‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 59 sur 144 · IX*" SIÈCLE · texte numérisé non relu

IX*" SIÈCLE

(Tirée du ms. Lit. 9451 de 1j Bibl. liât.)

i4+ LES MANUSCRITS ET LA MINIATURE.

meux sacramentaire de Tabbaye de Gellone, au diocèse de Lodève, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. Une des initiales de ce précieux volume, attribue à la fin du vm*^ siècle ou au commencement du ix% renferme un Christ ou M. de Bastard a vu en même temps la plus ancienne représentation, dans les manuscrits, de Jésus crucifié. A la vérité, cette figure n'est pas coloriée; seulement le sang est indiqué par des gouttes d'encre rouge. Le corps est à moitié vêtu, comme dans la plupart des anciennes images du Christ, et tout le dessin est d'une naïveté primitive. Le même livre contient, du reste, une quantité d'ornements remarquables, soit dans l'intérieur des lettres, soit en dehors. D'un âge presque aussi vénérable est le grand O que M. de Bastard et le P. Cahier ont tiré du sacramentaire de Drogon, évêque de Metz, fils de Charlemagne, et qui encadre la scène symbolique du Mystère de la Rédemption. Les figures y sont entourée d'un fond bleuâtre ; la lettre est formée par un double trait d'or, autour duquel s'enlacent des branches et des feuilles de vigne, également en oret bordées de rouge, se détachant sur un fond vert. Puis voici, dans les lettrines qui brillent au début de chacun des offices de ce riche missel, des compositions un peu plus compliquées : la mort de saint Etienne, avec les murs de Jérusalem et une réduction du temple; la naissance du Sauveur, avec la Vierge et une autre femme, saint Joseph assis et méditant, et dans d'autres compartiments, habilement ménagés au milieu de rinceaux de feuillage, l'âne, le bœuf, des bergers, des femmes lavant le nouveau-né; la Présentation au temple,.la Tentation au désert, la

LA MINI A 1 l' W E i: N )• R A N C E.

Résurrection, rAsccnsion, le mniiyre de saint André', comprenant vini^t-cinq personna<;es dans un espace des plus restreints; puis, dans l'intérieur d'un grand D, un ivpe do ]'icri;c à la chaise tout à fait remarquable et contrastant singulièrement avec Timmortelle

Fie. 36. VIERGE A LA CHAISE. IX*"' SI t CLE.

(Initialo Ju sacramcnt.iire de Drogon de Metz, Bibl. nat., ms. lat. 9.(28.)

conception de Raphaël. Enfin, Tartistc, se sentant trop à Tétroit dans les initiales placées en regard du texte, en agrandit quelques-unes au point de leur faire remplir toute la page. Là, il s'étale tout à son aise, et son imagination se donne carrière. Dans le seul T initial du canon de la messe, il groupe « un prêtre debout, les pieds nus, les mains ouvertes et séparées, priant devant

LES MANUSCRITS. lO

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un autel chargé de trois pains et d'un calice et placé sous un petit dais; il est vêtu dMne tunique pourpre et d'une chlamyde blanche ou bleuâtre ; sa barbe et ses longs cheveux sont blancs; sa tête est entourée d'un nimbe. Une main d'or (symbole de Dieu le Père) sort des nuages et bénit le sacrifice. Au pied de cette espèce de tau, variété de la croix de Jésus-Christ, figurent deux bœufs, symbole de l'ancienne et de la nouvelle loi. La même idée paraît exprimée par les deux médaillons qui terminent les bras de la croix. A droite (gauche du spectateur) , un jeune homme à courte tunique bleuâtre, les jambes nues et les pieds chaussés de brodequins, présente un agneau, qu'il porte respectueusement en cachant ses mains sous sa chlamyde, ou manteau couleur de pourpre. Le médaillon opposé montre un vieillard à barbe et à cheveux longs, la tête également accompagnée du nimbe. Comme l'autre personnage, il offre un agneau, qu'il porte de sa main droite, cachée de même sous son manteau. Le jeune homme est Abel, l'une des figures de Jésus-Christ, et le vieillard saint Jean-Baptiste, que son doigt indicateur fait assez reconnaître. Les deux bœufs ne peuvent être que l'image du double sacrifice, le premier et le dernier sacrifice sanglant. Reste le personnage du milieu, où l'on peut reconnaître Melchissédech, prêtre du Dieu Très Haut, également figure de Jésus -Christ*. » Celte scène, dont le P. Cahier explique les détails d'une manière un peu différente, offre, comme on le voit, un modèle achevé du symbolisme alors régnant, symbo-

T. De Bastard, BulU du comité de la langue, IV, 78g,

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