‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 55 sur 144 · LA M I N' I A T U K E EN !• R A N C E · texte numérisé non relu

LA M I N' I A T U K E EN !• R A N C E

de rcciiiLirc métallique, l'n Evangile à Tencrc d'or fut donné par Constantin à saint Nicolas de Myre, et tant d'autres furent exécutés sous les successeurs de ce prince, que des Pères de rÉglise se plaignirent de voir le fond négligé pour la forme dans les livres saints ^ L'encre d'argent était un peu moins usitée, parce qu'elle

Fie. 28. — LE SONGE D ' É N É E. iv" SIÈCLE.

(Tiré Ju Virgile Ju Vatican reproduit par Scroux d'Agincourt, t. V, pi. 27.

avait l'inconvénient de se noircir avec le temps. L'une et l'autre cependant sont, comme nous le verrons, au nombre des genres d'ornement qui ont passé sans interruption de la pratique des Romains dans celle de notre pnvs.

De cette période préliminaire de l'art, il ne nous

I. Darcinbcrg cl Saglio, Dict. des autiq., au mot Chrysograyhic.

est parvenu que des monuments fort peu nombreux et appartenant à Tàge de la décadence. Les plus célèbres sont les deux Virgile de la bibliothèque du Vatican. Le plus ancien de ces précieux volumes a été successivement attribué au me, au iv® et au v« siècle; on pe.ut le rapporter sans trop de témérité au iv^ Il contient des peintures; remarquables par Tinvention, médiocres par le dessin, mauvaises quant à la perspective: le coloris consiste en teintes fortes et en traits noirs appliqués sur les contours. Le second, un peu plus récent, renferme de curieuses représentations des personnages des Bucoliques, qui seraient de bons spécimens des « bergeries » anciennes, si elles étaient mieux conservées ^ On admire à la bibliothèque ambrosienne de Milan une Iliade non moins vénérable, du v siècle probablementjOU plusieurs scènes de l'épopée homérique sont reproduites par le pinceau avec assez de bonheur, mais pas toujours d'une manière conforme au texte. A cette classe de manuscrits se rattachent indirectement deux Térence, illustras deux ou trois cents ans plus tard, mais qui sont évidemment des copies plus ou moins fidèles de modèles antiques disparus. Dans le premier, appartenant à la Vaticane, on remarque des contours assez grossiers; la proportion des figures est trop courte, et le nu ne se sent pas sous les vêtements. Le second, déposé à la Bibliothèque nationale, ne contient qu'une série de naïfs dessins à la plume, représentant les personnages de la comédie sous le masque et le costume classi-

I. Voy. la critique et la reproduction des figures de ces deux manuscrits dans Seroux d'Agi n cou rt, //^f.î^ de Vart, II, 5o, pi. 21- 25, et III, 23. Cf. Labarte, Hist. des arts industriels, II, 157.

lii LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

qucs. Néanmoins les vestiges de Pantiquité sont visibles dans Tun et dans Tautre. On peut voir encore une reproduction maladroite de Tantique dans le curieux Calendrier d'Aratiis de la Bibliothèque de Boulogne, manuscrit du x*' siècle, renfermant la version en vers latins d'un ouvrage attribué à Germanicus, neveu de Tibère ; là se trouvent mêlés des figures astronomiques et des personnages, nus ou habillés, d^un caractère tout à fait archaïque, dont quelques-uns portent des coiffures du m® ou du iv^ siècle. Quant aux monuments de la littérature chrétienne décorés de peintures et appartenant réellement à l'âge romain, ils sont encore plus rares. L'histoire fait mention d'un Evangile illustré par Mani, chef des Manichéens, mort en 277, et c'est là le plus ancien exemple qu'on puisse s'attendre à rencontrer; mais ce spécimen n'est pas parvenu jusqu'à nous^

Au début de l'époque barbare, c'est-à-dire au moment où s'ouvre la première phase de l'enluminure du moyen âge, la figure, le dessin même ont généralement disparu des manuscrits. Mais nous allons voir un art nouveau se greffer sur les débris de l'ancien, et la moderne miniature sortir peu à peu, avec ses accessoires, de l'initiale ornée, qui, elle, paraît avoir surnagé dans le désastre des invasions. Ce n'est d'abord qu'un essai timide, une faible réminiscence. On se souvient des procédés romains, on en a encore des échantillons sous les yeux; mais les écoles ont péri, les talents manquent, et la main des calligraphes semble impuissante à imiter

I. Voy. d'Agincourt, ibid., II, bj, et III, 4?; Bibl. de l'Ecole des chartes, an. 1875, p.' 336.

, : «H Vi, ■-,

les chefs-d'œuvre des anciens. LMnitiale ose à peine sortir des rangs et se distinguer des autres lettres. Dans le Pentateuque de Lyon, dont nous avons déjà parlé (vi* siècle), elle est quelque peu plus grande, elle est placée en saillie; mais elle est sans ornements et revêt seulement la couleur rouge en tête des divisions principales, ainsi que toute la ligne qui la suit. Quand elle recevra une décoration en tète de chaque chapitre, elle prendra le nom de capitiilaij'e. Un recueil de canons de conciles, à peu près contemporain et rédigé à Tabbaye de Corbie, nous montre, dans quelques-unes de ses majuscules, comme une velléité de dessin, et presque aussitôt cette tendance devient plus sensible dans le D initial d'un saint Augustin sur papyrus, qui encadre la figure' rudimentaire d'une croix de Malte.

Avec le vii« siècle apparaissent des lettres formées, non plus seiilement de traits de fantaisie, mais de 'lignes empruntées à des corps d''animaux, de poissons surtout, et plus ou moins grossièrement tracées. Les jambages principaux, pleins jusque-là, commencent à être percés à jour et à renfermer des ornements très simples, des perles, des broderies (lettres perlées, brodées), des spirales, des nœuds, des entrelacs. Ces derniers sont destinés à faire fortune chez les enlumineurs. On les a pris souvent pour une importatfon saxonne ; leur emploi

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