‹ Les manuscrits et la miniatureChapitre 99 sur 144 · I. Flcury, op. cit., 2" partie, p. io · texte numérisé non relu

I. Flcury, op. cit., 2" partie, p. io

rares, fait éclore presque spontanément sous le pinceau de nos artistes une foule de motifs de cette catégorie. Il leur fait illustrer des bestiaires, ces étranges manuels d^histoire naturelle, où la description physique de Tanimal est complètement sacrifiée à celle de ses qualités supposées ^; des recueils de fables, comme celui d^oii l'on a tiré pour le Joinville des lions, des renards, des cigognes, des ânes pleins de vie, et remontant pourtant au xiii^ siècle; des livres de vénerie, comme les Déduits de la chasse de Gaston Pliébus, comte de Foix; des traités de botanique, comme ceux qui figuraient dans la bibliothèque de René d'Anjou, amateur passionné de la belle nature. Il leur fait reproduire des séries entières de végétaux, d^'animaux, d'insectes ailés, avec le nom latin et le nom vulgaire de chaque espèce en regard, comme celle, par exemple, qui couvre les marges du somptueux livre d'heures d'Anne de Bretagne. Ce goût particulier se perpétuera chez nous jusqu'aux temps modernes : sous son empire, Gaston d'Orléans entreprendra la célèbre collection de sujets d'histoire naturelle peints sur vélin, qui est aujourd'hui un des trésors du Muséum de Paris,

Dans toutes ces miniatures de la période gothique, comme dans les bordures qui les accompagnent, le mélange des couleurs vives et le contraste des tons s-ont la règle ordinaire. Mais, comme si les enlumineurs avaient voulu reposer l'œil du lecteur, fatigué par cette débauche de coloris, 'ils se sont renfermés de temps en

I. Le P. Cahier a longuement examiné quelques-uns de ces bestiaires peints, dans ses Mélanges d'archéologie, t. II, p. 85 et suiv.; III, 2o3-288; I\', 53-S7.

LA MINI ATUR F. F.N l' R A N C !•:. 2j{

temps dans la peinture monochrome. Les Français pa-

FIC. yr^. — ANIMAUX COMIQ^UCS. XV® SIÈCIE.

(Tiré d'un manuscrit de Laoïi, reproduit par H. Fleury, 2' part., pi. j;,)

raissent avoir affectionne ce genre nouveau, cultivé aussi par les Flamands et les Italiens, et connu sous le

nom de camaïeu. Mais il est difficile de voir là, comme semble le f^ire le P. Cahier \ un aveu d'impuissance ou d'infériorité dans la science de la couleur; mille produits de notre école nationale démentiraient un si étrange raisonnement. Le- camaïeu, d'ailleurs, n'est pas toujours absolument monochrome : il admet les chairs peintes dans le ton naturel, les filets d'or rehaussant les plis des draperies, et quelques autres enjolivements de nuance différente. Quelquefois il offre deux tons de la même couleur, rouge sur rouge, bleu sur bleu. Mais, plus généralement, il est gris sur gris (il s'appelle alors la grisaille] et ressemble ainsi à une imitation de basrelief. C'était là, peut-être, le but poursuivi par ses inventeurs, qu'aura frappés le succès mérité des sculptures gothiques. Cependant le camaïeu d'or était également usité; Fouquet nous en a laissé plusieurs spécimens dans les manuscrits décorés par son pinceau, et un autre sur un médaillon de cuivre où l'on voit son portrait peint, dit-on, par lui-même (au musée du Louvre). La miniature à teinte unique ne diffère pas autrement de la miniature ordinaire; elle passe par les mêmes vicissitudes et atteint sa perfection à la même époque.

La période de la Renaissance, qui s'ouvre vers [480, peut être considérée comme une période de déclin pour l'enluminure, en dépit des immenses progrès alors réalisés par l'art de peindre en général. D'abord, l'élément calligraphique, base primitive de l'ornementation des manuscrits, suit tout naturellement la destinée de

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