LA MI N I A T U II E F, N I- RANGE
et d'ailleurs très ditTcrcnts de leurs autres effigies, indiquent que nous avons plutôt là un type conventionnel,
lu. jd. IMAGE D F, C H A K L F. S LE CHAUVE. I X 0 SlKCLt.
( firc du psautier de ce prince, di'i à Liuilurd, Hibl. ii.it., mi. I.u. 1152.»
itiribué aux divers princes de la dynastie. En somme, le véritable portrait n'est pas encore né, et la mode des
peintures séparées des lettres ne se généralisera ellemême que plus tard; elle s'applique surtout, pour le moment, à certains personnages isolés et dVin ordre supérieur, comme le Christ, les évangélistes, les principaux saints, les empereurs, tout au plus à certaines compositions mystiques rapprochant quelques-uns de ces mêmes personnages dans autant de compartiments juxtaposés.
Seule à peu près, la splendide Bible de Saint- Martin offerte par le comte Vivien à Charles le Chauve renferme de grandes scènes, tirées de TEcriture ou de la Vie des saints : une des plus curieuses représente le roi psalmiste accompagné de musiciens à demi nus, dessinés au trait; on voit même, sur une autre page, l'empereur entouré de sa famille et de sa cour. Il y a ici la trace d'un art plus inventif, devançant réellement son siècle. Il faut en dire autant du sacramentaire d'Autun, appartenant, du reste, à la même école et très probablement exécuté à Marmoutier : on y remarque, en effet, une peinture à figures d'or sur fond bleu, où un abbé, sur son siège d'honneur, la crosse à la main, bénit ses religieux.
Le petit nombre des animaux qu'on rencontre dans les sujets peints de cette époque appartiennent au domaine du symbolisme ou de la fantaisie, non à la nature : l'Agneau divin de l'évangéliaire de Ratisbonne, à Munich, semble avoir emprunté sa tête à un louveteau. Une exception doit être faite en faveur de quelques figures de cette classe dessinées en noir, avec différentes plantes, dans un traité de médecine du ix« siècle. Leur aspect plus naturel est dû, sans doute,
au caractère spécial du livre. Au reste, rillustration d'un ouvrage de cette espèce est déjà un fait exceptionnel pour le temps. Les motifs d'architecture sont souvent aussi le fruit de Timagination : il serait assez imprudent d'aller chercher le style des édifices carlovingiens dans les fontaines mystiques ou dans les embryons de temples de l'enluminure contemporaine : cependant les détails architectoniques des frontispices, les colonnes, les portiques peuvent offrir quelques éléments rccls. Quant au paysage, il est encore absent, et le feuillage, malgré sa richesse, est du pur ornement. Mais l'absence du dessin est rachetée par la vivacité du coloris et la profusion de l'or. Les nuances rouges, vertes, jaunes, violettes, roses jettent sur ces pages naïves un éclat qui n'a presque point pâli. Non seulement Tor est semé sur les figures et les ornements, mais il compose la plupart des fonds et domine même un peu trop. La chrysographie est plus en faveur que jamais; elle est redevenue une fureur. Dans les initiales, dans le texte des évangiles, des psaumes, des prophètes, partout brillent l'or ou l'argent, et souvent les deux à la fois. Ce luxe particulier, toujours joint à celui du parchemin pourpré, restera très usité Jusqu'au début de la période romane. Le x« siècle, cet âge de fer, à en croire tant d historiens, et même le xi'^ le connaîtront encore; témoin plusieurs beaux manuscrits de la bibliothèque de Boulogne, tels qu'un psautier et une vie de saint Bcrtin, exécutes tous deux à Tabbaye de ce nom, et un Evangile de saint Mathieu, dont l'encre d'or est admirablement conservée. On peut dire, du reste, contrairement à une opinion reçue, que
le moyen âge n'en perdra jamais complètement la tradition.
L''art carlovingien, avec son caractère de sauvage grandeur et de naïve originalité, ne devait pas survivre aux beaux jours de la dynastie qui lui a prêté son nom. Les invasions normandes, le déchirement de Tempire d'Occident, les dissensions intestines des nouveaux royaumes n''étaient pas des circonstances favorables au développement des goûts littéraires et artistiques. Toutefois ce serait une exagération de dire, avec M. Ferdinand Denis, que les vestiges de cette glorieuse renaissance disparurent aussitôt du sol français^. Ils se perpétuent, avec les traditions antiques, jusqu'au milieu du siècle de saint Louis, et ce n'est pas sans raison que M. de Bastard, signalant de nombreux manuscrits de l'époque qui vit naître la puissance des Capétiens, taxe d'injustice l'accusation de barbarie lancée trop souvent contre elle. C'est alors que s'ouvre la période romane, dont le nom seul rappelle un style fort éloigné de celui des barbares; seulement les peintres sur vélin n'attendirent pas, comme les architectes, que le terrible an looo fût passé pour mettre la main à l'œuvre. Sans inaugurer un art nouveau dont ils ne devaient voir que l'aurore, les enlumineurs romans ne cessèrent pas de perfectionner le genre adopté par leurs prédécesseurs, en le rajeunissant par l'introduction des formes à la mode. Ils continuèrent à tirer leurs sujets de l'Ecriture ou de l'histoire sacrée et à les traiter au point
I. Notice historique jointe au Livre de prières publié par Mathieu, p. i33.
LA MINMATURt; li N FRANCE. i$j
vie vue symbolique; cepcmlant, à mesure que Ton avance dans la période qui consiiiue leur domaine, on voit le cercle des ouvrages honorés d'une illustration s'élargir peu à peu, les canonistes et les commentateurs partager le privilège réservé jusque-là aux Pères et à la Bible, et en même temps on voit la science du dessin progresser, tant dans la rigure que dans rornement, Pidée de Pimitation de la nature se faire jour dans quelques tentatives heureuses, enfin le sujet indépendant, ce qu'on esf convenu d'appeler la miniature, devenir d'un usage plus fréquent.
L'initiale romane n'offre pas de modification sensible dans le corps de la lettre. C^est toujours la capitale antique plus ou moins défigurée par les formes arrondies de Tonciale (d'où est issue la lettre tournure)^ et se prolongeant de plus en plus en dehors de sa place naturelle. Mais sa décoration intérieure se complique; le dessin d'ornement y est plus chargé, plus luxuriant. Les formes de la nouvelle architecture, les rosaces, le feuillage conventionnel des chapiteaux commencent à s'y glisser, comme on le voit dans une vie de saint Martin écrite vers io3o et dans une Bible de saint Martial de Limoges remontant à la fin du siècle précédent. Un autre volume provenant de celte abbaye, et plus jeune d'une centaine d'années au moins, contient même des lettrines qui rappellent tout à fait, pour le dessin et la couleur, les beaux vitraux dont la vogue allait se répandre. Ce sont les premiers symptômes d'une tendance naturaliste; le peintre est amené comme involontairement à copier les objets qui l'entourent, parce qu'il ne trouve plus dans la tradition des élé-