‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 74 sur 144 · Philobiblion, p · texte numérisé non relu

Philobiblion, p

2. Tory, l'Art et science de la vraie proportion des lettres, Paris, 1629, in-f°.

corps de l'initiale est en or sur fond sombre, tnntôt il est rouge ou bleu sur champ dore (ce que les praticiens

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FIG. 4j. INITIALES A FLEORS ET A BLASONS. XIIl'-XIV" SIÈCLE.

(Tiré d'un manuscrit Je Laon, reproduit par E. Fleury, 2" partie, pi. 46.)

appellent champic d'or ou à champaipie d'or]. La palette des enlumineurs est devenue si riche, qu'ils pro-

diguent ces tons éclatants, non plus seulement au commencement des chapitres et des alinéas, mais Jusque dans le corps du texte. II y a des volumes où le début de presque toutes les phrases est marqué par une petite lettre peinte ou au moins badigeonnée, et, de plus, les espaces vides qui terminent les lignes à la fin des paragraphes sont eux-mêmes chargés d'or, d'azur et de vermillon. La page, ainsi remplie, fait Peffet d'un champ de blé émaillé de bleuets, de coquelicots et d'épis mûrs, ou mieux d'une robe pailletée; c'est un excès fatigant pour l'œil et plutôt nuisible à l'ensemble de la décoration.

Les lettrines à histoires encadrent, quand elles' sont petites, des figures d'une finesse extraordinaire, et, quand elles sont grandes, de vrais tableaux de maître. Dès le xiii* siècle, un psautier de l'abbaye de Cuissy nous montre, enfermés dans douze initiales d'environ deux centimètres carrés, les travaux ou les plaisirs des douze mois de l'année, sujet absolument naturaliste, qui deviendra classique dans les calendriers placés en tète des livres d'heures et qui prête aux études de mœurs les plus curieuses. Une autre lettre moins grande encore, dans un manuscrit de Notre-Dame de Laon, contient le portrait d'un pape. On peut voir toute une collection de figurines aussi fines et de la même époque en tête des chapitres de la Sainte Elisabeth et du Saint Louis, publiés et illustrés par la maison Marne. Dans le genre o.pposé, il faut admirer une grande figure d'évêque du siècle suivant, reproduite par M. Ed. P'ieury. Cette figure se présente sous un portique trilobé, la tête coiffée d'une mitre blanche de.

forme singulière, le corps vctu d'une soutane blnnche et d'un manteau bleu, et se détachant sur un fond lie de vin semé de fleurettes et de points gouaches, tandis qu'un fond quadrillé entoure extérieurement les traits de TA qui sert de cadre à la miniature. « La physionomie de ce pontife offre une grandeur surnaturelle et plus qu'humaine. La maigreur austère des formes, l'attitude ascétique, la sombre mélancolie du visage, creusé et dévoré par l'amour de Dieu et de l'étude, cette exagération de la longueur de la figure et des membres, cette profondeur et cette tension du regard, tout annonce l'exaltation du mysticisme, la victoire de l'esprit sur la chair... Tout le xiv' siècle est là dans ces traits, dans cette pose, dans ces plis caractéristiques '. »

Naturellement, des scènes très étendues se rencontrent également dans les larges initiales gothiques. On y voit aussi bien des chasses que des cérémonies religieuses : parfois le lièvre est peint en bleu et le lévrier en rose; mais le naturel de la pose rachète ces fantaisies. Dans l'éva ngéliaire de la Sainte-Chapelle, les grand J qui commencent la plupart des évangiles de l'année, et qui se prolongent sur toute la longueur de la page, contiennent chacun jusqu'à six ou huit scènes, disposées au-dessus les unes des autres, comme les étages d'une maison. La seule initiale de l'évangile de Noël représente les six Jours de la création, le repos du septième, et, couronnant le tout, le Christ sur la croix. Cet exemple peut passer pour le comble du genre. Il

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