‹ Les Marbres du Calcaire Carbonifère en Bas-BoulonnaisChapitre 152 sur 211 · II. — SYNTHESE ET ESSAI D'EXPLICATION DES DEPOTS DIVERS D’OOLITHES · texte numérisé non relu

II. — SYNTHESE ET ESSAI D'EXPLICATION DES DEPOTS DIVERS D’OOLITHES

Somme toute, quel que soit le sédiment oolithique auquel on se réfère, calcaire oolithique à structure entrecroisée et calcaire oolithique rubané, la texture de l’oolithe est uniforme ; elle est fibroradiée, les fins prismes de calcite s’étant développés en rayonnant à partir d’un corps étranger qui en tient le centre et en constitue le noyau. Cette texture est parfois très nette, — parfois elle est compliquée de zones concentriques ou plus ou moïns masquée par le carbonate de calcium granuleux, — mais toujours elle existe. C’est surtout dans la manière d’être de ces oolithes, dans la nature des noyaux et les caractères de la matrice qu’il faudra chercher les différences fondamentales.

A. — Calcaire oolithique à structure entrecroisée.

Dans les calcaires oolithiques: à structure entrecroisée, je n'ai jamais observé de déformation véritable des balles. Ou bien, ces balles reposent les unes sur les autres comme feraient des corps durs, des billes d’acier par exemple (Landelies) et, dans ce cas, on constate que dans les portions superficielles qui n’entrent pas en contact, l’oolithe s’est hérissée de prismes de carbonate de calcium (cf. PI. XXIIL fig. 109), — ou bien les balles sont entrées en contact et se sont impressionnées (cf. PI. XXIIL fig. 110). Dans les deux cas, à l'évidence, les corps se sont déposés déjà solidifiés, — dans le 1* cas, le dépôt se serait effectué lentement, — dans le 2°, au contraire, il aurait été hâtif, accumulant les matériaux qui par leur seule pression auraient déterminé une dissolution locale de la calcite et conséquemment le phénomène patent de compénétration. Ces oolithes ne se sont pas formées à l’endroit où elles se sont déposées ; elles ont été amenées par des courants. Une fois immobilisées sur le fond, elles se sont hérissées de petits prismes de calcite et le sédiment s’est en partie consolidé de ce fait. Ultérieurement, de la calcite en mosaïque a fini par combler les méats laissés entre les oolithes.

En règle générale, ces calcaires se sont formés dans des eaux relativement pures et aux dépens de facies grenus à organismes, comme en témoignent les noyaux (constitués par des Granulosphères, des Foraminifères, des débris de Crinoïdes, etc.), la netteté de structure de l’oolithe, l’absence de grumeaux dans la matrice, la faiblesse des résidus résultant de l’attaque par l’acide chlorhydrique : peu de matières organiques, et quelques petits quartz de néoformation sous forme de petits prismes bi-pyramidés.

B. — Calcaires oolithiques rubanés (Landelies, Namèche).

Par contre, les bancs rubanés oolithiques sont ordinairement très chargés de matières organiques et laissent à l’attaque un résidu abondant qui couvre le fond de la capsule et un voile irisé qui s’est étendu à la surface du liquide. Dans l’un de ces résidus, j’ai pu observer de nombreuses phyllites, de multiples petits cristaux de feldspath albite et des individus idiomorphes de magnétite. En tenant compte par ailleurs des impuretés et des grumeaux qui chargent les oolithes et de ceux qui encombrent la matrice, en se basant sur le fait que seuls grumeaux et Ostracodes interviennent dans la constitution des noyaux, sur la déformation des balles oolithiques et la présence des croûtes horizontales de quelque nature qu’elles soient, il est logique de conclure que ces sédiments se sont formés dans de tout autres milieux et dans d’autres conditions que les calcaires oolithiques à structure entrecroisée.

L’Ostracode est une forme qui vit de déchets végétaux sur les fonds boueux et calmes, imprégnés de matières organiques en décomposition. Je ne les ai jamais rencontrés en abondance que dans les

facies granuleux et grumeleux attribuables tous deux, en partie du

moins, à des organismes végétaux inférieurs ; je les ai rencontrés d’une façon habituelle et normale dans certaines formations particulières (bancs récifaux) qui, bien que la preuve absolue n’en ait pas été éta. blie, sont attribuables selon toute vraisemblance à des végétaux inférieurs du groupe des Algues (banc Henriette ; marbres Napoléon gris et Napoléon tigré).

D’autre part, la preuve est faite que ces oolithes se sont formées ou déposées avec une périodicité que le caractère des oolithes et la formation des croûtes rendent particulièrement palpable. Celles de ces balles oolithiques qui sont régulières et de grande taille et qui constituent d'ordinaire la base des rubans, ou bien ont été amenées par les courants déjà consolidées (ce qui est moins probable), ou bien se sont formées sur place dans des conditions qui leur ont permis d’achever leur évolution : elles ne sont en effet pas déformées. Le dépôt a dû se faire avec une extrême lenteur, car les phénomènes d’impressionne-

ment, si fréquents dans les calcaires oolithiques à structure entrecroisée, sont ici exceptionnels. L’agitation des eaux diminuant ou cessant même brusquement, les balles en voie de formation, en bloc, gagnèrent le fond ; de là, la présence à la partie supérieure du ruban d’une accumulation d’oolithes de petite taille, entassées, parfois moulées les unes sur les autres et n’ayant laissé entre elles que des méats très réduits dans lesquels ultérieurement le carbonate de calcium cristallisa sous forme de mosaïque. Le calme se prolongeant, une croûte a recouvert l’ensemble du dépôt. Les mêmes phénomènes ont pu ensuite se reproduire identiques dans le même ordre ou suivant une succession quelque peu différente.

J’inclinerais donc à admettre que ces calcaires rubanés se sont déposés sur place, sur un fond boueux chargé de végétaux en décomposition, dans des eaux mises en mouvement par des courants.

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