I. — PRINCIPAUX FACIES
A. — Rubans de calcaire granuleux.
Le calcaire granuleux se présente sous la forme de minces rubans, isolés, interrompant temporairement une sédimentation en cours (cf. PI. XXI, fig. 95 et 96).
Ces rubans dont la structure et la texture n’ont rien de commun avec celles des sédiments qui les encadrent (calcaire gravelo-oolithique et calcaire grumeleux) sont toujours d'épaisseur inégale et faible, de l’ordre du centimètre (de 3 à 10 cm.). Ils ont en commun un certain nombre de caractères qui leur sont spécifiques :
— leur aspect dépoli vraiment caractéristique,
— leur transparence parfaite et l’absence de toutes matières orga-
niques,
— la persistance d’ombres et de mouches souvent très atténuées
et qui échappent au premier coup d’œil (cf. PI. XXI, fig. 95).
B. — Calcaire granuleux en plaquettes.
Le calcaire granuleux entre aussi comme partie intégrante dans la constitution de certain facies bien développé dans le Calcaire carbonifère du Boulonnais, en particulier au-dessus du niveau aux marbres Caroline et Henriette et que j’appellerai « Calcaire en plaquettes » 169,
C’est un ensemble de petits bancs de couleur blanchâtre séparés par des cordons de teinte foncée jaunâtre ou rougeâtre ; ces cordons ont tendance à se déliter, à se dilaminer, à se pulvériser même, laissant de ce fait en relief les bancs blanchâtres plus homogènes et plus résistants. ;
De prime abord, j'ai été tenté de faire de ces bancs blanchâtres des calcaires compacts de texture exclusivement granuleuse ; il n’en est rien. Non seulement l’ensemble n’est pas de texture granuleuse mais je crois pouvoir affirmer que ce facies granuleux type n’y est pas prépondérant. Ce sont, pour l’ordinaire, des calcaires compacts de texture grumeleuse, graveleuse, granuleuse (bancs compacts devenus blanchâtres par altération superficielle), recoupés par des épisodes courts (cordons jaunâtres ou rougeâtres) de grain plus grossier, épisodes détritiques ou organo-détritiques plus ou moins altérés et pulvérulents — dont le tableau ci-dessous donne une idée d’ensemble.
Complexe blanchâtre supérieur de 1 m. 20 environ d'épaisseur: moitié supérieure : plus compacte, moins délitée ; dolomitique. La dolomitisation est assez accentuée pour donner naissance à des « dolomies grenues >» de texture illisible.
moitié inférieure : Calcaire compact d’aspect, en plaquettes séparées par des délits rougeûtres.
Les petits bancs d’aspect compact sont en réalité de texture graveleuse.
Gros banc blanchâtre de O m. 70 environ d'épaisseur (brun-chocolat dans le haut, jaune pâle dans sa partie moyenne, brun noir dans sa portion basale).
169. Ces calcaires en plaquettes, dont je donne ci-dessous la description sommaire (cf. Tableau, pp. 187 et 188), ont une puissance approximative de 7 mètres. On peut les observer au ciel de la carrière des Chemins de Fer du Nord et à la partie supérieure de celle des deux carrières du Haut-Banc qui est aujourd’hui inexploitée. Ils se retrouvent, au cie! de la carrière du Haut-Banc, dans la portion adossée à la carrière de Basse-Normandie et sont coupés par la tranchée du chemin de fer qui sépare cette carrière du passage à niveau du Haut-Banc.
Calcaire d’aspect compact qui paraît, dans l’ensemble, de texture granuleuse avec petits épisodes graveleux ou grumeleux, — Pas ou peu d'organismes.
Complexe blanchâtre moyen de 1 m. 60 environ : Petits bancs d’aspect compact et de texture en apparence granuleuse, séparés par de minces cordons jaunes ou rouges altérés — d’où relief des bancs compacts. Ces délits sont de structure compacte et de texture grumeleuse plus ou moins fine, légèrement dolomitique (points gris).
Gros banc blanchätre de O0 m. 45.
Complexe blanchâtre inférieur de 2 m. 95 :
Complexe à structure compacte, divisé en petits bancs par des cordons jaunes et rouges.
Des petits bancs ou « plaquettes », il n’y a rien à dire de plus ; par contre, je m’arrêterai quelque peu à l'étude des délits interstitiels dont j'analyserai la texture en lame mince et les résidus après attaque par l’acide chlorhydrique. Il est difficile de se prononcer avec certitude sur leur texture, de préciser si elle est graveleuse ou simplement granuleuse car ils sont souvent recoupés de multiples et fines lignes horizontales qui morcellent le sédiment et lui donnent l'aspect d’un graveleux (cf. PI. XXI, fig. 100) ; difficulté encore augmentée du fait que ces horizons sont souvent très dolomitisés (cf. PI XXI, fig. 97 et 98).
Il est un fait certain cependant c’est que ces niveaux sont souvent franchement organiques (cf. PI. XXI, fig. 97 et 100) : ce sont en grande majorité des esquilles de Brachiopodes avec des épines éparses çà et là ; il faut y ajouter des entroques, des radioles de Paléchinides et des Bryozoaires en tout petits fragments réduits à une ou deux cellules.
Mais, si les organismes animaux y jouent une part importante, il semble que les végétaux n’en soient pas tout à fait absents. Un cas particulièrement intéressant mérite d’être signalé : il s’agit d’un cordon pulvérulent de teinte jaune brun qui se montre chargé de très petits bâtonnets clairs tranchant sur le fond sombre (matières organiques) du sédiment. Ces bâtonnets sont des sections longitudinales de tubes à parois granuleuses et à lumière remplie de calcite hyaline. Ils sont diversement orientés : en certains points de la préparation (taillée suivant l’épaisseur du cordon), ils sont, dans l’ensemble, allongés horizontalement ; ailleurs, ils peuvent être dressés verticalement ou même, agencés, former des pelotonnements. Le sédiment, peu transparent, ne permet pas d’en dire davantage ; il semble néanmoins que ces tubes présentent des bifurcations, et qu’il s’agisse là d’Algues siphonées voisines de celles que j’ai décrites plus haut, accumulées pêle-mêle au hasard des courants qui, dans le cas présent, ont amené des lambeaux
d’Algues tandis qu’en d’autres endroits ils charriaient des fragments de Brachiopodes.… etc.
Les trôis délits interstitiels que je viens de décrire et dont j'ai fait l'étude des résidus montrent quelques poïnts communs : ils sont abondamment chargés de quartz détritique, et de nature organique (fragments d'animaux et de végétaux).