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des pages il y a plusieurs notes, t'crifes de la même main que le texte. L'une d'elles nous apprend que le copiste s'appelait Raoul, et qu'un jour (le 22 juillet), pendant qu'il écrivait, un kral enleva à un nommé Taban ses brebis et le fit prisonnier. Cette note pourrait servir à déterminer l'âge du manuscrit.
iV 2G. {Ane. no 337S.) Vol. in-8o de 154 feuillets, demi-onciales, papier, xv» siècle.
Recueil des sentences morales tirées de l'Écriture sainte, des saints Pères et des auteurs profanes grecs et latins. Le sacré et le profiuie y sont réunis, tout en conservant chacun son rang respectif. Ainsi la première place est toujours réservée aux écrivains inspirés ; ensuite viennent les docteurs de l'Église, les écrivains ecclésiastiques, et en dernier lieu les auteurs profanes. Au nombre de ceux-ci, nous voyons Anacréon, Aristippe, Aristote, Démocrite , Démostliène , Diodore de Sicile , Diogène , Épictète , Euripide , Hérodote, Isocrate, Ménandre, Platon, Socrate, ïliéophraste , etc. Le nom de chaque auteur est cité à la marge en lettres rouges. Ces répertoires moraux , qui rappellent les Abeilles et les Marguerites, ne sont pas rares. Le manuscrit est de rédaction bulgaro- serbe (comme l'indique l'accentuation de plusieurs mots, l'emploi des voyelles nasales, le redoublement dos demi-voyelles finales). Il contient soixante-dix chapitres. La fin manque.
hV. I.A VtîBLIOTTfKOUE IMPÉRIALE I»E PARl.-i. tOl
N» 27. {Ane. n° 52 du suppl.)
Vol. in-4o de 298 feuillets demi-onciales, à deux colonnes, sur papier, xv^ siècle.
C'est le manuscrit dont nous avons parlé il y a un instant (n^^o). Il est le dernier du fonds slave, et contient les Évangiles, les Actes et les Épîtres , jusqu'à celle de saint Paul aux Hébreux inclusivement. Dobrowski a eu parfaitement raison de le tenir pour assez récent. Dans l'Évangile selon saint Jean, on voit, en effet, les premiers mots du texte grec rendus par une expression (v natehalié, bt, Ha^a.rfe) qui ne se rencontre que dans les manuscrits postérieurs au xiv" siècle ; tandis que les exemplaires antérieurs à cette époque portent son équivalent iskoni ( ncKonn ). D'ailleurs, pour se convaincre de l'âge récent de ce manuscrit , il suffît de jeter les yeux sur les spécimens qui ont été publiés*, bien qu'ils laissent beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude.
Une chose mérite d'être signalée ici, qui a échappé à l'attention de ces deux savants : c'est un recueil d'hymnes liturgiques appelés macarismes ( (jiaxapi(i[Aoi ) , et placés au commencement du volume. Ils occupent seize feuillets, et paraissent être de la même époque que le reste du manuscrit*.
tl existe un autre recueil analogue à celui dont je viens de m'occuper ; je crois utile d'en dire quelques mots. Il est
1 Dobrowski, Insf. l. slav., p. 689-694; Stroîcf, Description, p. 33.
' Je donne ici, comme spécimen, l'hymne qui commence le quatrième ton, et qui se trouve aussi dans les Fragments ylagolitiqucs, publiés par M. Sch.ifarik. La voici: /iptBa pa.u a,iaMb paa 6ucTb nsbcc.ieni.. .iptBa pa.U KptCTiiaro pasGoiiniKb Bb pan Bbce.incA. WBL yr.oBbKvmb, sanoBt.ù nptcT.'fina cTBopmaro. o)Bb:Ke Cbpacnu- HaeMb Kora HcnoBRjannjp TaAu;aroc,^, noMtnl m.^ BbnHm cb npt.aBi ca.
caclu' et commo pcnlu dans un manuscrit grec du xiii" siècle (n" 1808, f. grec). Le catalogue imprimé décrit ce manuscrit de la manière suivante : « Codex bombycinus , olim Boistallerianus, quo continentur Platonis dialogi triginla quinque, nempe Eutyphron, etc.. In marginihus folii vigesimi quinti et novem sequentium, alieno plane loco, occurrit Stychirarium Slavonicum, a prima die septemhris quo die celel)rabalurmemoria S. Symeonis Stylit?e, ad diern decimum quartum. » Ce manuscrit, ajoute le catologue, parait être du xiif siècle, et aura été acheté à un Grec, appelé Nicolas, pour trente pièces d'or.
En effet, ce texte slave renferme le commencement d'un synaxaire , depuis le 1" septembre , époque où s'ouvrait l'ancienne année ecclésiastique, jusqu'au W" du même mois , jour de VEœaltalion de la croix. Les autres fêtes dont il y est fait mention sont les suivantes :
2 sept., S. Mamès, niart. ; 5 sept., S. Anthime , m.; 4^ jour, S. Babylas, év. et m. ; o^jour, S. Zacharie, prophète; & jour, fête de l'archange S. Michel; 8" jour, Nativité de la S. V. Marie ; 9' jour, S. Joachim et S" Anne; 13% dédicace de la basilique de la Résurrection de N.-S.
Ce curieux fragment , qu'on est étonné de trouver dans un exemplaire grec de Platon, est de rédaction bulgare , et certainement postérieur au texte grec , comme le prouvent des mots de cette dernière langue laissés au milieu du texte bulgare. Tout me porte à croire que c'est une traduction faite sur le grec et nullement une copie faite sur un original slave plus ancien. Il pourrait appartenir au commencement du xiv'' siècle. Quelque remarquable que soit ce fragment, et malgré l'avis du catalogue , Stroïef le passe sous silence , et
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ce qui est bien plus étonnant;, les slavisles les plus renommés semblent en avoir ignoré l'existence. Ils seront bien aises d'apprendre qu'il va être publié trës-procbainement ; en attendant, ils en trouveront ici un calque.
Nous venons de passer en revue les manuscrits du fonds slave, grec et latin. Reste le fonds français, que nous parcourrons rapidement, en nous arrêtant quelques instants sur un manuscrit tcbèque, d'une grande valeur littéraire et liistorique, et qui aurait mieux trouvé sa place dans le fonds slave.
C'est un vol. in -4", sur papier, wf siècle. (N" 8175. F. fi'.) On l'avait d'abord intitulé Postilla croatica in Evangelia ; mixis une note placée sur la garde dit plus exactement qu'il contient un Traité philosophique de Thomas Schtitny (écrit en d580), avec plusieurs autres traités religieux, mêlés à des notes historiques et critiques de r année 1420, par KheltchiçJd. En visitant, il y a quatre ans, la bibliotbèque impériale, M. Palaçki reconnut sans peine dans la soi - (Wsant Postilla les E7itretiens familiers ( Bésedni retchi ) de Scbtitny , une des plus remarquables productioîis de la littérature bobême du xiv^ siècle. Ce sont des considérations pbilosophiques et profondément chrétiennes sur Dieu, les anges et l'homme, présentées en forme de dialogue entre un père (l'auteur lui-même) et ses enfants. Grâce à l'habitude qu'avait le chevalier-philosophe de retoucher ses ouvrages, les Entretiens ont eu trois rédactions différentes. L'exemplaire de Paris contient la dernière, qui est par conséquent très- importante (V. le calque). Il est à
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l'egretlor que M. Hanouscli ne s'en soit point servi pour son Aualijse de la philosophie de Schdln;/, publiée d'après les deux autres rédactions. (Prague, 1852.) Au reste, cette omission n'a rien qui doive nous étonner. Le pliilosophe bohème est à peine sorti des ténèbres qui l'enveloppaient depuis si longtemps. Aussi, à part les Entretiens, il n'y a de publié jusqu'à présent que les six livres touchant les matières de religion en général, que M. Erben a accompagnés d'une ample et solide introduction, et quelques extraits insérés dans les Morceaux choisis de Jungmann. Et cependant le nombre d'ouvrages laissés par Scbtif ny est assez considérable'. Espérons qu'ils ne tarderont pas à trouver un éditeur.
La seconde partie du manuscrit contient quelques écrits de Ivheltchiçki , si connu par la part qu'il prit aux guerres religieuses du xv" siècle. Ce fut un adversaire déclaré de la secte thaborite , alors très-puissante. Ses luttes avec elle commencèrent par la thèse qu'il soutint (en l-i^O) contre maître Jacobellus de Mies; et par laquelle il condamnait l'intervention de la force ouverte dans les affaires de religion. A cette horreur de toute contrainte de la conscience , il joignait une aversion profonde pour la noblesse et le clergé, tant catholique qu'utraquiste. En lui se personnifie le mépris et la haine de tout pouvoir. Ce sentiment domine chez lui tous les autres. Aussi expose-t-il avec complaisance son utopie d'une république spirituelle, dont tous les membres n'auraient d'autres liens que ceux de la conscience, ni d'autres dignités ou richesses que celles que nous donnent la foi et le nom de chrétien. La guerre en serait
* On les trouve ciiumcrés dansTouvroge de M. Wenzip: : fffvdien nber Titoinas von Srhtîfrpj, p. 6 cl «niv. Prag'iio, 1857.
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bannie à jamais, et chaque citoyen devrait se laisser immoler plutôt que de recourir aux armes pour sa propre défense.
Ces principes extravagants se retrouvent aussi dans l'écrit que contient le manuscrit en question. C'est son Traité de la foi et la religion, composé en 1457 \ L'historiographe de la Bohême ' en parle en ces termes : « Xon-seulement Rome, dit-il, mais Rokyçana et le clergé thaborite y sont traités avec cette violence que les passions religieuses (l'auteur veut dire irréligieuses) peuvent seules expliquer. Le style du maître tailleur', style ordinairement simple et dénué d'art , revêt ici des grâces inaccoutumées , respire une verve, une énergie qu'on trouve rarement chez les écrivains de ce temps ; parfois même il fait entendre les accents d'une éloquence vraiment entraînante. i>
Pierre Kheltchiçki est l'auteur de quelques autres ouvrages, parmi lesquels le Filet de la foi et la Postilla sont les plus importants, comme V Antéchrist est le plus antichrélien, et aussi, grâce à Dieu, à peu près introuvable.
Passons à un autre manuscrit (vol. in-fol. , n° l00'25Mu supplément), contenant à la fin une intéressante Description de la Chine et un récit sur les Guerres avec les Tartares, bien que le dos de la reliure porte : Voyage ,de Suède en Moscovie *. Le titre complet de la première partie est :
1 La garde le fait de 1420 , tandis que M. Palaçki le met entre 1440 et 1430. Nous avons adopté la date que donne ^f. Guindely dans son nouvel ouvrage intitulé: Bœhmen und Mœhren, etc.. (t. I, v. 13), et auquel nous devons la plupart des renseignements sur Kheltchiçki.
' Voyez les Mémoires de r Académie de Vienne j section d'histoire et de philosophie, juillet 1853.
' On a souvent dit que Kheltchiçki était tailleur de profession. Cette assertion paraît être dénuée de fondement. Telle est, au moins, l'opinion de M. Schafarick. { Voyez Abhandlungen der bœhnnschen Gesellschaft der Wissenchaft, p. 18. Prague, 1857.)
^ De là vient, je croi?, Verreiir du catalogue qui donne le Voyn'je d'un
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« Kliina ou Cliine, c'est-à-dire description tUi site, du climat , de l'étendue du royaume de Chine , tant en deçà qu'au delà du mur , et des autres choses merveilleuses qui s'y trouvent, où il est parlé aussi du caractère, des moeurs et des habitations du peuple chinois , ainsi que de la voie à suivre en venant de Moscou et des autres pays éloignés par le royaume de Sibérie ; Aiit , par ordre du grand prince et tsar Alexis Mikhaïlovitch , d'heureuse mémoire , partie d'après ses propres observations , partie d'après d'autres ouvrages, par Nicolas Spatharius , Yalaque d'origine, interprète en langues grecque et latine auprès dudit tsar, et dédié par l'auteur, à son retour de la Chine, à Sa Majesté Tsarienne.
« Transcrit (cniicano) avec la bénédiction d'un ami, et par les soins d'Ivan Gavrilovitch Sparwenfeld, à la sloboda rouge et néo- allemande, près la ville capitale de Moscou, l'an du salut 1685, depuis la création 7194, selon la manière russe de compter. »
L'ambassade à laquelle était attaché Spatharius est de 1675, et l'ouvrage présent, que je crois inédit, est sans contredit le plus important de tous ceux du même auteur \
Quant au lécit sur les Guerres aoec les Tarlarcs ^ , c'est une reproduction du livre écrit par Marlini sur le mêiue sujet.
ambaxxndeur de Sw'de en Moicovie, écrit en lanj^uc moscovite (Sparw., «"lOOSS») comme distinct de rouvrjjre en question.
* Cependant il n'est pas nommé dans le précieux Aperçu de la littérdturc ecdésidslique en Russie, ouvrage de Pliilarète, évoque de Kliarkof , inséré dans le R™e vol. des Mémoires savants. (Voyez n» 232, art. Nie. Simt/iarius. )
2 Historié délie guerre seguile in queste ultimi anni fra Tariari e Cinesi. Milano, 1G54. — L'édition latine de Colojjnc, de la même année, est intitulée : De bello 'fartarico in Sinis, Quelques années après, parut la traduction française.
« Ce présent manuscrit, dit la gaule, a esté rapporté à la bibliothèque du roy par M. Soyer, le vendredi ^24 novembre 1750. Il en avait donné son hilliet à feu M. Boivin, lequel billiet ne se trouve point. » Le nom de Soyer est déjà connu de nos lecteurs. (Voyez n° 5.)
Le Testament de Basile Tatistchef, auteur d'une Histoire russe assez estimée , est un tableau des mœurs de l'époque, fait d'une main habile et expérimentée. (N° 2028. S. fr.) Tatistchef l'écrivit en 1754, à l'âge de quarante-huit ans, et l'adressa à son fils Eugraphe Yasiliévitch. Je regrette de ne pouvoir ici que l'indiquer, bien qu'il ait de quoi intéresser les Russes eux-mêmes, qui en ont déjà deux éditions'.
Les autres manuscrits, si l'on excepte VHistoire de Charles XII par Voltaire, forment en trois volumes un petit répertoire de théâtre. La France y occupe une grande pince ; nous y trouvons huit comédies de Monsieur Molière , réunies en un volume (n" 2025 suppl.), à savoir V Amour médecin, traduit par Al. Volkof (1757) ; Amphitryon, traduit par P. S. (Pierre Svistounof), en 1757; l'Avare, traduit par J.Kropotof; l'École des femmes {ilM), Georges Bandin, (1757), les Précieuses ridicules , le Sicilien ou l'amour peintre , par Volkof, et Trissotin -, par Soumarokof. — Ensuite, dans le 11° 2025. S., /'//u/fscre^ de Voltaire traduit par Svistounof ; /a Ceinture magique, de Moîisieur Rousseau, le Tuteur trompé, battu et content, deDancourt, traduits par Volkof ; et le Triple Mariage, de Destouches, traduit par Akimof (1758). Enfin le n" 2026. S. contient les pièces suivantes : Orgueil et pauvreté, de Holberg, traduitparKropotof ( 1757) ; le Jugement
* Sopikof, nos 3503 et 3504.
' C'est-à-dire les Femmes savantes.
par un tiers, de Soumarokof ; Henri et PerniUe, comédie en trois actes, de Holberg, traduite par le major André Narlof (1758); le Fleuve d'oubli, imité de Legrand ; la Dot par tromperie, de Soumarokof; et, pour couronner le tout, Polyeucte , mis en vers russes par Nicolas Khroustchof (1759) ^
En parcourant cette liste, on ne peut se défendre de penser à l'influence que le génie français exerça autrefois et qu'il continue à exercer sur la littérature russe.
Il y a aussi dans ce recueil quelques œuvres originales : ce sont deux tragédies de Soumarokof , intitulées Démise et Semire (n^âO^?), et une pièce fort curieuse ayant pour titre Nabuchodonosor.] Celle dernière est donnée ici comme une Tragédie composée par la princesse Sophie Alexeievna , sœur de Pierre le Grand. On déclare, en outre, que le présent manuscrit eslimiqne. Aussi le garde-t-on très-soigneusement. (Ârm. vitrée, n° 2006.) Or, ce manuscrit réputé w?iîV/ue n'est autre chose qu'une des productions nombreuses du célèbre SiméonPololski, instituteur du jeune Théodore Âlexeïevitch, frère de Pierre I". Quiconque sait le russe , peut la lire dans le recueil de Novikof\ Déplus, l'exemplaire de la bibhothèque, d'ailleurs nettement écrit et fort bien relié, est une copie très-récente et incomplète , car elle s'arrête au cinquième acte, au lieu d'en avoir sept.
Ajoutons qu'en dépit du titre, le héros de la pièce n'est point Xabuchodonosor, mais bien l'illustre Judith, libératrice du peuple d'Israël. Il ne faut point confondre l'œuvre
* Ce nom, ainsi que plusieurs autres, est indiqué sur un catalogue inséré dans un (les trois volumes (no 20"i5}, et contenant les pièces qu'on devait jouer au théâtre de la cour.
« Ane. hibl. russe, t. Vllî, p. 187-398.
ItE LA BIBLIOTUÈC'UE IMPÉRIALE UE PAKLS. lOO
de Polotski, écrite en prose, avec une autre pièce en vers très - médiocres portant le même titre, et dont le sujet est l'histoire des trois jeunes Hébreux jetés dans la fournaise de liabylone.
Arrivé au terme de cette revue , je crois devoir rappeler au lecteur que je n'ai pu et voulu donner ici qu'un simple inventaire. De là vient que bien des choses qui auraient mérité peut-être de plus longs développements ne sont qu'indiquées ou effleurées, et que d'autres sont passées entièrement sous silence. Heureux si cet essai, quelque imparfait qu'il soit, pouvait inspirer à de plus habiles et de plus doctes la pensée de compléter et d'achever l'œuvre que nous n'avons pour ainsi dire qu'ébauchée.