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LES ALGUES

Des Algues, je n’ai que peu de chose à dire, une étude détaillée de ces organismes ou d’organismes envisagés comme tels ayant été faite dans la première partie de ce travail à l’occasion des marbres Henriette (Ch. III), Pattes d’Alouettes (Ch. IV), Caroline et Rubané Notre-Dame (Ch. V et VI), Lunel uni et Lunel fleuri (Ch. VII), et Napoléon Grand Mélange (Ch. VIII).

De ces chapitres ressortent quelques constatations d'ensemble qu’il me paraît utile de mentionner :

A. — Ces formes organiques peuvent se réduire à deux types très différents l’un de l'autre.

1. — L'un d’eux comprend des organismes thallaires énigmatiques dont le type est Corydopodium Pruvosti des marbres Napoléon Tigré dit « Pattes d’Alouettes » et Napoléon Gris (cf. p. 56).

À ce type, je ramène certains des organismes laminaires de la partie supérieure du Napoléon Grand Mélange et ceux qui construisent en partie les bancs rubanés qui s’étagent entre le « Banc de Onze pieds » et le marbre Henriette (cf. Tableau, p. 34). Ces organismes, étalés en forme de croûtes horizontales très étendues et bossuées, ont gardé leur structure dans le bas de la série (calcaires rubanés qui surmontent immédiatement le « Banc de Onze pieds » (cf. PL VIIL, fig. 32) ; dans le haut, ils sont disloqués et réduits à l’état de fragments (marbre Caroline).

2. — Les Algues du second type appartiendraient, selon moi, au groupe des Siphonales et seraient à classer dans le voisinage des Udoteae et des Codieae.

Dans la première édition (1897) de leur étude systématique du règne végétal intitulée « Die natürlichen Pflanzenfamilien », A. ENGLER et K. PRANTL avaient groupé sous la dénomination de Codiaceae (cf. Teil I, Abteilung 2, p. 14 sq.) nombre de genres qui, dans la seconde édition (1927), sont nettement répartis dans les trois sous-familles des Flabellarieae, Udoteae et Codieae. dont l’ensemble constitue la famille des Codiaceae (cf. Auflage 2, Band 3, p. 311 sq.). Dans la sous-famille des Flabellarieae, sont rangés un certain nombre de genres à thalle non incrusté ; les deux autres sous-familles groupent des formes à thalle incrusté de calcaire et différencié (Codiee) ou non (Udoteae), dans sa portion superficielle, en un tissu cortical (Rindengewebe) à tubes cloisonnés. Ce tissu cortical est inégalement développé dans les genres Codium et Pseudocodium.

a. — J'ai rapporté à la sous-famille des Codieae l'organisme du marbre Henriette que j’ai dénommé Polymorphocodium (cf. p. 43) en raison de l’existence des deux tissus et de la présence, en certaines portions de la surface, de tubes dilatés en boyaux. Cette assimilation m'est en outre suggérée par les analogies que cet organisme présente, dans sa structure et sa texture, avec les Sphaerocodium décrits par ROTH- PLETZ. Je ramènerais également à cette sous-famille les organismes développés en colonnes montantes, qui se rencontrent au niveau du Napoléon Grand Mélange et dont l’ensemble constitue ces formes bizarres que l’on appelle en carrière les « Gra’mères » (cf. p. 103).

b. — Quant aux formes que j’ai dénommées Mitcheldeania zonata (ef. Lunel uni du Banc Parisien n° 2, p. 87) et M. capnostyloïides (« Bouffées de pipe» du Lunel fleuri du Banc Parisien n° 2, p. 97), elles me paraissent ressortir de la sous-famille des Udoteae.

Bien que M. HIRMER, dans son « Handbuch der Paläobotanik » (1927, p. 38 et 39), range les genres Mitcheldeania Wetx. et Zonotrichites BorNEM. parmi les « Porostromata Thamnidia » et semble vouloir les rapprocher des Rivulariacées, — il m’a paru préférable, faute de matériel de comparaison, et malgré certaines différences de détail qu’accusent dans leur texture les formes boulonnaises, de les classer provi- . soirement sous le terme générique de Mitcheldeania.

Mitcheldeania zonata, dégagé du carbonate de calcium qui incruste -ses cellules tubulaires, ne différerait guère, par son allure d’ensemble, des gênres Penicillus et Udotea. Les processus latéraux qu’on observe dans les régions où les tubes sont variqueux se retrouvent chez Rhipi-

liopsis peltata A. et E. S. GEepPp (ENGLER et PRANTL, 1927, Auflage 2, Band 3, p. 313, fig. 242, 2) sous forme de courtes expansions latérales qui font communiquer les tubes entre eux.

Je ne puis m'empêcher de signaler, en terminant, un travail récemment paru de M. D. MAWSON sur des calcaires construits, découverts par lui dans les « Pre-ordovician Rocks of the Mc Donnell Ranges (Central Australia) » et qu’il attribue à des Algues.

Son travail ne fournissant aucune microphotographie de la texture fine de ces organismes mais seulement leur aspect extérieur et leur allure d'ensemble, les rapprochements que je suggère sont uniquement basés sur ces caractères extérieurs. La planche XLV rappelle, à s’y méprendre, l'organisme du marbre Henriette dans ses portions plus fournies, et, d’un peu plus loin, le Lunel fleuri du Banc Parisien n° 2 dans sa portion « Bouffées de pipe » vue en section horizontale. L’Algue laminaire ondulée que l’auteur a figurée à la planche XLVII ne diffère guère, par son allure d’ensemble, des organismes rubanés superposés au Banc de 11 pieds. Enfin, la variété reproduite à la planche XLIX semble le calque de certaine variété de fleuri de la Vallée Heureuse. Il est à souhaiter que M. D. MAWSON puisse nous donner une étude détaillée de la texture de ces diverses formations organiques.

B. — Un fait remarquable et sur lequel il convient d’insister, c’est la multiplicité d’aspects que peuvent emprunter des organismes végétaux de même texture fondamentale (v. g. texture tubulaire sans partitions cellulaires) du seul fait de l’orientation et de l’arrangement de ces tubes. Je signalerai de l’organisme Henriette, la forme épanchée en croûte horizontale et celle qui, évoluant toute en hauteur, a donné naissance aux structures diverses que j'ai décrites sous le nom de Polymorphocodium Lapparenti (cf. p. 43 sq). De ce dernier organisme il faudrait rapprocher les formations auxquelles on a donné en carrière les noms de « Gra’mères»> et de « Mam’zelles », et que j’incline à considérer comme des formations coloniales. Il en serait de même de Polymorphocodium et c’est par là qu’il faudrait expliquer la diversité de formes qu’il présente.

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