés de récriture g. -ù-
romaine, dès le début de la période <-*^ B o
carlovingienne , cèdent la place à Jj ,^r-|- t '€. une nouvelle venue, destinée à faire "^ S^ 3 -^ . un assez joli chemin dans le monde: I ^ » "^
la minuscule dite Caroline^ et plus ^ Ss > =
justement qualifiée par un juge |~^ s '^" -
compétent de Tépithète de romane, ^ C ^ u -" Cependant, comme Taioute ce sa- "I S^"^ S .S vaut, qui, par un privilège bien '--n* o- ^ > 4,^ rare, unit au talent et à l'expérience 4 ^ '^ -2 •paléographique le don de Pélo- c ^ ^ "^
quence, « les scribes du i\^ siècle «2. <^ • « « n'ont, en définitive, rien créé : ils 5 = ^ = F ont perfectionné. Oui, ils ont em- "^ §" cir \ i prunié les éléments d'une nouvelle ^""^^ a ^ écriture plus lisible, plus douce, plus belle, à la capitale, à Tonciale, et surtout à l'ancienne minuscule elle-même. Cette prétendue nouveauté n'est donc rien que la continuation, ou plutôt la résurrection puissante d'une ancienne écriture.
Mais il faut louer hautement ces artistes inconnus qui, dans un temps à moitié barbare, ont créé ces admirables types carolins,
C!i LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.
si fins, si élégants, si harmonieusement arrondis, si parfaitement proportionnés. Ces types, d'ailleurs, ont été trouvés si beaux, que les scribes italiens du xv* siècle et, après eux, les imprimeurs de la Renaissance (et certes ils s'y connaissaient bien) ont fait une sorte de coup d'État et sont parvenus à remplacer, dans leurs livres inimitables, la raideur anguleuse des caractères gothiques par les contours délicats de notre minuscule des ix'' et x" siècles. Et toutes les fois, encore aujourd'hui, que nous lisons avec charme quelque chefd'œuvre de la typographie contemporaine, nous devons, ce me semble, une certaine reconnaissance à ces scribes prétendus barbares qui travaillaient pour nous il y a huit ou neuf cents ans. En réalité, nous leur devons toute la beauté de ces types charmants, et nul n'a trouvé comme eux le secret de faire passer très agréablement par nos yeux ce qui est à l'adresse de notre intelligence^ »
Il ne serait peut-être pas très exact de dire que la cursive a disparu au temps de Charlemagne : elle lutte encore un peu, surtout dans les diplômes ; elle essaye de suivre le courant du progrès. Mais sa fonction essentielle est bientôt usurpée par sa rivale, qui s'installe triomphante et dans les chartes et dans les livres. Nous n'avons aucune indication précise sur le rôle personnel du grand empereur dans la restauration et le perfectionnement de la minuscule , néanmoins, ce que nous savons de ses préoccupations littéraires, de son goût pour l'antiquité, de sa sollicitude pour la pureté des
I. Léon Gautier, Discours d'ouverture du musée des Archives nationales.
textes, et encore plus les écoles de calligraphie fonde'es par Alcuin à Saint-Martin de Tours et ailleurs, tout cela nous permet de supposer sans téme'rité qu'il ne fut pas plus étranger que son savant ami au mouvement dont nous parlons. D'après un éminent critique, mort trop tôt pour achever son œuvre gigantesque, le premier exemple de la nouvelle écriture portant une date précise serait de Tannée 778 ; encore ne donne-t-il ce spécimen que comme un intermédiaire entre la minus-
(ii'pencr^hunxL^^uj^^tAJYiQj'eim €x^cAîrcKXo7*cfcttuhùjr
Fie. I 4. CAROLINE PRIMITIVE. I x" SIÈCLE.
(Tire Je la Bible de Charles le Chauve, Bibliothèque nation., ms. lat. l.)
cule mérovingienne et la Caroline ou minuscule proprement dite^ Pour trouver celle-ci à un degré de maturité satisfaisant, avec ses caractères nettement et hardiment formés, ses mots bien séparés, il faut descendre jusqu'à la Bible de Charles le Chauve, offerte à ce prince par Vivien, abbé de Saint-Martin de Tours, qui probablement Tavait fait calligraphier par ses moines. Au x« siècle, on constate dans la Caroline un. acheminement prononcé vers les formes modernes. Le fameux serment d'alliance des fils de Louis le Débonnaire a déjà, dans le livre de Nithard, une allure
I. De Bastard, Bulletin du Comité des travaux historiques, IV,
toute romane, comme le langage reproduit par le scribe. On sait que la formule place'e par cet historien dans la bouche de Louis le Germanique est le plus ancien monument qui subsiste de Pidiome français primitif: on pourrait presque voir aussi dans la page qui la contient Pacte de naissance de l'écriture française. En effet, le caractère national commençait alors à s'affirmer en toutes choses, et déjà Ton voyait se dessiner les grandes lignes du nouveau monde européen.
Fie. 15. CAROLINE ROMANE. X '^ SIÈCLE.
(Tiré d'un manuscrit de Kitliard, Bibl. nat., lat. 976S.)
Franchissons encore une centaine d'années, et nous ne reconnaîtrons, pour ainsi dire, plus la minuscule carlovingienne sous le manteau élégant dont cherchent à la couvrir les calligraphes, j'allais dire les ornemanistes romans. Mais c'est là justement le signe de sa fin prochaine, ou plutôt d'une nouvelle et dernière transformation : les traits ronds deviennent légèrement aigus, comme les cintres du style ogival primitif, et déjà nous apercevons quelques-uns de ces petits crochets, de ces linéaments superflus annonçant que la simplicité a fait place à la recherche.
Une troisième période s'ouvre alors, avec le
xii" siècle: celle de récriture gothique, ou plutôt scoliistiqiie^ pour employer une expression beaucoup moins impropre de Benjamin Guérard, car les Goths n'ont pas plus à faire ici que dans rhistoire de notre architecture nationale. Les pleins cintres se brisent, les angles s'accentuent; chaque lettre est, pour ainsi dire, taillée à facettes; de petits traits parasites, dirigés obliquement, prolongent la plupart des Jambages au-dessus ou au-dessous de la ligne; des enjolivements variés s'introduisent. Le temps des élégances est arrivé. Comme le dit si bien M. Gautier, la nouvelle calligraphie « se fait pardonner ses triomphes par le sincère éclat de sa beauté, et la plus brillante époque de l'écriture est incontestablement celle de saint Louis.
Entre l'ancienne minuscule et la gothique, les ditîérences, je le sais, s'accentuent de plus en plus profondément, et elles sont surtout frappantes dans les inscriptions, les manuscrits de luxe et les sceaux. Mais, dans nos chartes, récriture garde sulTisammcni des courbes douces
[SCRITS ET La MINIATURE.
IS
Toeil et tout à fait gracieuses^. »
En un mot, c^est toujours la minuscule qui règne, mais avec des modifications considérables dans Taspect général : une page du temps de saint Louis sera tracée avec des caractères de la même espèce qu'une page du temps de Hugues Capet, et pourtant le coup d'œil sera tout à fait différent.
Ajoutons que les embellissements de récriture ne seront nullement au préjudice de la clarté, si ce n'est toutefois vers le déclin de cette période ; car rien n'est aussi facile à lire qu'un beau manuscrit du xii'= ou du xin« siècle.
Comment choisir, dans la variété infinie des types de cette riche calligraphie ? Elle nous a laissé tant de monuments, que nos bibliothèques en regorgent; et il serait difficile de les répartir méthodiquement, car cet art spécial sortant alors du monastère pour se répandre dans la classe laïque, les nouveaux écrivains, plus indépendants, moins attachés à l'antique tradition, laissent vo-
,1. Discours cité.
lontiers errer leur plume au grc de leur fantaisie. Les uns conservent Tallurc large et magistrale des scribes romans ; les autres, sans doute pour économiser le parchemin, tracent des caractères fins et serrés comme ceux des anciens Grecs, et cette qualité, si c'en est une, est poussée à Texccs dans certains manuscrits ' de sermonnaires ou de théologie. Non seulement les proportions varient, mais il se forme des sous-genres plus ou moins différents les uns des autres. On voit
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FI G. l8. COTHH)UE r ERF ECTI O N ni; F. , XIII* SIKCLE.
(Tiré de la Bible de saint Louis, Bibl. nat., lat. 10,426.)
surgir des écoles locales, parmi lesquelles Técole parisienne acquiert une renommée artistique presque universelle. Bientôt les caprices de la mode se multiplient tellement, qu'on en arrive à compter un nombre phénoménal d'espèces, séparées par des nuances parfois insignifiantes et presque impossibles à déterminer. Les catalogues de l'ancienne librairie du Louvre et de celle de Jean, duc de Berry, frère de Charles V, distinguent la lettre foi'mée, la lettre de forme ^ la vieille lettre de forme, la bonne lettre de forme, la grosse lettre, la grossette, la mcmie ou très menue lettre, la lettre bastarde, la menue lettre bas tarde, la lettre courante, la
lettre de note, la lettre boulonnaise, la grosse lettre boiilonnaise, la lettre lombarde, la lettre rojide, la lettre de court ^ , etc. On peut lire dans le glossaire de Du Gange la nomenclature, dressée par un moine du temps, des écritures usitées depuis le xr siècle : il n^
ûx^^ fagts et M) nri)e5^w IÎK6 il foxu îebtmi^ aie pl^ aiift î«urc^ cjiiv au6 nrixt^ w
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