Livre de prières, petit vol. in-12, très-récent et de peu de valeur
No 13. {Ane. 10.)
Autre livre de prières appelé Kanonnik\ ou recueil
ï Nouvemt traité de diplomatique, t. I, p. 708, pi. xiii, col. IX.
' Instit. linguœ slavicœ, p. v.
5 Kopitar, Glagol. Cloz, p. iv, x, xxvi.
* Pamalky pisincnictvi (jlagolskeho, p. vu, Prague, 1853.
^ On appelle canon une série d'hymnes qu'on chante ordinairement pendant les matines. Elles sont au nombre de neuf, dont la seconde, où il est fait mention du jugement dernier, est réservée pour le samedi qui précède la semaine du carnaval et pour le temps de la sainte quarantaine ; le reste de l'année on ne chante que huit hymnes. Chaque hymne ou ode doit avoir un certain nond)re de vers déterminé par celui des mots placés, en forme d'acrostiche, en tête de chaque série d'hymnes, et répartis parmi les neuf odes. C'est ce qui donne à ces chants quelque chose de régulier, qui les rend pour ainsi dire canoniques. Telle est, au moins selon Zonaras, l'origine du mot xavtov. (Voyez Murait , Lcxîdion, cité par Daniel, dans son Codex liturg. Eccl. orientalis , t. IV, p. 706.)
t)£ LA DIBLIOTIIÈQUE ÏMPÉRÎALE DE PARIS. 11
àe canom. Il n'y a que les quatorze premiers feuillets qui soient écrits à la main; le reste est imprimé (1754). Les offices contenus dans le volume sont les suivants : 1" office de la très -sainte Trinité; 2'' office du Sauveur; 5" office de la trës-saintc Mère de Dieu ; 4" office de saint Nicolas le Thaumaturge; 5° office de saint Alexis, métropolitain de Moscou.
Alexis vivait au xiv^ siècle. L'Église russe unie et l'Église non unie l'ont mis au nombre des saints. L'une et l'autre célèbrent sa fête le 12 février. De plus, les Russes font la fête de la translation de ses reliques, qui eut lieu en 1456, sous Basile V Aveugle \
Le manuscrit de la bibliothèque impériale a appartenu à un nommé Fédor Ouchakof.
Vol. in-l2, sur papier, commencement du xviii» siècle.
Encore un livre de prières, un peu plus étendu que les deux précédents. En voici le contenu :
1° Tropaire à la sainte Croix. — 2" Office de la très^ sainte Mère de Dieu. — 5" Matines du dimanche. — 4° Office des martyrs (écrit par différentes mains). — 5° Tropaire à N.-D. ù'Odiguitrie. — 6° Office de saint Nicolas. — 1° Office du saint ange gardien. — 8° Office du Sauveur. — 9° Office de saint Jean-Baptiste. — 10° Office de saint Jean le Théologien, c'est-à-dire du disciple bien-aimé. — 11° Office de l'Annonciation. — 12° Autre office de la Mère de Dieu. — 15° Office de la Passion. -—
* Kulczynski, Spécimen Ecclesiœ ruthenicœ, p. 6 et 20, éd. Roraae, 1724.
7$ LES MAMSGlUTrf iiLAYES
14" Prières pour les bienfaiteurs. — 15" Prières pour les mourants. — 16" Autres prières pour le jour de l'Annonciation (25 mars). — Enfui 17" office d'un saint quelconque. Le commencement manque.
Les Mémento des vivanls et des morts, ajoutés à la fm du volume et écrits de la même main, permeLlent d'en préciser davantage l'époque. Ainsi, parmi les défunts, Adrien, dixième et dernier patriarche de Moscou, est nommé en premier lieu; et parmi les vivants, c'est Job, métropolitain de Novgorod. Or, Adrien est mort en 1701 ; et Job, élevé au siège métropolitain de Novgorod en 1697, n'est décédé qu'en 1716. Le manuscrit date donc des quinze premières années du siècle dernier. On peut présumer qu'il aura été écrit à Novgorod ou dans quelque endroit du diocèse de ce nom.
N° d5. [Ane. 669. S.-Germ.) Vol. in-12, parvo, sur papier, xviii* siècle.
Ilymnaire noté. On distingue en Russie trois sortes d'hynmaires : les uns ne contiennent que les hymnes pour les jours des fêtes principales ; d'autres se bornent aux diverses parties de l'année ecclésiastique, dont ils tirent alors leur dénomination : ainsi on appellera hymnaire quadragésimal celui qui contient les hymnes propres au temps du carême. Il y en a enfin qui embrassent le cycle tout entier : ce sont les innologues \
Notre volume appartient à la première catégorie. A ne le considérer qu'au point de vue musical , il offrirait déjà un grand intérêt. L'ancien chant de l'Église russe, il faut bien
* Vostokof, Descript. du musée Roum., p. C50.
Li£ LA BIliLlUTHÈOLE IMi'Ér.IALE 1»E l'ARlS. 70
l'avouer, est, même en Russie, presque inconnu; c'est un terrain pour ainsi dire vierge où l'on aperçoit à peine quelques sillons tracés d'hier. Sous ce rapport , et malgré son âge assez récent , ce manuscrit n'est pas sans valeur, tout monument de ce genre pouvant jeter un rayon de plus sur le système de la neumation , si vivement débattu parmi les liturgistes modernes de la France.
La science musicale n'est pas la seule qui y soit intéressée : la philologie y trouve aussi sa part. Grâce à la loi de la notation , qui voulait que chaque syllabe eût son neume correspondant , et qui était par là-même incompatible avec le système des abréviations si répandues ailleurs , nous y trouvons les mots dans toute leur intégrité et parfois revêtus de leurs formes anciennes. C'est dans des recueils de ce genre que le redoublement de certaines voyelles s'est conservé plus longtemps que dans les manuscrits ordinaires. C'est là encore qu'on peut constater la nature et la valeur phonétique des demi -voyelles finales (t>, b), dont l'usage est si fréquent , et qui jouent im rôle si important dans le vocalisme des idiomes slaves. En les voyant munies d'un signe musical correspondant, il est facile d'en conclure qu'anciennement ils se prononçaient séparément, semblables en cela à l'e muet des Français; et on aurait tort de ne pas les considérer comme des voyelles.
Remarquons une autre particularité de notre hymnaire : c'est la manière d'écrire certaines lettres : le R (v), par exemple, a la forme d'un carré ; la lettre o, celle du R glagolitique, ou d'un n grec renversé (n). M. Silvestre a donné un fac simile de ce manuscrit*.
* Paléographie universelle, t. TV.
80 LE3 MA^^JSCIlITs slaves
Parmi les hymnes qui y sont contenues, il y en a qui se rapportent à l'histoire des trois jeunes gens dans la fournaise. Nous les mentionnons de préférence, parce que l'Eglise orientale semble avoir pour elles une véritable prédilection; elle y revient sans cesse dans ses chants sacrés. C'est qu'à travers le voile de l'histoire, sa foi y aperçoit la figure typique de la Mère Vierge, et le mystère ineffable de la très-sainte Trinité. Aussi, non contente de chanter ce prodige , l'Église russe le rendait autrefois visible aux yeux du vulgaire. Delà une solennité religieuse, connue sous le nom de VOffice de la Fournaise, oii le fait biblique prend les proportions d'un véritable drame. Nous y reviendrons quelque jour.
N» 16. {Ane. \, 16 et 3339.)
Vol. in-lî, parvo, de 262 feuillets, demi-onciale, sur papier, XTi'' siècle.
Psautier, contenant le texte sacré seul. Comme tout le monde sait, c'est un des ouvrages qui se rencontrent le plus fréquemment parmi les anciens manuscrits slaves, et rien de plus naturel, puisqu'il était d'un usage journalier, non-seulement dans le service divin, mais encore parmi les fidèles.
L'exemplaire en question n'offre rien de remarquable. L'écriture en est belle et soutenue, sauf vers la fm , où elle devient plus petite. Les douze premiers feuillets contiennent les rubriques à observer dans la récitation des psaumes. Le copiste a mis partout des accents, invention inconnue aux siècles plus reculés. Il écrit le B (y) par un carré comme dans le manuscrit précédent, et donne à la lettre T la forme
qui a prévalu plus lard, c'est-à-dire trois traits perpendiculaires surmontés d'un trait horizontal. L'usage fréquent de la voyelle a au lieu de ia (n) est un indice de l'origine méridionale du manuscrit. Les versets ne sont séparés que par des points rouges placés au bas des lignes. Les initiales de chaque verset sont en louge et de la même grandeur que les autres lettres. La tal)le des matières ajoutée à la tin du volume est d'une date plus récente que le texte'.
N» 27. {Ane. n" 26.)
Vol. in-S» parvo, de 268 feuillets, sur papier, xviie siècle, écriture cursive.
Diurnal , copié sur l'exemplaire imprimé en 1659, y compris la préface. Cet horologe, dit Vexplicit du volume, a été imprimé par ordre du tsar Michel Fédorovitch, chef de la dynastie des Romanof , sous le patriarche Josaphat ; commencé le 8 m^ars "il Al (1639), jour de saint Théophylacte, archevêque de Nicomédie; il a été achevé le 7 avril de la même année, jour de saint George, évêque de Mitylene, par les soins de Jean Vladimirof Lénats et de ses collaborateurs ^ Depuis l'édition princeps de 1612, sortie de la célèbre imprimerie d'Ostrog, jusqu'en 1800, ce petit livre a eu trente éditions \ L'écriture du volume est nette, et les
* D'après le catalogue de M. Louis Paris, ce psautier aurait été fait à l'usage de l'Église luthérienne du xve siècle (p. 8-2, n» 3752). Sans doute, c'est l'imprimeur qui , par distraction, aura changé l'Église rntliénienne en luthérienne, car Festimable auteur n'a fait évidemment que traduire l'inscription suivante, placée en tête du manuscrit : Psalteriutn ad usum moscoviticum, idiomate et charactere moscovitico, etc.
* CHUf'KaHleMb H Tpyjbi MBororptuiuaro Dsaua Bo.io,iuMepoBa cuua.IenaTCi, nHosemna, u npo'iiixi TpyjuBuinxcn o Focnojt.
3 Sopikof, Eîiaidela iiblio^jr. ru-sse, t. I, a"^ 1394 et ?uiv.
ni. 6
,S2 LliS MANUSCRITS SLAVES
marges sont parsemées de notes pliilologiques. Elles accusent dans celui qui les a faites un goût prononcé pour la méthode comparative, devenue le caractère dislinctif de la philologie moderne. On le sait , c'est à la langue sacrée qu'on attribuait jadis le privilège d'être la langue mère; c'est à elle qu'on voulait à toute force rattacher toutes les autres langues, à peu près comme de nos jours on le fait pour le sanscrit. L'annotateur anonyme paie son tribut aux exigences de l'école. Il compare le slave avec le grec et le latin ; il se garde bien d'oublier l'hébreu. En voici quelques échantillons : Oup'-<, hebr. dour, rus. dver (Ancpi.); ignis , rus. ogoni (oroiib); columba, goloub (ro.iyob); judex, soudïa (cy^^ÏH); nox , notch (no4b)-, TTTstva, ptitsa (uiima)-, ocu-lus, oko; rJ)y., pistcha (nnma) ; gultur, gortani (ropTaiiL) ; nomen, imia ( iiMfi ) ; cruor, krovi ( k po bb ) ; vinum, vino (Bniio) ; caméra, khram (xpaM^); vïïv, nynié (nbiu-ï;)-, hebr. zaman , izmien (usMiim,) changement ;hehv. darali, rus. derjava ( AepjiiaBa) pouvoir, etc.
Je laisse le lecteur penser de ces analogies ce qu'il voudra ; je ne m'en porte pas garant. Si je les cite , c'est plutôt pour rappeler l'attention des philologues occidentaux sur la grande famille slave, trop méconnue jusqu'à présent, mais dont désormais il n'est pas permis de faire abstraction, quand on se livre à l'étude des langues aryennes.
Au bas de la dernière page, couverte de notes incohérentes et de textes bibliques, on lit en français ce qui suit : « M*'"' S... S évoque de Nisibe, m'a dit qu'il avait Aiit connaissance avec des princes géorgiens. Ils étaient deux, dont l'un s'est fait mahométan à l'instigation du roi de Perse,
1 Le nom est illisible.
DE LA BIBLIOTHÈQUE lAIPÉRIALE DE rARIS. 83
qui lui donnait le gouvernement de Tiflis. Les Géorgiens , garçons et filles, sont très-beaux. Il y a des Abchazis , Gaciatdiis (Tchétchènes?), etc. Ils sont très -braves gens de guerre , de stature gigantesque ; un seul peut tenir contre dix. Leur église ;, hors de Jérusalem, a coûté trente mille piastres; il y a quantité de figures en bois, et tout a passé entre les mains des Grecs. »
No 18. [Ane. n» 3.) Vol. in-fol. de 360 feuillets, sur papier, xvi" siècle.
Évangéliaire , beau volume de la rédaction bulgare. Le premier feuillet nous apprend que ce livre a esté donné d la bibliothèque du Roy par Sa Béatitude Clirysanthe , patriarche de Jérusalem, le 4 de mars 1730.
Il faut se rappeler ici la différence qu'il y aentrelesÉvangéliaires et les Quatre Évangiles. Les premiers contiennent les leçons des évangiles, des actes et des épîtres, distribuées d'après les jours des dimanches et des fêtes , comme dans les Missels. C'est pour cette raison qu'on leur a donné le nom de dominicaux ou apracos, du mot grec dont la belle étymologie rappelle que le dimanche est un jour où l'on ne travaille pas. Les Quatre Evangiles, au contraire, contiennent les quatre Évangiles en entier, l'un à la suite de l'autre. Notre manuscrit est assez récent.
Généralement les Évangéliaires sont plus anciens que les Quatre Évangiles; et la raison en est bien simple : dès qu'un peuple est chrétien, il ne peut se passer de livres liturgiques; ils font partie intégrante du culte divin. Les faits viennent à l'appui de cette remarque. Le plus ancien exemplaire des Quatre Évangiles qu'on connaisse jusqu'à présent,
ne rcmoulo qu'au xii" siècle (1144); c'est un volume rare, que la bibliollièque synodale de Moscou est fière de posséder ' ; il y en a même peu du xiv" ; la plupart sont du xv'" *. Toutefois cette règle ne s'applique pas dans la même rigueur aux Quatre Évangiles (jlagolitujues , ce qui mérite d'être observé. On en a qui remontent au delà du xii" siècle. Il en existe même qui atteignent presque le x". Tel est , par exemple , l'exemplaire découvert et publié par M. Grigorovitcb, un des slavistes les plus renommés de la Russie ^
N° i9. [Ane. n° o-i. S. Germ. Coisl.) Vol. in-fol. de 182 feuillets, sur papier, xvi^ siècle.
Menées du mois d'octobre, don fait à la bibliothèque Coislin en 173^. L'écriture du volume est nette quoique inégale ; les marges sont couvertes de rubriques indiquant les tons des hymnes. C'est assez dire que c'est une Menée, appelée mensuelle ou sloujébnaïa'', parce qu'elle contient les offices pour tous les jours du mois, et qu'il ne faut pas confondre avec lesMénées de Dmitri Rostovski, ou les Tchétïa- Minéïa, espèce à'Acta sanctorum de l'Église russe. Les unes et les autres sont partagées en autant de parties qu'il y a de mois dans l'année. Le fonds slave possède quatre volumes de ces j\Iénées , toutes appartenant à la première catégorie ^ Le moins ancien de ces volumes est celui d'octobre.
1 Voyez le Messager russe, chronique littér., p. 40, janvier 1856.
* Vostokof, Evang. d'Ostromir, préface, p. vi.
' Voyez les Recherches sur les monuments delà littér. paléoslare, publiées par la deuxième seclioii de l'Académie de Saiiit-Pôtorsbour^, !■■« livi-aison.
* Du mot s\à\c slo>ij//a lr.ij)i;r,a), qui veut dire offRC.
s Je croirais assez volontiers que ce soûl là les Codd. quatuor Ecclaiastici officii dont parle Moutfaucon.
Il offre certaines particularités que je ne ferai qu'indiquer. D'abord, il s'ouvre par une fête propre à l'Eglise russe. Elle correspond à la fête du patronage de la sainte Vierge ou à Notre-Dame du Scapulaire. C'est la fêle de VOmophore ( scapulare), en slave Pokrov (TloKpoB^), qu'on peut traduire aussi par patronage. Cette solennité, dont l'institution semble remonter aux origines mêmes du christianisme en Russie, rend un témoignage éclatant à la tendre piété du peuple russe envers la mère de Dieu. Le Synaxaire slave en raconte l'origine de la manière suivante ' :
« Un jour, André et Épiphane, Pères vénérés et saints, se trouvant à l'église de Blaquerne, eurent une vision : la Mère de Dieu leur apparut entourée du chœur des anges, du, saint précurseur, de saint Jean le Théologien et de plusieurs autres saints, et priant les larmes aux yeux son Fils pour le salut du monde entier. L'église était remplie de peuple. Alors André dit à Épiphane : <r Vois-tu notre reine et notre « souveraine prier pour le monde entier? — Oui, je la vois , « père vénéré, répondit celui-ci ; je la vois couvrir de son « omophore, plus brillant que l'ambre, le peuple réuni à « l'église. D Or, la sainte Vierge priait en ces termes : « 0 ce roi du ciel, agréez les louanges et les prières de quiconque « invoquera votre saint nom dans quelque endroit de la « terre que ce soit : sanctifiez le lieu où il sera invoqué, et <c glorifiez ceux qui vous glorifient en mon nom, exauçant « leurs prières et leurs vœux. »
« Et l'église, à son tour, continue le Synaxaire, adresse à Marie la prière suivante : « Vos paroles, ô Mère très- « clémente, m'inspirent avec la confiance le désir de fêter
i Prolog, édition de Moscou, 1733,
« volro sniiit omnpîiorc, en al)aiKlonnnnt à voire bon plaisir, « ô trcs-niiséï'icordicuse, la manière de le faire. Que ceux « donc qui vous glorifient se réjouissent à la vue de vos fêtes «aussi brillantes que variées; et vous, protégez -nous à. « l'ombre de vos ailes en détruisant les conseils et les inten- « tions perverses de nos ennemis, comme vous avez daigné « couvrir de votre omopbore la foule réunie à l'église. « Sauvez-nous, nous, vos indignes serviteurs, par la grâce « de voire Fils , et dans cette vie et dans l'autre, et avec nous « tous ceux qui ont recours à vous avec crainte et foi, et qui « attendent de vous avec confiance un prompt et puissant « secours. »
Telle est la légende touchant l'origine de la fêle. Chose surprenante ! l'Église grecque est tout à fait étrangère à celleci, et pourtant la vision eut heu dans un des plus célèbres sanctuaires de Constantinople. Quant à l'Église russe, on le voit, dès son berceau, elle s'est placée sons le patronage de la Reine du ciel, cette bonne mcre , comme l'appelle le Synaxaire. Un jour viendra, nous l'espérons, où la bienheureuse Vierge Marie, touchée par les élans de cette dévotion si persévérante, obtiendra pour ces enfants la grâce de la réconciliation avec leurs frères de l'Occident, trop longtemps méconnus! Mais continuons.
Au 25" du mois, les Menées disent simplement que c'est le jour des saints notaires, Marcien et Martyre ; en vain y chercherait -on le prétendu Noutaire que le calendrier d'Ostromir (f. 235, verso) donne comme compagnon des deux niarlyrs, et que Kopitar a changé en Coutaire. (Glag, Cloz., p. LXiii.) Je suis tout disposé à croire qu'il n'y eut jamais de martyr de ce nom , et que ce saint Noutaire est le
DE LA BIBLTOTTIÈQTTE LMPÉRTALE DE TARIS. 87
produit de la distraction ou do la négligence de Grégoire le Diacre, qui a écrit le célèbre Évangile d'Ostromir, comme saint Coutaire l'est de celle de Kopitar.
Parmi les saints , j'en trouve un qui est propre aux Églises slaves, c'est saint Arsène. Mais quel est cet Arsène? Je pense que c'est le successeur immédiat de saint Sabas , premier archevêque de la Serbie. Dans la série des archevêques qui ont gouverné l'Église serbe , depuis saint Sabas jusqu'à Joannicius, élevé à la dignité de patriarche en 1550, il n'y en a qu'un seul qui porte le nom d'Arsène. C'est au moins ce que nous apprend Daniel II , prédécesseur immédiat de Joannicius, auteur d'une généalogie des princes serbes, encore inédite, et biographe des archevêques de la Serbie. Or voici, d'après lui, les noms des pontifes serbes ses prédécesseurs , dans l'ordre de leur succession : 1" saint Sabas (1217-12^21); 2" Arsène (depuis 1221); 5° Sabas II ; 4° Daniel I ; 5° Joannicius ; 6" Eustache ; 7° Jacques; 8" Eustache II; 9° Sabas IIÏ ; 10" Nicodème ; 11** Daniel II, et 12" Joannicius I , patriarche depuis 1550.
Nous citons ce témoignage pour combler une lacune laissée par les écrivains de l'Occident. Lequien ne soupçonne môme pas l'existence d'Arsène , et l'auteur de Villyricum sacrum fait succéder à saint Sabas un nommé Prédislas, fils d'Etienne Radoslas. Or, au rapport des chroniqueurs serbes, Prédislas, un des quatre fils d'Etienne (1182-1224), prit, en devenant archevêque, le nom de Sabas II. Il n'est pas exact non plus de dire, comme l'a fait Farlali , que Daniel II fut premier patriarche. Il ne le fut que dans l'acception la plus large du mot , à peu près
comme le fut, un siècle auparavant, saint Sabas lui-même, à qui on donnait ce titre uniquement parce qu'il jouissait d'une grande confiance auprès du patriarche de Constanlinople, dont il relevait, et que celui-ci lui accordait des pouvoirs très -étendus. Ainsi on pouvait avoir le litre de patriarche sans en avoir la dignité. Ce ne fut que Joannicius qui usurpa la dignité patriarcale (en 1550).
Je me hâte de prévenir ici une question que le lecteur n'aura pas manqué de s'adresser à lui-même , touchant la sainteté d'Arsène. Que l'Église serbe dépose en sa faveur, il n'y a pas de doute possible. Mais est-elle également reconnue par l'Eglise de Rome? Pour loute réponse, je rappellerai que le prédécesseur d'Arsène, Sabas, est accepté comme saint par cette Église; que Sabas II, ou Prédislas, son successeur, a été jusqu'à sa mort uni au saint-siége, à l'exemple de ses parents et principalement de sa mère Hélène, issue des rois tres-chrêlicns, et renommée par son attachement vraiment fdial envers l'Église catholique romaine ; qu'enfin l'union, au dire d'auteurs très-graves, dura jusqu'au xiv" siècle, où elle commença à s'affaiblir'. Sous Daniel II, elle devint déjà fort incertaine. En général , il en a été de l'Église serbe comme de la Russie : catholiques d'abord et unies à Rome , mais trop dociles aux influences de Ryzance , l'une et l'autre ont fini par se détacher entièrement du centre de l'unité, après avoir toutefois donné à l'Église romaine , leur mère, des Olga et des Vladimir, des Sabas et des Arsène.
1 « Oui Vukano et Stepliano ( frères de saint Sabas) in regnum Serbiœ dein- Cftp; siiccosscrunf, pcr annos centum et fere v'ginti cum Ecclesia romana vol fiilei et obcilieiiti.x vinculo, vcl ab ea ccrto non alieni, neque calbolit-is infesli vcl (len'qiie commiinioncni cum sede apostolica ad brève tempus inlerruptam mLnlegraverunt. » ( Voyez lllijr. sacr., t. VII, p. 3'..)
N» 20. [Ane. n» 8, i2, 64o3. ) Vol. in-12 de 349 feuillet?, dcini-onciales, sur papier, ïtii" siècle.
Quatre Évangiles de la rédaction yoiigo - slave , comme l'indique l'usage assez fréquent de la voyelle nasale o/i(m). Le frontispice et les initiales sont coloriés; sur les tranches du volume, on lit ces mots : neibipe cBarrciia (quatre Évangiles).
Dans le calendrier, ajouté à la fin des Évangiles, je trouve au 30 janvier saint Hippolyte, pape et martyr, avec les trois docteurs de l'Église saint Jean Chrysostome, saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze.
N« 21. {Ane. n" 3, o, 2828.)
Vol. in-4o de 122 feuil. à deux colonnes, derni-onciales, sur papier, iv^ siècle.
Méfiées de février. Cet intéressant manuscrit est de la rédaction serbe. Le dernier feuillet contient plus d'un renseignement utile. D'abord il nous apprend le nom de l'écrivain, l'endroit où il demeurait, l'époque à laquelle il vivait. Je traduis :
« Par la miséricorde de la sainte Trinité, et du très-saint Nicolas du Kontchoul Septentrional, grand archevêque et thaumaturge, notre prompt secours, moi, Arsène, occupant le premier siège métropolitain , j'ai écrit ces livres de douze mois , nommés Menées , de mon plein gré et de grand cœur. Pères saints, pardonnez-moi. Pardonnez aussi à moi, Nicodème pécheur, qui y ai travaillé. Gloire à Dieu, le consommateur de toutes choses. Amen \ i»
1 Mii.iocTiiio cBeibie ipouue n nptCBeTaro n EcinKaro apxbil€p'ta xpncTOEa n mio,to- TBopi^a oJT^a HUKO.iai€. cKoparo noMOinHni;a ctBepnaro. hh^c EtKOH'ioy.i-fi.MiiTponoJHTb
90 LE? MANUSCr.TTS SLAVES
Ainsi les douze volumes, dont nous iVrOVons ici que celui de lévrier, ont été écrits par Arsène, premier métropolitain, résidant alors à Kontchoul , et par Nicodème , moine du même couvent. Nous l'avons dit, dans toute la série des archevêques de la Serbie, il n'y en a qu'un seul qui porte le nom d'Arsène ; il y a eu aussi des patriarches du même nom au wf et au \\\f siècle , n)ais nous ne pensons pas qu'il fliille chercher notre Arsène de Kontchoul parmi ces derniers. D'ailleurs , une note ajoutée plus tard au verso du môme feuillet, nous en empêcherait. Elle est écrite en très-petits caractères et conçue en ces termes : Geiinadhis, métropolitain et zélateur du royaume, au pieux et très-chrétieu Grégoire, Despote de la Serbie et des contrées maritimes. On n'aura pas de peine à reconnaître dans ce personnage , grâce au tilre de Despote', le descendant de Brankovitch. C'est ce prince pieux et très- chrétien qui fit la réponse suivante à saint Jean de Capistran , un jour que celui-ci le pressait de rentrer dans le sein de l'Église romaine : « J'aimerais mieux me pendre que d'abandonner la religion de mes ancêtres à la fin de ma carrière. » Or, George Brankovitch termina sa vie en 1456 ^ c'est-à-dire un siècle environ avant le patriarche serbe Arsène II.
Il s'ensuivrait que les douzcs Menées ont été écrites au
npbBoniitcTo.iniii ;ipceiuif€ cbxortuiiICMb " Drei)0,uioi(i .iioûorniio iianiicaxi. cu|€ lînnru bï Mtceqi. pcKOMLi M ut ! : .^a Me iipocTiiTC cBorbiii (.)Thii. npocTiiTC ii Mcno rptujuaro noTpoy,iUBii!erocoiii!i;o,u.iMb, etc. — Dans le manuscrit, il y a des abréviations que nous n'avons pas pu reproduire faute de caractères correspondants.
1 C'est-à-dire Prince.
- Le Dictionnnire d'histoire et de géograiiJdo (édition 185G) met son avènement au trône en 1427, et sa mort en l'ioS ; ce qui lui fuit trente et un ans de règne. Cette clironolo,2:ie n'est pas d'accord avec les clironiqueurs serbes : ceux-ci disent formellement que George le Despote mourut le 24 décembre 1450, qui fut un vendredi, à sept heures après midi, après un règne de vingtneuf ans.
DE LA BIBLTOTnÈQUE IMPÉRIALE DE PARIS. 91
xiii*" siècle, époque où vivait Arsène l"', successeur immédiat de saint Sabas et son disciple ; l'exemplaire de la Bibliothèque ne serait donc qu'une copie plus récente.
Reste à savoir si le saint archevêque a pris quelque part à la rédaction des offices qui y sont contenus. Je pencherais pour l'affirinative ; au moins lui attribuerais -je volontiers le bel office des saints Siméon et Sabas, qu'on y trouve au 14 du mois. C'est un complément éloquent du récit du kral Etienne ; ce serait aussi une œuvre digne d'un disciple de saint Sabas.
Quant au couvent de Kontchoul, son existence au xv^ et au xiv^ siècle est hors de doute. Une chronique serbe de 1435, énumérant les higouménies (prieurés), donne à celle de Kontchoul la huitième place ; et une chrysobulle du kral Banski et de l'archevêque Nicodème, dans laquelle sont cités les quatorze sièges des évêques et des higoumènes, porte aussi celui de Kontchoul; or, le kral Banski n'est autre qu'Etienne Miloutinou Ourochll, mortenl517, après un règne de quarante -sept ans. Sa charte ne crée point le monastère , elle le suppose ; quelque zélé qu'il fût pour bâtir des églises, comme nous le verrons plus tard, nulle part il n'est donné pour fondateur de KontchouP.
Au bas de la dernièi-e page, on lit encore : « Ces Menées
1 Le surnom de Scplenlrional, que le manuscrit donne à Kontchoul, semble indiquer l'existence d'un autre Kontchoul, situé vers le midi. En effet, de nos jours encore on voit sur les hauteurs du mont Kopaonik , non loin de Novy-pazar (ancien Rassa, capitale de la Rascie), un hameau qui porte le nom de Kontchoidik (petit Kontchoul) ; et quand on descend de là, vers le midi, parla plaine de Ko»sovo,lieu de la fameuse bataille entre le roiserbe Lazareetle sultan Amurat,et qu'on avance dans la direction de Vrani, on trouve les collines de A'onichoul. Ces données de la géographie moderne déterminent assez la position de l'ancien couvent en question dont il ne reste plus , ce semble , aucune trace. En tous cas, elles nous dispensent de le chercher en Ougro- Valachie, où le place Bérednikof.
ont été données en mémoire perpétuelle, par le Joupan Grégoire To..., fondateur du couvent de Saint- Nicolas . » Ce nouveau Grégoire est évidemment différent du précédent, et le couvent dont il est donné ici pour fondateur n'est point celui de Konlchoul.
N" 2-2. {Ane. n» 3, 4, 2827.)
Vol. 10-4» de 285 feuillets, sur papier, demi-onciale , commencement du
xv<^ siècle.
Menées du mois de janvier. — La garde de ce volume porte une note avertissant le lecteur qu'il manque un feuillet (entre le troisième et le quatrième) ; que les deux feuillets volants n'y trouvent pas leur place, et que le premier, mis sens dessus dessous , n'est qu'une maculature. Mais quiconque voudra bien se donner la peine d'examiner le volume , verra qu'il n'y a d'exact en tout ceci que ce qui regarde la maculature.
En réalité, le manuscrit est complet ; tout y est , seulement tout n'y est pas à sa place.
Ainsi le feuillet placé au commencement du volume, après la maculature, devrait évidemment précéder le quatrième, puisqu'il iinit par une antienne à la très -sainte Vierge (la troisième des matines), et que celui-ci la continue. Ce théotokion est ainsi conçu : 0 toi qui as toujours été Vierge, tu conçus et tu engendras sans participation d'un époux, celui qui prit la chair d'une manière ineffable, et dont les vertus célestes, si pures quelles soient, n'osent point regarder la face ' .
1 BecliMeae bo qpcB-È 3aqa.ia ecn, n paa;,iaeruH HecKa.3anno Bon.ibinaeMa , na n' aîc aptTii ne cMtwib 'iiiCTaa HeOociiLic cii.iw, iipncno .rteo. — C'est précisément la terminaison du motapSii] (regarder), qui devrait commencer le quatrième feuillet, et qui manque.
Le premier feuillet, dont les premières lettres sont à moitié effacées , continue la deuxième antienne à saint Basile^ composée par saint Jean Dainascène ; elle commence par ces mots : « Il convenait que ta voix , ô Basile, vînt résonner, etc.. K L'un et l'autre feuillet sont d'une écriture difîcrente du reste du volume ; on les aura ajoutés plus tard pour compléter ce qui manquait.
Quant au feuillet placé entre le troisième et le quatrième , il n'est point à sa place, puisqu'il contient l'office de saint Cyr et de saint Jean , martyrs , dont on fait mémoire le 51 janvier. En effet, il complète la cinquième antiennecommencée au bas du feuillet 280 (verso) par les mots suivants : Semblables à un torrent de gloire qui suit Jésus-Christ, vous apparûtes à tous comme deux sources d'immortalité, abreuvant les corps et les âmes de vos douces ondes.
Un épilogue placé à la fin du volume dit qu'il a été écrit en 1419 par Antoine, moine du mont Athos.
Cet épilogue mérite d'être reproduit comme modèle du genre. Le voici : « Au nom du Père qui agrée, du Fils qui coopère, et du Saint-Esprit qui consomme, moi, Antoine, le dernier des moines et rempli de péchés, qui n'ai d'autre patrie que la tombe , ni d'autres richesses que les iniquités, embrasé d'amour pour saint Etienne, diacre et premier martyr, et ayant présente la multitude de mes péchés, je vins en déposer le fardeau dans un couvent de son nom. Pleins d'une confiance amoureuse envers ce saint, et voyant sa maison avec tous les livres qu'elle contenait devenue, par l'envie de l'ennemi infernal , la proie des flammes , nous implorâmes son secours et celui des autres saints, et nous nous mîmes à écrire ce livre en riionneur de saint Etienne,
martyr, notre patron. Ce livre a été écrit l'an {^^), sous le règne du pieux tsar grec Manuel^ et sous Méthode, higouniène du couvent. Je conjure le lecteur de me corriger sans me condamner , afin que Dieu lui accorde le pardon '. »
L'empereur dont parle l'humble religieux ne peut être que Manuel Paléologue, qui succéda, en 1591, à Jean Paléologue, son père, et mourut en 14"2o, à l'âge de 77 ans. Si je ne me trompe , l'Église de Saint-Étienne dont il est ici question, est celle qu'on a surnommée Banska, du nom du fleuve Banska-rieka , sur le bord duquel elle avait été bâtie par Etienne Miloutin, Ouroch II, appelé aussi kral de Bansk (1270-1517), et destinée à recevoir ses restes mortels. Etienne se signala par la pieuse ardeur avec laquelle il éleva des temples au Seigneur. Il régna quarante ans, dit une chronique serbe, et il éleva quarante grands inonastéres ; et cela non-seulement en Serbie , mais encore dans les pays éloignés, depuis le mont Athos jusqu'en Palestine. Au mont Athos, il rebâtit à neuf et sur un plan plus vaste la célèbre Laure serbe de Khilandar, monument élevé par la piété d'Etienne Niémania , et presque tombé en ruine. Jérusalem
1 Il3B0.K'iiiiK;Mb (OTna II nocn-ïu]eniil€Mb ctiiia ii rnni)LuiciiiiK)Mb ciiexaro mva. A3b uor.Mi.uii'iii 'II' iiiiOHOxi. Moiiaxb, MiiororjiËiuuiii an.iomi (iim;i;o mii loT'ibCino rpoBb, H EoraibrTiio rjrfiiii). pariia.iiince jiokouiiki r>o;i;iioio. Kb CBeroMy npbiioMj'iciiiiKy ii npb- BOMJ- riiOTbiubc.iviKiiTe.iio CTe'Puay. ii DbciioMcujbb .miio;klctco cbouxl rjiLxoBb. iipiujoxfc Kb CBCTOMy xpa.My iipbBOMyieiiiiKa CTe'i-aiia. MiioibiMb iirDxii oôpCMCueub. IlMt.e iia,tc- ;K,iy Kbi'BCTOMy, ii .iiobobiiw i)a;i;Aercc kb iioiy, ii BiutBb aaiia.iPiib aomb CBCTaro npbso- MyieiiiiKa naBiiCTiiio bDcobckoio. noîKîKCiio Kiii!;i;ie. JI mujkc ce Kora c.iaB.iame , u cbotbih MO.iauie, iioTjiy.iuxpeoKunst ceu CBCTOMy npbBOMy'iciiiiKy ii CBCTUiib c.iyH;uTejio CTe'^aIIy h-h iiuxua.iy u 'lecTb. jiirt/Ke OKununoMy oti Uora bb OTiiymcuiiiG rpbxoBb u CBCiaro Mii.iocTb-;- niicauie ;ko pii;i nnnra bb .îèto suio nim ciaro-iecriiBo^ib napoMb rpb'iccKHMb, Kyp MaiioiLiIi. Tor.ia Moiiacibipa toio iia-ia.ibCTiiyK; c-tuia ciapoub .Mc'to.iiiKJ. uo mojio h Mii.iiice ,vliK» , iipo'iiiTaKHuo iiciipaB.iniiTe, a uo luIiiiliTO, a w Barb Uorb upocTii. — Les mots mis entre parontlièse sont places au-dessus de la ligue, et le dernier est d'une écriture plus récente.
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lui devait une église sous le vocable des saints Anges, et un hôpital \
Parmi les saints du mois, nous mentionnerons saint ïlicodose , premier abbé de Rief , et saint Sabas , premier archevêque de la Serbie. Nos lecteurs les connaissent déjà, en partie au moins. Ils se rappellent ce que nous avons dit de ce dernier, en racontant la vie de son père, Etienne Niémania (v. le 11° 10). Quand il l'écrivait, Sabas n'était encore que simple religieux ; ici il figure comme premier pasteur de l'Église serbe. Ce titre nous rappelle l'acte le plus remarquable de son gouvernement, à savoir l'érection de douze évêchés, faite avec l'agrément du siège romain, auquel le saint archevêque témoigna constamment une soumission filiale. L'Église serbe célèbre sa mémoire le 12 janvier, et une seconde fois le 15 février, avec celle de son père ; les Russes et les Occidentaux placent sa fête au 14 janvier ^
Pour ce qui concerne Théodose, nous n'avons qu'à renvoyer le lecteur au travail publié ici même sous ce titre : Origines catholiques de r Eglise russe avant le xif siècle^. Il n'y a qu'un point sur lequel nous croyons nécessaire de revenir , l'orthodoxie de Théodose. L'auteur des Origines parle des prétendus blasphèmes contre la religion catholique , consignés dans les écrits de lliigoumène de Kief , et
1 Schafarik, Annales des princes serbes, ç. 61, dans ses Mo7wments de l'une, litte'r. des Slaves du Midi.
2 On peut lire d'autres détails dans sa vie, écrite par Jean Marnavitz, évêque catholique de la Bosnie , et reproduite d'abord dans les Acta sanctorum (janv., t. I, au xiv du mois, p. 979 et suiv.), puis dans le huitième volume de Vlllyricum sacrum, p. 44 et suiv. 11 en existe une autre, due à la plume éloquente de Dométien , moine non- uni; mais elle est écrite en langue slave.
3 Études, t. Il, p. 133 et suivantes. Il est question de Théodose à partir de la page 274.
il embrasse là-Hessiis l'opinion de Papcbroch et de Kulczynski , disant , avec ce dernier, que c'est une invention plus récente des écrivains orthodoxes. C'est aussi notre manière d'envisager la chose. Mais quels sont ces écrits? l'auteur de celte dissertation ne le dit pas.
Parmi ceux qui sont attribués à ïliéodose , il y en a un qui tait un contraste singulier avec les autres , et c'est précisément celui dont il s'agit. Il est intitulé : Questioji adressée à Théodose par le prince Isiaslaf, touchant les Latins. C'est le grand duc Isiaslaf I" (1054-1078) qui aurait demandé ces renseignements sur la religion varégue ou latine. Or, voici le tableau que lui en iàit le prétendu Théodose.
« C'est , dit-il , une religion impure et méchante. Elle contient l'hérésie de Sabellius et bien d'autres encore \ Ainsi les Latins ne baisent ni les saintes images , ni les reliques des saints ; ils tracent une croix sur le sol, et après l'avoir adorée, ils la foulent aux pieds. Ils font gras en carême; ils mangent les choses les plus impures, et font ce que ne feraient pas des Juifs. Dans la célébration de la messe, ils se servent des azymes, et ils offrent le sacrifice avec de la chair morte, disant que leur Dieu est un Dieu mort. Ils baptisent leurs enfants par une seule immersion, au lieu d'en faire trois ; ils leur mettent du sel dans la bouche. Ils placent leurs morts, la tête tournée vers l'orient , les pieds vers le
1 11 n'y a pas (riicrésie, ce semble, dont les catholiques n'aient été accusés par les aLl^e^saires avcufrlés de la réunion. Ainsi on les fait à la fois sabelliens, macédoniens, apollinaristes, origénisles, etc. On trouve ces accusations formulées et réfutées, dans un ouvrage intitulé: Pnrœne'iis aho Nopomnienie , etc. Kracovie, 1628. Espèce à' appel à la réunion, fait nu peuple )'usse, par le célèbre Smolriçki. De tous ses ouvrages, c'est peut-être le plus remarquable. Nous en préparons une édition russe.
DE LA UlbLlUTllÉnUi; l.MPÉUlALE DE PAIUS. 97
couclianf, et les bras étendus le long du cotps, au lieu de les croiser sur la poitrine, et ils leur bouchent les yeux, les oreilles et les narines. Les prêtres et les évêques nese marient point , mais vivent en concubinage. Les évêques , en outre, vont à la guerre , et portent des bagues au doigt. Ils disent aussi que le Saint-Esprit procède du Fils et ils ont encore d'autres croyances plus perverses que celles-ci \ »
Tel est en substance cet écrit que les écrivains russes ne se font pas scrupule d'attribuer à Tbéodose % mais qu'une critique sérieuse et libre ne tardera pas, nous l'espérons, à rejeter comme apocryphe et injurieux à la mémoire du saint higoumène de Kief,
Signalons -y cependant l'endroit où l'auteur, quel qu'il soit d'ailleurs, gémit sur ce que les Varègues, en inondant la Russie, y ont répandu partout leur hérésie, aveu important et dont nous nous hâtons de prendre acte ; c'est une preuve de plus à ajouter à celles que nous offre l'histoire en faveur des origines catholiques de l'Église russe,
N'^ 23, {Ane. no 35.) Vol. in-4o de 140 feuillets, vélin, demi-onciales, xiv-xye siècle.
Menées du mois d'août. On n'est pas d'accord sur l'âge de ce beau manuscrit. Pierre Doubrowski , envoyé à Paris en 1781), en qualité d'interprète de l'ambassiideur russe, le fait remonter au xiif siècle, comme il le dit lui-même dans une note écrite de sa main. Stroïef le place , avec plus de
1 Voyez Mémoires savants, t. II, livraison 2e, et VHisloire de l'EfjUse russe, par Mgr Macaire, 1857, t. II, p. 102 et note 221.
- Il doit ligurer parmi ses œuvres complèles, dont Msf Macaire prépare uno nouvelle édition.
98 LES iMANUi^LlHlïS SLAVES
raison, un siècle plus tard (p. 49). — Il n'y est fait mention d'aucun saint propre aux églises slaves.
Au bas de la dernière page on lit quelques textes de l'Écriture sainte, ajoutés plus lard par un moine nommé Romil, qui se dit indiyne pécheur, plein dépassions, et défroqué (pacoAcpt).
N° 24. ( Aiw. n° 243. ) Petit in-S" lie 366 feuillets, sur papier, demi-oncialcs, xvi<î siècle.
Actes des apôtres. Manuscrit serbe de la collection de Séguier. Le premier feuillet manque. A la fin du volume se trouvent , selon l'usage , deux épilogues touchant la dispersion des apôlres par tout l'univers. Le premier a pour auteur saint Épiphane , évêque de Salamine , dai^s l'île de Chypre; l'autre est de saint Dorothée, évêque de Tyr et martyr.
Nous avons remarqué plus haut que les Actes sont un des livres de l'Écriture sainte le plus anciennement répandus au sein des peuples slaves ; c'est aussi le premier livre sorti des presses russes, en 1569.
Vol. in-4o de 163 feuillets vélin, demi-onciales, à deux colonnes, xiiie siècle.
Ce précieux manuscrit de la rédaction serbe contient les Quatre Évangiles. Le catalogue imprimé le fait remonter au xi' siècle, et telle a été, ce semble , l'opinion de l'illustre abbé Dobrowski \ Stroïef pense, sans toutefois oser l'a fïirmer,
1 Voici ses propres expressions .- Codex antiqnus, olim S. Germani , quem sœculixi conset cataloj,nis... Alterum codiccm n» 52 (c'est notre 27), sœculis aliquot juniorem esse ex leclionibus varianlibus et ipsa orthographia satis liquet. {Inst. l. slav., p. 693.)
DE LA BIBLIOTHÈQUE IMPÉRIALE DE PAlUd. 99
qu'il n'est pas antérieur au xiv" siècle (p. 3); et Bérednikof le croit encore plus récent \ Ce dernier l'aura évidemment confondu avec un autre manuscrit, portant le n" 52 du supplément, et dont nous parlerons bientôt. (Voyez n" 27.) En effet, le passage de saint Jean , sur lequel s'appuie Bérednikof, est tiré de ce dernier manuscrit. L'appréciation de Stroïef nous paraît aussi exagérée, et les caractères paléographiques, qu'il a pris soin d'énumérer, parlent plutôt en faveur de l'opinion de Dobrowski. Pour ma part, je serais porté à attribuer ce manuscrit au xiu" siècle au plus. Pour que chacun pût en juger par lui-même, il serait à désirer que le texte fût publié en entier; d'autant plus que le manuscrit menace de devenir plus incomplet qu'il ne l'est déjà. Il lui manque vingt-trois feuillets, c'està-dire la valeur de trois cahiers sur vingt dont il était primitivement composé ^ Or, il est à craindre qu'il ne se produise de nouvelles lacunes , certaines feuilles étant entièrement détachées du corps du volume, et pouvant ainsi être enlevées ou s'égarer facilement. (V. le calque.)
A la fm on trouve deux synaxaires, l'un pour les dimanches et les fêtes, l'autre pour les saints. Parmi ces derniers figurent Théodose de Kief (11 janvier), saint Cyrille le Philosophe (18 mars), dont les calendriers plus récents ne font pas mémoire, bien qu'il soit apôtre des Slaves. Au bas
1 Journal du ministère de l'instruction publique, mai 1844. Saint -Pétersbourg.
* Ainsi le dernier cahier n'existe plus; le huitième est réduit à un seul feuillet. Le deuxième feuillet du premier cahier manque aussi, et avec lui le commencement de rÉvangile selon saint Matthieu, jusqu'au mots: genuit Salathiel (pojin Ca.iaTn.iti, ainsi que la fin de la table des Évangiles qui le précédait. Manquent encore deux feuillets dans le troisième cahier (ce sont les derniers), un dans le neuvième, quatre dans le onzième, et deux dans le douzième. (Voyez Stroïef, p. 3.)