I — DEFINITION DE L’OOLITHE ; LES FACIES OOLITHIQUES
Sous sa forme type, le calcaire oolithique est constitué par de multiples petites balles, régulières, de forme sphérique ou elliptique, et structurées, éparses au sein d’une calcite interstitielle ou matrice. Ces oolithes présentent toujours un noyau central, petit corps de nature variée, organique ou non, recouvert d’une croûte plus ou moins épaisse de carbonate de calcium cristallisé. s
Ces croûtes se présentent sous deux aspects différents : elles sont homogènes et de texture fibro-radiaire ou formées de minces pellicules concentriques.
Dans les oolithes à texture fibro-radiaire, Y'allure fibreuse, très nette en lumière naturelle, s’accentue encore en lumière polarisée et donne naissance à une croix noire, qui, en lame mince, est striée de ponctuations rouges et vertes. Cet aspect fibreux est dû à la présence de longs et fins prismes de calcite disposés radialement suivant leur grand
axe autour du noyau central. A la calcite hyaline et fibreuse qui cons-
titue les croûtes s'ajoute du carbonate de calcium en tout petits granules
qui, disposés en files radiales, soulignent comme de petits coups de pin-
ceau et accentuent l'allure fibro-radiaire de l’ensemble. Ces granules se présentent parfois en amas informes et disposés au hasard dans l’épais-
seur de la croûte, parfois en traînées épaisses qui rayonnent autour du
noyau.
Dans la majorité des balles oolithiques, la texture fibro-radiaire est nettement accusée ; elle est, dans certains sédiments de structure oolithique, compliquée d’une zonation concentrique plus ou moins marquée. Outre les granules de carbonate de calcium qui rayonnent autour du noyau en taches plus ou moins régulières, il en est qui sont orientés parallèlement à la surface. Ils dessinent en général de minces lignes noires qui, se répétant dans l’épaisseur de la croûte, communiquent à l’ensemble une structure concentrique souvent discontinue mais néanmoins très nette. La présence simultanée du corpuscule central et de la croûte permettra toujours de distinguer une oolithe franche d’un calcaire de grumeaux ou d’un calcaire graveleux. Les caractères différentiels fournis par les oolithes, par les noyaux et leurs revêtements et par la matrice n’ont d’intérêt pour nous qu’autant qu’ils correspondent à une différence de structure du sédiment lui-même — et, de ce point de vue, nous pouvons distinguer, parmi les calcaires oolithiques, des calcaires oolithiques à structure entrecroisée et des calcaires oolithiques
rubanés.
A. — Calcaires oolithiques à structure entrecroisée. 1. — 1* fype extrême : calcaire oolithique à large matrice.
Comme type de calcaire oolithique à structure entrecroisée et à large matrice, je prendrai l’oolithe à Productus sublaevis du Viséen inférieur de Landelies (près Charleroi) 171. Les oolithes, très fines de dessin, et de grande taille, présentent d’une manière générale la double texture concentrique et radiaire dont j’ai fait mention plus haut. Les noyaux visibles sont constitués par de nombreux fragments d’Echinodermes et de Gastéropodes, des Foraminifères du type Endothyra et, de loin en loin, une coquille de Brachiopode ou un Ostracode en amande.
Echinodermes et Gastéropodes se rencontrent en outre dans la matrice à l’état de fragments plus ou moins gros. Les balles oolithiques
171. J’ai choisi à dessein ce type dans le Calcaire carbonifère de la Belgique
parce que je n’en ai point trouvé d’aussi net dans le Boulonnais, à cause du grand développement de sa matrice et du caractère très particulier qu’elle présente.
reposent les unes sur les autres sans se déformer et sans s’impressionner ; elles sont de tailles variées à un même niveau, avec prédominance toutefois d'éléments de petite taille ou de grande taille. D’où il semble légitime de conclure que, de ces éléments, les plus lourds se sont déposés les premiers.
La calcite matricielle qui moule les éléments figurés s’est orientée sur eux et forme à leur surface une auréole d’un brun clair qui tranche sur l’aspect granuleux et foncé de l’élément figuré. Au microscope, cette auréole présente une texture radiaire due au développement de prismes normaux à la surface des balles. Si les oolithes ne sont pas trop distantes les unes des autres, les prismes qui constituent ces auréoles, en s’allongeant, finissent par entrer en contact ; elles constituent à elles seules, dans ce cas, toute la matrice interstitielle, Par places, les auréoles ont laissé subsister des méats qui ont été ultérieurement remplis par de la calcite ; cette calcite d’ordinaire largement cristallisée, affecte parfois la forme granuleuse (cf. PI. XXIII, fig. 109).
2. — 2° type extrême : Calcaire oolithique à matrice presque inexistante.
En raison du développement de sa matrice, l’oolithe à Productus sublaevis de Landelies est aisée à déterminer tant à l’œil nu qu’à la loupe, que sa cassure soit fraîche ou sa surface altérée ; dans ce dernier cas, le noyau tranche en gris foncé sur la teinte blanc-laiteux de la croûte. Il n’en est pas de même de l’oolithe interstratifiée à la partie supérieure du niveau dolomitique à Lithostrotion Martini (Boulonnais, carrière Hénaux de la Vallée Heureuse).
C’est un calcaire oolithique à structure entrecroisée ; il est « compact»>, la matrice faisant en effet presque complètement défaut. Les petites balles oolithiques à texture prédominante fibro-radiée et peu granuleuses ont leur noyau relativement volumineux et leurs croûtes minces. En contact étroit les unes avec les autres, elles ne présentent aucune déformation d'ensemble maïs elles s’entrepénètrent « s’impressionnent >» au point de former des amas destitués de toute calcite interstitielle. C’est à cette pénétration des oolithes les unes dans les autres qu’est dû l’aspect compact de ce sédiment (cf. PI. XXII, fig. 110). Ce phénomène de compénétration est ici remarquablement accentué : dans la majorité des cas, il se limite à la croûte même de l’oolithe qui disparaît plus ou moins complètement au point de contact ; parfois il atteint jusqu’au noyau de l’oolithe.
Ces noyaux sont constitués, en majeure partie, par des Foraminifères du type Endothyra et par des Granulosphères. Quelques fragments
d’'Echinodermes et de Tabulés, quelques esquilles de Brachiopodes et d’Ostracodes interviennent encore dans leur constitution, en même temps que de nombreux fragments de calcaire granuleux.
La matrice, très réduite, est de calcite en mosaique ; en certains points cependant elle est plus largement cristallisée et tout l’espace resté libre entre les oolithes est occupé par un individu unique de calcite. Le phénomène d'orientation de la matrice à la surface des balles oolithiques est ici moins accentué et moins généralisé,