XV" SIÈCLE
(Tiré des Heures d'Et. Chevalier, reproduites par Curmer.)
noires, agenouillé sur un coussin de velours bleu fleurdelisé; il présente à l'enfant Jésus un vase rempli de monnaies d'or, et derrière lui sont groupés divers officiers de sa cour. L'immense frontispice du Boccace de Munich, exemple typique de l'entente de la composi-
LA MINIATURE EN !• R A N C E. ipS
tion et de la savante ordonnance qui distinguaient
PIC. 60. LOUIS II d'anJOU, père du roi rené. Xy" SIÈCIE.
(Tiré du livre d'heures do René d'Anjou, Dibl. nat., Lit. 1156''.)
Técolc française, est une espèce de tour de force réunis-
Ipfî
sant sur un même feuillet plus de cent personnages pris sur nature. Le sujet est la haute cour de justice tenue à Bourges en 14.58, pour la condamnation du duc d'Alençon, accusé du crime de haute trahison. Au sommet de la composition se détache la figure sérieuse et digne du roi ; de chaque côté de lui, sur quatre rangs disposés en losange, viennent le comte de Dunois, les ducs de Berry, d^Orléans, de Bourbon, le comte d'Angoulême, le comt2 du Maine, Juvénal des Ursins, chancelier de France, Tarchevèque de Reims, son frère, une foule de prélats, de seigneurs, de conseillers au parlement, de magistrats divers, rangés suivant la hiérarchie et nominativement désignés; puis, en dehors de Tenceinte réservée aux juges, des clercs, des huissiers, des hommes d^armes. Cette page est tout un monde, et un monde vivant, personnel, animé. Enfin Fouquet n'a pas seulement « pourtraicturé » son prince ; il a représenté à différentes reprises, dans son livre d'heures, Etienne Chevalier, secrétaire du roi, contrôleur général des finances, et, à dire vrai, il nous a légué autant de portraits qu'il y a de personnages dans ses miniatures. Comme l'a remarqué Charles Blanc, « tous ses types sont français, et français du cœur de la France ; ses figures, plutôt courtes que longues, font bien voir qu'elles ont été prises dans la nature même du pays ». En effet, Jean Fouquet était originaire de la Touraine, et il y travailla longtemps auprès de Louis XI, dont il était le peintrQ attitré ; on pourrait même retrouver dans ses ouvrages, non seulement des figures, mais des paysages, des rues, des édifices empruntés à ce riant pays. Dans son voisinage, à Angers, le bon roi