C. — Calcaire granuleux en plages irrégulières
Le calcaire granuleux se rencontre encore, sous forme de plages irrégulières, au sein de calcaires grumeleux nettement organiques, mais dont les organismes plus ou moins complètement périmés ne montrent plus de texture nette (cf. PI. XXI, fig. 99). Ces plages granuleuses sont fréquentes dans le marbre Henriette et je les ai signalées comme une des manières d’être normales des Corydopodium fossiles (marbre Pattes d’'Alouettes). Chez ces derniers, les plages granuleuses se présentent sous divers aspects.
Les unes sont foncées, d’un gris noir, — ce sont des portions plus ou moins étendues de thalle dont la texture a disparu mais qui ont gardé leur structure, leur dessin d’ensemble.
D’autres, d’un aspect dépoli, transparentes et de teinte gris clair ne présentent plus de structure ni de texture apparentes, mais laissent deviner, sur le dépoli clair du fond, des ombres qui, à coup sûr, sont les vestiges de la texture disparue. Ici, toute la plage est d’un dépoli uniforme et de texture granuleuse ; — dans les plages gris-noir à structure conservée, au contraire, les lames organiques sont de calcaire granuleux, et les remplissages interlaminaires de calcite cristalline en mosaique.
D. — Mouches de calcaire granuleux.
Je noterai enfin, pour simple mémoire, que le calcaire granuleux sous forme de petits amas se retrouve dans presque tous les facies calcaires: il compose essentiellement la roche dans les calcaires compacts à texture granuleuse, — il prend une part plus ou moins importante à la constitution de la matrice dans les calcaires grenus à grain fin et dans les calcaires grenus de grain moyen ou grossier, — c’est encore lui, sous forme d'éléments figurés, qui constitue les calcaires grumeleux et graveleux, — etc...
II. — INTERPRETATION DES ASPECTS DIVERS SOUS LESQUELS SE PRESENTE LE CALCAIRE GRANULEUX.
A. — Le granule ; son origine.
Tout d’abord, poser la question du calcaire granuleux c’est poser celle de l’origine du granule.
Multiples sans doute peuvent être les causes qui amènent la précipitation du granule de carbonate de calciuin, causes d’ordre physique, chimique, ou résultant de l’activité vitale des organismes.
Certains d’entre eux, de leur vivant, incrustent leur membrane de carbonate de calcium sous forme de tout petits granules ; ainsi s’explique la nature granuleuse des paroïs chez les Girvanelles, les Polymorphocodium (marbre Henriette), les Mitcheldeania — et des membranes limitantes chez Corydopodium (marbre Pattes d’Alouettes) etc.
Les mouches granuleuses qui maculent les sédiments calcaires s’expliqueraient selon moi d’une manière tout autre: sur le fond marin, pêle-mêle, sont entassés végétaux, animaux divers entiers ou en esquilles, matières organiques en voie de désintégration provenant des végétaux et des animaux tombés sur le fond. Ces matières organiques en décomposition seraient un lieu d’élection pour les échanges chimiques et ces petits amas irréguliers de granules de carbonate de calcium seraient le vestige de matières organiques accumulées sur le fond et qui auraient
disparu ne laissant derrière elles comme témoin de leur présence que ces menus cristaux 170,
J’ai en outre, à l’occasion du marbre «Pattes d’Alouettes», signalé la tendance que présentaient certains organismes à résoudre tout ou partie de leurs lames en calcaire granuleux. Le calcaire granuleux résulterait donc, en partie au moins, de l’activité propre des organismes (réactions chimiques produites du vivant de l’organisme et provoquées par lui) ou bien de réactions chimiques qui se seraient établies aux dépens de ces restes en décomposition.
170. Un fait d’observation banal vient confirmer cette explication. Je le retrouve au milieu de vieux souvenirs se rapportant à une promenade faite en compagnie de CG. EG. BERTRAND. Des excréments de chien qui avaient séjourné à Vair dans des conditions que je ne puis préciser étaient saupoudrés d’une matière blanche pulvérulente semblable à du sucre. Cette poudre blanche éparse était constituée par de menus cristaux de carbonate de calcium dont je n’ai pas songé sur l’heure à vérifier la forme cristalline et qui, sans
doute, s’étaient formés en présence du gaz carbonique de l’atmosphère aux dépens de sels calcaires que renfermaient ces excréments.
B. — Les diverses manières d’être du calcaire granuleux ; leur interprétation.
Il me semble que, du point de vue genèse, il faille rapprocher les cas décrits sous les lettres A et C (cf. pp. 186 et 189) et y voir des phénomènes de recristallisation plus ou moïns complète. Mais il semble malaisé de légitimer par des raisons valables cette hypothèse du moins pour tous les cas décrits. |