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est, au. contraire, une des preuves les plus évidentes de la perpétuation des traditions romaines. « Ces entrelacs, ces câbles, dit avec raison M. Edouard Fleury, il n'est pas un monument gallo-romain qui ne nous les montre. La corde à quatre ou cinq brins se voit sur les belles mosaïques découvertes à profusion à Blanzy, à Bazoches, à Vailly, à Reims. Les entrelacs sont prodigués à

FIG. Jî. INITIALES (JRNT.F.S. V I 1 "^ S I K C L E.

(Tiré d'un cvangéliaire Je la Bibl. n.-it., lat. 256.)

Reims et à Bazoches, ainsi que les nœuds sans fin. C'est une mode de dessin linéaire, et les conquérante de race germanique trouvèrent encore debout ces mo-< numents où Tentrelacs gallo-romain dominait; c'est à ceux-là que Fart des Francs, cet art dont leurs sépultures récemment reconnues nous ont restitué tant de spécimens originaux et importants, emprunta ces nœuds, ces enlacements, ces câblés, que nous retrouvons sur leurs belles boucles de ceinturons, sur celles de

Ij8 LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

leurs baudriers, sur leurs fibules, leurs bagues et leurs bracelets... La tradition ne fut pas un instant interrompue ^. «

En même temps, les calligraphes les plus habiles franchissent un pas important : tout en continuant à dessiner Tinitiale à la plume, ils la revêtent d^une couche de couleur, de préférence rouge ou verte, ou rouge et verte à la fois; c'est la réapparition de la peinture dans les livres. Dans le manuscrit d'Eugyppius (fin du vue siècle), la nuance Jaune se joint aux deux premières, et ce barbouillage tricolore s'applique non seulement aux lettres capitulaires, mais à quelques ornements en forme de portiques, de rosaces, de bandeaux, qui se glissent dès lors à côté d'elles. Certaines initiales du même volume nous montrent même d'informes essais de figure humaine. Puis, au siècle suivant, les couleurs se multiplient dans les titres comme dans les grandes lettres; le corps de celles-ci se développe; les animaux semblent se prêter plus docilement aux courbures qu'il exige; les têtes d'hommes deviennent un peu plus fréquentes, un peu moins barbares. Il y a déjà de l'imagination dans ces bizarres combinaisons d'êtres fantastiques. Les Bénédictins en ont formé tout un alphabet, oii elles sont réparties en catégories ornées de noms aussi étranges que leur aspect : anthropomorphique, ornithoéide, icthyomorphique , ophiomorphique, anthophylloéide. Nous laisserons de côté cette terminologie trop scientifique et cette division un peu arbitraire, qui porte d'ailleurs sur des échantillons

I. Les manuscrits à miniatures de la bibliothèque de Laon, i^^ partie, p. 8.

d'âge diffcrcnt. Observons seulement que le même genre de dessins compose rélcmcnt principal du très petit nombre de frontispices que nous a lègues la période mérovingienne, et dont un curieux spécimen nous est offert par Thistoire d'Orose conservée à la bibliothèque de Laon. La première page de ce volume est un type achevé du symbolisme de Tcnluminure naissante. C'est une croix grecque dont le centre est

Fia. 33. INITIAI. ES ORNEES. VI 11' SIECLE,

(Tire Je m.inuscrits de L.ion, rcjToJuits pjr E. Fleury, i''' p.irt., pi. i, 3.)

occupé par IWgneau divin et dont les bras se terminent par les emblèmes des quatre évangélistes. Les divers animaux groupés dans les tympans et dans l'encadrement ont tous leur signiiication particulière. Ici comme dans les irtitiales, le trait a été dessiné à l'encre noire, et les couleurs rouge, verte, jaune, brune ont été appliquées ensuite.

Enfin, un dernier genre d'ornementation se perpétue durant cette période : c'est la chrysographie. Non seulement les titres, les initiales, le nom de

Dieu sont tracés en lettres d'or ou d'argent dans certains manuscrits, mais on continue, quoique plus rarement, à écrire ainsi le texte entier des livres sacrés. Le célèbre psautier de la Bibliothèque nationale qui passe pour avoir servi à saint Germain , évêque de Paris, en est la preuve la plus remarquable, preuve confirmée par d'autres manuscrits un peu plus récents.

A peine aborde-t-on l'époque de Charlemagne, qu'un progrès notable et presque subit se fait sentir. Il était, en effet, dans l'ordre des choses que la renaissance de Part calligraphique provoquée par Alcuin et son royal ami eût son contre-coup dans l'art d'illustrer les livres, puisque le second n'était encore qu'une dépendance du premier et que tous deux étaient exercés par les mêmes mains : ce que nous avons dit plus haut des écoles d'écriture fondées alors de différents côtés s'applique donc aussi bien à l'enluminure. Le perfectionnement de celle-ci est dû bien plutôt à ce mouvement général qu'à un enseignement direct apporté par des artistes byzantins dans le palais d'Aix-la-Chapelle, comme le croyait encore le comte de Bastard. Sans affirmer positivement, avec M. du Sommerard, la création d'une école de miniaturistes à Paris dans les vieux Thermes de Julien, rajeunis par le séjour du nouvel empereur d'Occident, on peut croire que la capitale française et toute la région circonvoisine, qui allaient bientôt conquérir une si grande renommée dans cette branche spéciale, prirent une part active à la rénovation carlovingienne. Tandis que l'Italie était encore dans l'enfance de l'art, que l'Allemagne existait à peine, et

que seuls les Anglo-Saxons nous avaient envoyé par les missionnaires scots ou irlandais quelques spécimens d'une ornementation originale, les ateliers monastiques du centre de la France arrivaient d'un bond à un

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