I. Voy. ci-dessus, p. i
Février. — Les Poissons. La pluie. Effet de neige. Un vieillard se chauffant devant un foyer ardent. Des bourgeois devisant au coin du feu. Les crêpes. L'école.
Mars. — Le Bélier. Les arbres bourgeonnant. Le laboureur à la charrue. La taille des arbres fruitiers ou de la vigne. La chasse à Tare. La cérémonie des Cendres.
Avril. — Le Taureau. Le feuillage naissant. La cueillette des premières fleurs et la confection des « chapcls » fleuris. La chasse au faucon. Le jeu des pèlerins. La procession. La promenade sentimentale. La sérénade champêtre.
Mai. — Les Jumeaux. La plantation du « mai «. Les prés fleuris. La chasse à Toiseau. L'entretien des amoureux. La promenade à cheval.
Juin. — Le Cancer. Le chêne et la vigne verdoyants. La coupe des foins. La tonte des moutons. Le cortège des noces. La bénédiction nuptiale.
Juillet. — Le Lion. Les faucheurs. Les meules de foin. La pèche. La moisson. Le père de famille entouré de sa femme et de ses enfants. Le jeu de la queue du loup.
Aoi7t. — La Vierge. Les blés mûrs. Les moissonneurs. La rentrée des grains. Le payement des ouvriers. Le départ pour la chasse. Le colin-maillard.
Septembre. — Les Balances. La vigne chargée de raisins. La vendange. Les semailles. Le paresseux réduit à la misère. Le tir à Parc. Le cheval-fondu. La main-chaude.
Octobre. — Le Scorpion. La fabrication du. vin. La réparation des tonnes. Les semailles. Les pourceaux
paissant les glands. Le riche bourgeois dînant en famille.
Novembre. — Le Sagittaire. La chute des feuilles. La chasse dans les bois. La récolte des glands. Le malade et le médecin. Le Jeu de paume.
Décembre. — Le Capricorne. Le bûcheron coupant du bois. Le battage du blé. Le boulanger enfournant. La chasse au sanglier. La préparation du porc. Les derniers moments du malade. Les boules de neige.
Dans ce calendrier, les fêtes et les principaux saints du mois font aussi, le plus souvent, Tobjet d'une miniature. Sous le pinceau d'un artiste habile, toutes ces petites scènes prennent un air de vie dont Pétroitesse du cadre augmente encore le mérite. Dans la seconde moitié du xv*^ siècle, elles deviennent de véritables prodiges de finesse et de réalisme, surtout chez les Flamands; le fameux bréviaire Grimani et le superbe manuscrit du duc d'Aumale, dont il sera question plus loin, contiennent des chefs-d'œuvre en ce genre, et parfois plusieurs sur le même feuillet. Le calendrier est assez ordinairement accompagné des portraits du propriétaire et de sa famille, de ses armes, de ses emblèmes, de ses devises, de vues de son manoir ou de son pays. 11 est suivi dn commencement des quatre évangiles, du petit office de la sainte Vierge, de l'office des Morts, du récit de la Passion et de prières diverses, ajoutées pour satisfaire certainesdévotions personnelles ou locales, avec une rubrique annonçant parfois qu'à ces prières sont attachées des indulgences considérables, dont la concession originale est déposée « au trésor des chartes du roi notre sire «. Ce dernier détail est tou-
Fie. 75. LE MOIS D F. JUIN. XV"^ SitCLF..
(Tiré du livre li'lieurc; de Jean, duc do Bcrry, arpnrtciijMt .lu duc J'AumAlo.)
jours inexact; mais on devine de quel secours peuvent être ces oraisons spéciales, ainsi que le calendrier et ses accessoires, pour découvrir Porigine du livre. Chaque partie des Heures est ornée d'histoires traduisant pour les yeux les passages saillants du texte. On trouve de tout dans ce commentaire en peinture, depuis la scène du Calvaire jusqu'aux cérémonies ordinaires des funérailles, qui sont encore des scènes de mœurs; quelques amateurs ont même poussé la recherche jusqu'à faire représenter par anticipation leur propre enterrement : ainsi, dans le livre d'Etienne Chevalier et dans un de ceux du duc de Berry, le drap mortuaire et les écussons des porteurs de torches sont aux armes personnelles du propriétaire.
Tel est le contenu de ces pieux manuels , si répandus depuis le commencement de la période gothique, et qui peuvent, à eux seuls, servir de critérium pour apprécier le niveau de l'art, lis permettaient aux laïques de réciter, suivant l'antique usage, les prières que les chanoines psalmodiaient dans leurs stalles à certaines heures fixes (d'oii leur nom), et, à l'origine, ils ne contenaient même que les psaumes ; c'est dans ces psautiers que les enfants apprenaient à lire. A l'extérieur, les livres d'heures n'étaient pas moins somptueux. Devenus promptement de véritables joyaux, enrichis par le travail de Torfèvre, du relieur, du brodeur, ils étaient portés par les élégantes dans un sachet précieux, suspendu à leur bras ou à leur ceinture. Un poète du temps, Eustache Deschamps, les désigne parmi les objets de luxe dont une femme de bonne maison ne
pouvait décemment se passer ; on se demande seulement comment, devant une telle accumulation de merveilles artistiques, elle arrivait à prier sans distraction. Les princes, les grands seigneurs mirent une louable émulation à posséder les plus belles Heures; ce fut leur façon la plus ordinaire d'encourager l'art de la miniature. Entre tous se distingua le duc de Berry, frère de Charles V, dont on conserve plusieurs magnifiques livres de prières : un d'eux, aujourd'hui à Bruxelles, contient vingt grandes peintures, exécutées par Jacquemart d'Odin ou de Hesdin et par André Beauneveu, le plus habile de ses artistes, suivant le témoignage de Froissart; dans un autre, appartenant à la famille d'Ailly, on n'admire pas moins de cent soixante-douze sujets, accompagnés chacun d'une légende en caractères bleus et rouges, et dans cette longue galerie figurent le duc et la duchesse en oraison, un groupe de fiagellants se donnant la discipline^, etc.; un troisième, devenu le plus bel ornement de la collection du duc d'Aumale, offre toute une série de scènes bibliques et de vues d'après nature dont la Galette des Beaux-Arts nous a fait apprécier dernièrement le mérite supérieur et où M. Delisle, qui en a découvert les principaux auteurs, Pol de Limbourg et ses frères, n'a pas craint de reconnaître le chef-d'œuvre de la peinture du moyen âge. Les ducs d'Anjou eurent des Heures presque aussi belles, notamment Louis II, cousin germain de Charles VI, Yolande d'Aragon, sa femme, René et Charles, leurs fils. René, artiste universel, passe mémo