I. Éd. Flcury, op. cit., 2* partie p. i5o
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a son pendant, moins réussi, dans une Cité de Dieu de la bibliothèque de Boulogne, qui renferme un I formé de quatre médaillons superposés, peints en or et en couleurs sur fond bleu; on y reconnaît notamment Lucifer sous la forme d"'un monstre vomissant des flammes et saint Augustin écrivant son livre.
Les initiales des chartes royales contiennent ellesmêmes, à partir des premiers Valois, quelques histoires se rapportant à la teneur de l'acte : la plus curieuse est sans contredit le grand U où Ton voit les magistrats de Lyon remettant à un envoyé de Philippe le Hardi, à la porte de leur cité, la charte par laquelle ils reconnaissent la suprématie du roi de France; cette lettre orne un feuillet encadré de rinceaux, dans un des. registres du Trésor des chartes. La chancellerie de Charles V se distingue aussi par une série remarquable de K (initiale du mot Karolus], dont quelques-uns ont jambages formés par des nnages humains ou par oissons, comme dans les manuscrits mérovingiens, mais avec beau-
INITIALEA HISTOIRE, xm^ SIÈCLE. ( Évaiigél. de la S'^'-Chapelle, Bibl. liât. , lat. 17325.)
coup plus d'élégance ; ce genre de décoration s^étend parfois à tous les caractères qui forment la première ligne de Tacte. Cependant Tornement est beaucoup moins prodigué ici que dans les manuscrits.
A partir du xv^ siècle, ceux-ci ne renferment presque plus que des miniatures détachées : lors même qu'un sujet historié inaugure un livre ou un chapitre, Parliste, au lieu de Temprisonner dans le corps de Tinitiale, le place simplement au-dessus de la première ligne, sur toute la largeur de la page. La miniature, oublieuse de son origine, est devenue le tableau ; nous allons maintenant Tenvisager sous cette forme indépendante, qui est celle des chefsd'œuvre de la peinture gothique.
Prenons d'abord la classe si intéressante des portraits.
FIG. 47. INITIALE A HISIUIRES tl) 1 i: IIPOSKES.
Xlll* SIÈCLE.
(Tire de l'Hvaiigiluire de la S.\iiue-Chapclle, Bibl. iiat., Iat.i8;26.)
Ll. . MANUsCRIIS. lu
La naissance du portrait caractérise, on Va vu, le commencement de la période gothique. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que Ton n^ait point essayé plus tôt de peindre des visages ressemblants. Les artistes byzantins possédaient depuis longtemps ce talent spécial. Même en Occident, il n'était pas tout à fait inconnu : Héloïse s'était fait donner le portrait d'Abélard; Guillaume, comte de Poitiers, leur contemporain, avait fait exécuter sur son écu celui d'une femme aimée. En Italie, en Espagne, en Angleterre, on peut trouver des exemples non moins anciens, ou même antérieurs. Mais un fait certain, c'est que la vulgarisation, la mode du portrait est venue de la peinture sur vélin et de la tendance à individualiser les visages, qui caractérise la deuxième phase de cet art fécond. Les figures de Charles le Chauve et de Lothaire, dans les évangéliaires carlovingiens, celles des compagnes de l'abbesse Herrade, dans son célèbre manuscrit, ne peuvent guère passer que pour des types génériques. Il fallait, pour atteindre la ressemblance, que l'artiste fit poser devant lui son personnage. Or ce n'est qu'à partir du xiv'' siècle qu'on le voit pousser Jusque-là le souci de la vérité. Il Suffit de jeter les yeux sur les œuvres de nos grands miniateurs pour se convaincre que, dès lors, la majorité de leurs figures est dessinée d'après le modèle. Ce sont des types vivants qu'ils ont reproduits; ils ne pouvaient restreindre aux accessoires, au mobilier, au costume, leur ardent désir d'imiter la nature : ils devaient chercher, ils ont cherché, en etiet, à rendre ce qu'elle leur offrait de plus beau, de plus noble et de plus séduisant, le visage de l'homme. Avec
quel succès? Nous ne pouvons plus guère en juger ; mais la finesse de touche de leurs portraits, le degré d'expression auquel ils sont arrivés nous garantissent que ce ne sont pas là des images de fantaisie, sorties de rimagination ou du souvenir. Et cette perfection est d'autant plus étonnante, qu'il s'agit, en général, de figures extrêmement réduites, occupant à peine la
Fie. -i'J, LETTRES INITIALES DES CHARTES DE Cil ARLES V.