Bancs rubanés oolithiques viséens du Boulonnais
Ces bancs ne sont pas exclusivement oolithiques ; ils représentent un complexe, comme on en peut juger par la succession suivante :
(ht.) — Calcaire grumeleux avec oolithes de petite taille ; croûte de faible épaisseur, formée de balles écrasées. — Calcaire grumeleux avec oolithes de petite taille ; croûte de faible épaisseur, formée de balles écrasées. — Calcaire grumeleux avec oolithes dont quelques-unes de grande taille.
soupçon de croûte ou simple changement de graiïn de la roche. — Niveau oolithique à oolithes plus petites et grumeaux plus nombreux — à grosses oolithes pressées les unes contre les autres avec grumeaux interstitiels.
changement de grain plutôt que croûte.
— Calcaire grumeleux avec quelques petites balles ; (noyau grumeleux de grande taille entouré d’une mince pelure (bas) de calcite).
Les oolithes rubanées du calcaire viséen du Boulonnaïis sont constituées par des alternances plus ou moins régulières de dépôts grumeleux et de dépôts oolithiques ; les deux facies sont mis en évidence par la teinte même des rubans : les rubans blancs étant surtout grumeleux et les rubans plus ou moins foncés surtout oolithiques. Après avoir analysé ces rubans, je dirai quelques mots des facies analogues à Landelies et à Namèche.
a. — Les rubans foncés sont nettement oolithiques ; certains mon: trent une périodicité qui ne manque pas d’intérêt. Le ruban, dans sa portion basale, est constitué par des oolithes de grande taille espacées dans une matrice largement dévelopnée et abondamment chargée de grumeaux nus ou munis d’une mince croûte, d’Ostracodes en noyaux amygdalaires (cf. PI. XXIII, fig. 113) ou.en esquilles. Lorsque, par endroits, les grumeaux font place à du calcaire granuleux, ce calcaire granuleux se montre criblé de points cristallins qui sont, en majeure partie, de tout petits Ostracodes en amande, des esquilles et des fragments d’esquilles appartenant à ces mêmes organismes. Dans la portion supérieure du ruban, la taille des balles oolithiques change brusquement ; de petite taille, ces balles sont entassées les unes sur les autres, réduisant ainsi à rien ou à peu près rien la calcite interstitielle (cf. PI. XXIIL fig. 115, moitié inférieure). J’ai observé quelques cas de déformation de balles oolithiques entrées en contact, mais je n’ai pas l’impression que ce phénomène soit général ; en certains points cependant, il semble qu’elles aient été assez souples pour s’aplatir complètement et donner naissance à de fausses croûtes (cf. PI. XXII, fig. 114).
Les noyaux des oolithes, de nature très uniforme, sont constitués soit par du calcaire granuleux, probablement des grumeaux régularisés par le mouvement rotatoire, — soit par des Ostracodes entiers et du type «en amande » (j’en compte près de 25 entiers et très nets dans la lame mince à l’étude, cette lame étant de 1,5 centimètre carré). Les balles oolithiques sont, dans l’ensemble, moins régulières de forme et de texture ; ces éléments figurés sont d’apparence compacte, irrégulièrement mouchetés ou zonés de calcaire granuleux. Les dispositions radiaire et concentrique y sont moins nettement accusées, les mouches de calcaire granuleux faisant défaut ou étant réparties au hasard dans l’épaisseur de la croûte et communiquant à ces balles une allure caractéristique. Il me paraît commode de les définir du terme d’oolithes « moussues » (cf. PI. XXIJII, fig. 114 dans l’ensemble et 112).
Les croûtes horizontales qui limitent les rubans ou dépôts successifs, se présentent sous forme de lignes sinueuses épaisses et continues. Alternativement brun clair et noir foncé, elles reproduisent la texture type des balles oolithiques à écailles concentriques (cf. PI. XXIIT, fig. 113 et 115). Les portions claires sont constituées par de la calcite hyaline en prismes dressés et normaux à la surface du sédiment — les portions foncées et granuleuses par du carbonate de calcium en granules ou en grumeaux aplatis. Dans ce dernier cas, il est juste de dire que lalternance n’est pas aussi régulière et que l’ensemble se présente sous forme d’une plage hyaline plus ou moins ponctuée ou lignée de calcaire granuleux. L’allure rubanée du sédiment peut résulter aussi d’un changement de facies ou d’une modification dans la taille des éléments figurés.
b. — Les rubans clairs, blancs ou jaunâtres, sont formés par l’accumulation de grumeaux et de flocons, parfois aussi de toutes petites balles oolithiques. Les Ostracodes, rares dans ces rubans grumeleux, se retrouvent dès que reparaissent les oolithes.
2. - Calcaires oolithiques rubanés de même niveau dans le Calcaire carbonifère belge.
La déformation des balles oolithiques est plus accentuée dans les bancs rubanés du Viséen supérieur de Namèche et de Landelies. Dans cette dernière localité, les rubanés reposent sur la Grande Brèche, maïs stratigraphiquement, ils lui sont subordonnés ; les strates en effet y sont renversées. Il n’y a aucun doute que ces facies sont rigoureusement du même niveau que les rubanés oolithiques que j'ai décrits plus haut, et qu'ils sont tous immédiatement subordonnés à la Grande Brèche viséenne (Marbre Napoléon Grand Mélange du Boulonnais).
Ce sont des calcaires brun noir, recoupés de fins délits horizontaux sensiblement plus foncés qui en font un ruban (peu net à la loupe). N’étaient quelques points noirs plus foncés que le calcaire dans lequel ils nagent, le sédiment passerait pour un calcaire compact ou un grumeleux extrêmement fin dont le grain ne se distingue pas aisément sans lame mince. En réalité, ce sont des dépôts grumeleux interrompus par des épisodes oolithiques plus ou moins accentués, la différence de grain des dépôts simulant un véritable rubanement. Les croûtes du type de celles que j’ai décrites dans les bancs oolithiques rubanés du Boulonnais sont ici très rares ; ce sont en général de minces délits charbonneux semblables à ceux décrits par M. KAISIN dans le Marbre Noir de Dinant ou des épisodes courts de grain plus grossier et vraisemblablement de nature détritique. J’ai cependant observé dans les niveaux oolithiques de Namèche la formation de très minces croûtes ; elles ressemblent extérieurement aux croûtes horizontales des bancs boulonnais, mais elles n’en montrent ni la régularité ni la netteté et il ne m’est pas possible d’en préciser la texture. Il est un fait certain, c’est que le rubanement est fonction ici du changement de graïn de la roche et de sa teneur en matières organiques (zones de calcaire noir, zones de calcaire brun).
Les oolithes sont à contour irrégulier et bossuées ; au contact, elles
se déforment et se moulent (cf. PI. XXIII, fig. 112) comme se déforment et se moulent des corps sans consistance ou des bulles gazeuses (Namèche et Landelies).
Je n’insisterai pas davantage de peur de me répéter et me contenterai d’énumérer certains faits d’importance, à savoir : l’abondance,
ici encore, de petits Ostracodes en noyaux amygdalaires ou en esquilles qui se rencontrent tant dans les noyaux des oolithes que dans la matrice ; la matrice est bourrée de petits grumeaux plus ou moins arrondis ; nombreux sont les petits quartz de néoformation et les nids de magnétite finement cristallisée (Namèche).