II. — DIVERSES CONCEPTIONS TOUCHANT LE ROLE DES GIRVANELLES
Le nombre des noyaux visibles est assez élevé pour que je puisse en conclure à un sédiment nettement oolithique : les balles qui montrent le noyau oolithique seraient intéressées par la lame mince suivant un plan diamétral, les autres suivant un plan plus ou moins tangentiel.
Bien que le facies oolithique que je viens de décrire diffère à la fois — et des oolithes calcaires étudiées et décrites par WETHERED — et des minerais de fer oolithiques primaires décrits par M. CAYEUX, un rapprochement me paraît néanmoins intéressant en ce qui concerne le rôle de ces organismes tubulaires (que je rapporterais volontiers au type Girvanelle) dans leurs rapports avec les balles oolithiques.
Deux conceptions sont ici en présence, l’une interprétant les Girvanelles comme ayant une part active dans l’édification de l’enveloppe corticale des oolithes, qui résulterait de l’enroulement de l’organisme tubulaire autour d’un corps étranger servant de noyau (WETHERED) — l’autre, mise en valeur par M. CAYEUX, suivant laquelle les Girvanelles, loin de construire les oolithes, les détruiraient.
A. — Les Girvanelles, organismes constructeurs des balles oolithiques.
Sur l'interprétation de WETHERED), je n’ai que peu de chose à dire, une réfutation judicieuse et complète en ayant été donnée par M. CAYEUX 18%, dans son premier volume sur les minerais de fer oolithiques de France. Je me bornerai à faire remarquer que seuls les textures figurées sous les numéros 1 et 8 de la planche VII 1% sont tout à fait probantes et identiques à celles que j’ai décrites ci-dessus, et que, de toute évidence, «(ces textures) résultent de la croissance d’organismes inférieurs, en tubes, étroitement apparentés à Girvanella » 11, Les aspects fournis par les figures 5, 6 et 7 peuvent aussi être attribués aux Girvanelles, Toutes ces formes cependant sont rares dans les divers
189. CAYEUX L. — Les minerais de fer oolithiques de France. Fasc. 1: Mine-
rais de fer primaires. — Paris, Imprimerie Nationale, 1909, pp. 260 et 261. 190. WETHERED E. B. — The formation of oolite., — Quart. Journ. Geol. Soc., 1895, pl. VII.
191. «they have been formed by the growth of low tubulated forms of life closely allied to Girvanella» (cf. WETHERED. — Quart, Journ. Geol. Soc., 1895, p. 201).
calcaires oolithiques que j’ai pu observer, elles sont même exceptionnelles ; hormis le cas décrit ci-dessus, elles sont exceptionnelles dans les formations oolithiques du Calcaire carbonifère du Boulonnais où dans une lame mince on n’en observe guère que 2 ou 3 sections qu’il faut interpréter comme des fragments de colonie de Girvanelles usés et roulés par frottement.
L'auteur, dans un souci excessif de généralisation, explique par les organismes non seulement la texture concentrique des oolithes mais encore leur texture radiaire. D’après lui «les raies claires, de calcite, sont en réalité des tubes qui se sont développés perpendiculairement au noyau » 1%, Cette explication n’est pas très vraisemblable ; plausible dans certains cas (fig. 5, 6 et 7 de la planche VII), elle est inadmissible en général. Girvanella n’est guère caractérisé par une telle régularité d’allure ; par ailleurs, ses sections sont ordinairement plus nettes. Enfin l'interprétation que WETHERED donne des « dark striae » (raies sombres) n’est guère plus déterminante 1%, |
L'hypothèse de WETHERED ne peut donc s’appliquer qu’à des cas très particuliers et ne peut rendre compte de la texture radiaire et concentrique très régulière que l’on est accoutumé d’observer dans les balles oolithiques, texture que j’ai décrite en détail dans le chapitre précédent.
B. — Les Girvanelles, organismes destructeurs.
D’après M. CAYEUX au contraire, les balles oolithiques ne seraient en rien redevables de leur texture concentrique aux Girvanella qui, comme le conclut l’auteur de l’étude des oolithes composées et de l'existence d’oolithes reliées entre elles par des tubes de Girvanella, «ne se sont pas fixés dans les oolithes au moment où ces concrétions prenaient naissance au sein d’eaux agitées, mais après leur mise en place dans le sédiment... » 1%, Pour lui, non seulement la texture concentrique des oolithes ferrugineuses, vu < l’extrême finesse et la régularité des zones concentriques d’une part, la grosseur, le calibre éminemment variable et le dessin si irrégulier des tubes d’autre part » 1%,
192. «the light striae are calcitic, and are really tubules which have grown at right angles to the nucleus» (cf. WETHERED. — Quart. Journ. Geol. Soc. 1895, p. 204).
‘193. WETHERED. — Quart. Journ. Geol. Soc., 1895, p. 205.
194. CAYEUX L. — Les minerais de fer oolithiques de France. Fascic. I : Minerais de fer primaires. — Paris, Imprim. Nation., 1909, p. 253.
195. CAYEUX L. — Les Algues calcaires du groupe des Girvanella et la formation des oolithes. — C. R. Ac. sc., t. 150, 7 févr. 1910, p. 361.
est totalement indépendante des Girvanella — mais, de toute évidence, ces organismes détruisent les balles oolithiques pour en prendre la place, en un mot, ce sont des organismes perforants, parasites, destructeurs. À l’appui de son affirmation, M. CAYEUX apporte un certain nombre de faits d’observation ; l’interruption, la destruction par les Girvanella de la texture oolithique, destruction d’autant plus poussée que les Girvanella sont plus multipliés. Et il ajoute même : « Les noyaux oolithiques envahis par les Girvanella ne laissent jamais reconnaître la plus petite trace de structure zonaire, et cependant les Algues y sont représentées à tous les états de fréquence » 1%,
Je ne mettrai pas en doute la thèse et les preuves du savant auteur, n'ayant pas sous la main les matériaux qui me permettraient d’en parler avec quelque compétence ; je me bornerai à décrire le facies oolithique à Girvanelles du Boulonnais et à exposer brièvement l’interprétation que me suggèrent les faits d’observation.