‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 89 sur 144 · LA M I N I A T U R F. F. N F R A N C F · texte numérisé non relu

LA M I N I A T U R F. F. N F R A N C F

de Quinic-Curce, de Snllustc,deJoscphc, d'Orosc, appelés successivement aux honneurs de l'illusiration, avec les poètes antiques et les légistes. Les Décades de Titc- Live, les Antiquités judaïques de Josèphe, illustrées

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Fie. 70. ROMAINS ET O S Q U F. > . X V"' S I K C L E.

(\Iliii.ituro Ju Titc-Livc atiribuc h Touliui::, llibl. ii.it., ms. ft.iiiv". 300; 1.)

par le peintre Jean Fouquct ou quelqu'un de ses élèves, sont remplies de chevaliers aux ctincelantes armures, de palefrois richement caparaçonnés, de batailles livrées sans doute entre Anglais et Français, aux jours de la

grande lutte centenaire. Une autre curiosité, signalée dans le premier de ces deux livres par M. Labarte, c'est le combat des Romains contre les Véiens : « Au premier plan est un guerrier qui est exactement dans la même position que le Romulus de David dans le beau tableau des Satines du musée du Louvre. Cest à croire que ce grand artiste a vu cette miniature ; mais il a représenté son Romulus entièrement nu, tandis que Fouquet avait donné à son guerrier romain une armure d'or complète^ » Le temple de Salomon, dans les Antiquités de Josèphe, a des portails à peu près semblables à ceux de Notre- Dame de Reims ; c'est un édifice entièrement gothique. Mais ici, du moins, ce n'est qu'une vague imitation-, tandis que dans les dessins de l'histoire romaine longtemps attribués au roi René, et appartenant certainement à son époque, on est stupéfait de rencontrer la reproduction minutieusement exacte des principaux monuments de Paris, la Sainte-Chapelle, la cathédrale, la tour de Jean sans Peur, etc. De même, les intérieurs de palais de ce dernier manuscrit ont dû être pris fidèlement dans les châteaux delà Touraineou de l'Anjou. Le livre d'heures d'Etienne Chevalier nous offre aussi, dans le tableau de l'Annonciation, une vue de l'intérieur de la Sainte-Chapelle, et dans celui du martyre de sainte Catherine une vue du gibet de Montfaucon. Il y a là autre chose qu'une naïve insouciance de la couleur locale: il y a l'application d'une sorte de principe, il y a un parti pris de transplanter les événements anciens dans un cadre moderne et sur un théâtre connu,

I. Curmer, J. Foucqiiet, p. ii3. L'analogie découverte par M. Labarte est, à la vérité, un peu exagérée dans ce passage.

LA MINIATURE EN I- R A N C E. ai)

soit pour les mieux graver dans rintelligcnce des contemporains, soit pour avoir Toccasion de copier la nature.

Les anachronismes sont moins nombreux et moins sensibles dans les miniatures qui se contentent de nous transporter sur le terrain de l'histoire de France, parce qu'en général il s'agit là d'événements récents, moins étrangers au milieu de l'artiste. Les chroniques, les compilations de Vincent de Beauvais et de Brunetto Latini, qui embrassent à la fois les temps anciens et modernes, la science historique et les sciences naturelles, commencent de bonne heure à être illustrées, et non sans élégance. Mais, dans cet ordre de sujets, c'est principalement le règne de saint Louis qui inspire les enlumineurs gothiques. Les faits et gestes du grand justicier, du croisé héroïque, du prince vertueux honoré par TEglise, vivent encore dans la mémoire de la nation, et ses descendants, ses familiers les font avec une certaine fierté fixer sur le vélin. C'est d'abord son inséparable compagnon, le sire de Joinville, qui, après avoir écrit ses mémoires, fait peindre sur son propre exemplaire les quatre grandes actions du bon roi, « les quatre faits ou il mit son corps en danger de mort pour son peuple »; et dans Tillustration de son commentaire du Credo, rédigé en Syrie, il réserve une place à ses souvenirs personnels : on le voit, la tête couverte d'un chaperon, selon son habitude, recevant avec ses compagnons les jeunes Sarrasins chargés de les assassiner et le petit vieillard infirme dont Tiniervention les sauva. Voilà révénement contemporain, voilà Timpression de voyage introduits dans la miniature et retraces suivant

les données, sous la direction du témoin oculaire. Puis, c'est le récit édifiant du confesseur de la reine que Ton rend plus saisissant en déroulant dans une série de tableaux les traits de piété ou de courage rapportés par Tauteur sur son héros vénéré. Ce sont les Chroniques de Saint-Denis que Ton enrichit d'un grand sujet à cinq compartiments (forme de composition très usitée durant cette période), présentant le glorieux prince dans

FI G. 71. JOINVILLE ET SES COMPAGNONS. Xin'^ SIÈCLE.

(Miniature du Credo reproduit dans l'édition de Joinville, par M. de Wailly.)

Texercice de ses droits de grâce et de Justice ^ C'est encore, et avant tout peut-être, le délicieux livre d'heures de Jeanne, reine de Navarre, déjà cité plus haut, ou la famille royale fait consigner par un pinceau des plus exercés, et sur de précieuses indications, vers i33o, le souvenir des épisodes marquants du règne de son aïeul; série d'un-extrême intérêt, que l'habile critique de M. Longnon nous faisait récemment con-

I. Voy. Wallon, Saint Louis, p. 56, 72, 114; Joinville, éd. de Wailly, p. 2, 3, 414, 448^ ctc

aïs

naître d'après la copie laissée par Peiresc, mais dont l'original a été heureusement retrouvé depuis parmi les manuscrits de lord Asburnham. Le Voyage du sacre, ou Ton voit le Jeune Louis et sa mère emportés vers la ville de Reims par un coche du temps, le Sacre, ic Couronnement , la Trans'.ation de la couronne d'épines, la Prière, Y Etude, qui nous montre Tenfant royal apprenant à écrire entre sa mère et son précepteur, prêt à le fustiger s'il fait mal, sont autant de curieux bijoux.

Sans doute, dans toutes ces peintures d'histoire, les détails ne sont pas toujours scrupuleusement conformes à la chronique.

Ainsi, dans un

exemplaire de Joinville, ou il est dit que Damiette fut prise sans coup férir par les croisés, l'artiste, obéissant peut-être à un sentiment d'amour-propre national, a voulu que cette ville fût emportée d'assaut. Ainsi encore, l'enlumineur de la reine de Navarre fait figurer au sacre de saint Louis l'archevêque de Reims, dont le siège

Fie. 72.

SAINT lOUIS SE RENDANT A REIMS

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