‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 64 sur 144 · SS · texte numérisé non relu

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Fie. 4O. IN'ITIALE A ANIMAUX. XI* SIÈCtR.

(Tire Jf. Comiiicnlaiie dt ISc.iUis, Bibl. nat., ms. Lit. SS7S.)

seconde capitale dans la première, ils inventent des majuscules enchevêtrées, enclavées, reliées les unes aux autres, et surtout ils ont recours à un nouveau genre de fioriture, gracieux, léger, susceptible d\in développement indéfini, le filigrane, ainsi nommé parce qu^il ressemble à un fil ténu, capricieusement enroulé et engendrant des espèces de graines ou de petites boules. Les lettres filigranées étaient appelées à un grand succès dans le reste du moyen âge : on en trouve des types d^une rare délicatesse dès le xri" siècle, et surtout au xiw. Les manuscrits provenant de Tabbaye de Saint-Amand, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, présentent une collection remarquable de ces différents types, comme s'il y avait eu là, suivant Tobservation de M. Delisle, une école spéciale pour les élégantes lettrines.

Les animaux enfermés dans les initiales romanes ou perchés sur leurs jambages sont un peu plus vivants, mieux campés. On reconnaît parmi eux des ours, des paons, des singes, des renards, c'est-à-dire les espèces que les barons féodaux aimaient à élever dans leurs jardins ou chasser au fond des forêts. Un spécimen des deux dernières se voit à l'extrémité supérieure d'un A, dans le curieux exemplaire du Commentaire de Beatus appelé par M. de Bastard V Apocalypse de Samt-Sever (xi" siècle), et, afin que le lecteur ne s'y trompe pas, l'enlumineur trop modeste a eu bien soin de l'éclairer par une double étiquette : Similis. — ■ Viilpis. Le même manuscrit nous offre ailleurs une curieuse représentation des quatre chevaux 'de l'Apocalypse, en rouge sur fond blanc, montés par des écuyers et lancés au

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galop d'une façon assez naturelle. Néanmoins c'est toujours Télément fantastique qui domine dans les figures d'animaux, et Ton peut en dire autant pour les

personnages humains.

La pensée de l'artiste semble même devenir railleuse; elle enfante toute une famille d'êtres bizarres et grimaçants, connus sous le nom de grotesques. Le mélange de toutes ces étrangetés produit des fouillis inextricables.

Cependant la vraie physionomie humaine prendra peu à peu le dessus. « La représentation de l'homme, devenue plus facile à des doigts qui ont plus d'expérience et d'habileté, va désormais s'unir aux ornements linéaires si remarquables sous la plume des miniaturistes du xii^ siècle, aux effigies bizarres et monstrueu- ( Tiré d'un manuscrit de Laon, ses dcs dragous, des chimèrcs '"'^P''"'^"" qui s'engendrent et s'enir3-dé-

par E. Fleury, 2" partie, pi. 14.) ,. , ,

vorent. La race du diable encorné ne vomira plus toujours les salamandres et les guivres; les serpents à deux têtes pour un seul corps ne donneront pas toujours naissance aux fleurons entrelacés; mais l'homme va dompter les monstres les plus effrayants, jusqu'à ce qu'enfin l'art, qui a débuté

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