‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 41 sur 144 · OFFRANT SON OUVRAGE A LA VIERGE. .X I " SIÈCLE · texte numérisé non relu

OFFRANT SON OUVRAGE A LA VIERGE. .X I " SIÈCLE

(Tiré ti'un manuscrit de Municli, rcproJuit par le P. Cahier, A'oHf. Mcl. d'archéologie, IV, 118.)

otTrant ce même manuscrit à la Vierge et à l'enfant Jésus, qui semblent la bénir: elle occupe la place et observe l'attitude ordinairement attribuées au copiste dans ces sortes de frontispices, et il est très probable qu'elle aussi avait « écrit » le livre, dans les deux sens du mot. Voulons-nous voir de plus près nos travailleurs à

I. On trouvera d'intéressants détails sur cette double question dans les Nouveaux mélanges du P. Cahier, IV, 89 et 11 3.

ç8 LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

Tœuvre ? Pénétrons dans la partie la plus retirée du cloître, la plus éloignée des bruits de la terre. Voici la grande salle où s'exercent le talent très varié des calligraphes et leur patience toujours égale : c'est le scriptorium; nous dirions en français IVcrîïozVe, si ce mot ne devait prêter à la confusion. Rarement, en effet, les moines obtiennent la concession d'une cellule particulière pour vaquer aux transcriptions. Sous la haute voûte formée par des croisées d'ogives, on aperçoit des armoires, des rayons garnis de livres, et tout le mobilier de la bibliothèque, avec laquelle ce local ne fait souvent qu'un. L'atelier d'écriture a été inauguré d'une manière solennelle. Il a été béni par l'abbé au moyen d'une formule que nous ont conservée d'Achery et du Gange: « Daignez bénir, Seigneur, le scriptoriiim de vos serviteurs et tous ceux qui s'y trouvent, afin que tous les passages des livres saints qu'ils pourront lire ou écrire pénètrent dans leur intelligence, et qu'ils mènent leur tâche à bonne fin ^. » Dans ce sanctuaire du travail, un religieux silence est imposé par la règle. « Que l'on n'y entende, disent les instructions d'Alcuin, aucune parole de frivolité, de peur qu'à son occasion la main se méprenne sur ce qu'elle doit écrire. » On n'y laisse entrer, avec les copistes, que Tabbé, le prieur, le sous-prieur et Varmarius ou bibliothécaire. Les premiers s'y rassemblent à certaines heures du jour, entre les exercices claustraux, quelquefois même avant le jour, en sortant de l'office nocturne, heure propice entre toutes au collationnement, disaient les écrivains

i. Du Gange, au n^ot Scriptorium.

de Saint-Gall. En voici un groupe qui s'avance : ce sont de jeunes religieux, car Ton choisit de prétcrence ceux qui ont encore besoin de perfectionner leur instruction; ils sont une douzaine (c'était le nombre ordinaire à Saint-Martin de Tournai et ailleurs), et, après avoir répété la formule de la bénédiction, ils vont s'installer sur autant de sièges à leur usage, placés devant des tables ou des pupitres à pieds. Ces sièges ne sont que de vulgaires escabeaux, sans dossier, tels qu'on en voit sur les miniatures qui représentent des clercs en train d'écrire; on doit y contracter plus d'une courbature, car tout le monde ne jouit pas du privilège accordé au vieux saint Martin de Léon, qui, pour rédiger un long et savant ouvrage, se faisait soutenir le corps et les bras par des cordes fixées à la voûte. Le confortable fauteuil renfermant « tout ce qu'il faut pour écrire », comme ceux que nous avons déjà rencontrés, est réservé aux écrivains laïques de l'époque postérieure, travaillant pour les princes et princièrement installés. Néanmoins le jeune moine est encore mieux partagé que le scribe des anciens, qui devait poser le parchemin sur ses genoux ou sur sa main gauche, et se placer lui-même sur un lit; posture fort incommode pour ce genre d'occupation, et cependant familière au poète Ovide, à en juger par ses propres vers :

Non hœc in nostris, ut quondam, scribimtis horiis; Nec consuete meum, lectulc, corpus habes^.

Notre moderne écrivain, muni de tous les ins- I. Tristes, 1, i i.

truments que nous avons décrits, tenant sa plume ou son roseau de la main droite et son grattoir de la gauche, ayant devant lui un feuillet de parchemin fixé par un fil à plomb, écoute les instructions de Vannariiis. C'est ce dignitaire qui Ta pourvu de tous les objets nécessaires à son travail ; c''est encore lui qui distribue la besogne et désigne à chacun sa tâche particulière ^ Tantôt il remet à chaque religieux un manuscrit différent; tantôt il dicte à plusieurs un texte unique, comme cela se pratiquait dans l'antiquité, ou le fait dicter par un copiste en chef. Ce dernier procédé aura l'avantage de reproduire immédiatement Pouvrage à un certain nombre d'exemplaires; mais il occasionnera parfois un manque d'unité, au moins dans la forme, et de là viennent, suivant quelques critiques, la plupart des variantes d'orthographe ou même de rédaction qui pullulent dans nos manuscrits. Quelquefois, et surtout quand il s'agit d'une oeuvre de longue haleine, la copie d'un même livre est répartie entre plusieurs mains : il arrive alors que, malgré tous les efforts du chef pour faire adopter dans son scriptorium une seule et même espèce d'écriture, l'exemplaire offre une diversité de caractères assez disgracieuse , ou qu'il renferme des intervalles blancs à la fin des cahiers, quand cette fin ne concorde pas avec celle du texte confié à chaque collaborateur. D'autres fois enfin, le travail est divisé suivant l'aptitude ou le savoir de chacun. « Que l'un corrige, dit Trithème, le livre que l'autre a écrit; qu'un troisième trace les ornements à l'encre rouge; quecelui-

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