I. — L'ORGANISME DU MARBRE HENRIETTE ; SA MORPHOLOGIE
L'organisme qui constitue le marbre Henriette, bien que très simple de texture puisqu'il se réduit en dernière analyse à un amas de tubes plus ou moins contournés et enchevêtrés, sans dessin et sans orientation particulières, affecte cependant des allures très diverses. Il se présente soit sous forme de croûtes enrobant des organismes ou des fragments d'organismes — soit sous forme de masses plus vastes, encroûtantes elles aussi, mais étalées horizontalement, à contour irrégulier et échancré, à surface bossuée et mamelonnée. Ces croûtes organiques sont sus-
Fig. 5. — Essai de reconstitution de Polymorphocodium Lapparenti.
Le dessin représente un fond de mer ; l’organisme s’y montre étalé en vastes croûtes horizontales, bossuées, agrémentées de menus bourgeons — mais susceptible de prendre de-ci de-là un grand développement vertical. L'organisme, entièrement constitué par des tubes, est plutôt à considérer, me semble-t-il, comme une colonie d’Algues tubulaires ; la variété même des formes en est une preuve. II s’agit d’Algues formant, sur le fond, des tapis d’inégal développement vertical, mourant et se calcifiant par la base, tout en continuant à se développer en hauteur. ceptibles de prendre un grand développement vertical ; elles présentent alors, en coupe perpendiculaire à la sédimentation, des digitations caractéristiques qui se dressent de la base du banc vers la partie supérieure (fig. 8).
La première forme donne naissance à des nodules, en tout analogues aux <Knollen » décrits par ROTHPLETZ et provenant du Trias supérieur des Alpes Orientales (1889, 1891), du Silurien supérieur de Gothland (1908) et, plus récemment (1911), du Dévonien supérieur de Liebichau en Silésie. J’ai trouvé dans le Calcaire carbonifère du Boulonnais (carrière des Ramonettes, des deux la plus méridionale) à 2 m. environ au-dessus du marbre Caroline un niveau organique où ces nodules pul-
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lulent. C’est un ruban d’une épaisseur de 25 cm. environ, bourré de petits Brachiopodes, les uns libres, la plupart encroûtés donnant lieu à la formation de petits nodules ; mais ces nodules ne se dégagent pas, emprisonnés qu’ils sont dans une gangue calcaire compacte et homogène.
La seconde forme, que je me bornerai à décrire en détail, présente sur le marbre, intéressé « dans sa passe » 61, l’aspect de lames à contours extrêmement irréguliers et à direction très capricieuse, montrant, suivant les places, des portions dilatées à structure complexe et des portions à structure beaucoup plus simple et pédonculées (cf. PI. II, fig. 3). Ces lames, qui paraissent ici nettement séparées et individualisées, pourront, en d’autres points du banc, s’étendre l’une vers l’autre, se rappro-
Fig. 6. — Organisme du marbre Henriette (Polymorphocodium Lapparenti), vu en section transversale (réduction au tiers).
L'organisme se détache en grisé sur la vase calcaire qui le moule (portions du dessin laissées en blanc).
cher et donner naissance à une masse réticulée, bossuée, à mamelons séparés par autant de dépressions (fig. 7). Dans les deux cas, les aspects verticaux seront très différents ; et l’on comprendra facilement qu’une coupe dirigée de X en YŸ sur la fig. 3 de la planche II donne naissance à une série de chandelles ou de digitations verticales, produites par les
61. Tailler un marbre « dans sa passe», c’est le tailler suivant le lit de carrière ; «en contrepasse » ou sur front de carrière sont des expressions SyYnOnymes,
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recoupements des lames. C’est cet aspect caractéristique que présente le front de carrière quand les lames sont nettement individualisées. Le sédiment qui sert de gangue à cet organisme est un calcaire à grain fin qui, suivant les places, peut passer à un calcaire compact ou, au contraire, manifester une tendance grumeleuse ou graveleuse. En lame mince, il se présente comme un calcaire granuleux à organismes et débris d'organismes (cf. PI. IL fig. 5). Les principaux éléments figurés sont, avec les fragments de Tabulés, des sphérules du type Calcisphaera WiLLIAMSON et des Ostracodes. Ces derniers, par places, sont fort nombreux, entiers ou en esquilles. Suivant l’échantillon étudié, l’un ou l’autre groupe d’organismes peut prédominer. J’ai, en outre, observé quelques prismes de Lamellibranches — mais à titre exceptionnel.
Se basant sur la nuance du fond, c’est-à-dire de la gangue, les exploitants ont distingué une « Henriette blonde », une « Henriette brune », et une « Henriette noire » ; quoiqu'il en soit de la teinte ‘du sédiment et de
Fig. 7. — Polymorphocodium Lapparenti sectionné, mettant particulièrement bien en relief l’allure en lame sinueuse et échancrée que prend l’organisme en section horizontale, et les aspects de digitations verticales qu’il présente sur front de carrière.
L’intérieur est entièrement constitué par des tubes dont l’état de conservation est souvent précaire, et qui sont remplacés par des amas de grumeaux, des plages de calcite hyaline et de calcite colorée en brun. Quelques menus organismes (Ammodiscus filum, Granulosphaera) et fragments d’organismes (Ostracodes) se retrouvent en plein milieu de l’organisme.
Fig. 8 — Bloc perspectif du marbre Henriette, montrant les rapports qui existent entre les digitations verticales que présente l’organisme sur front de carrière et les aspects tourmentés qu’il prend sur lit de carrière. L’organisme se détache en grisé sur le calcaire (calcaire granuleux ou grumeleux) dans lequel il est enrobé et qui ressort en blanc sur les trois faces du bloc.
Pr Va:
l'allure de l'organisme, la texture est toujours identique. Prenons donc comme type l’Henriette brune (carrière du Haut-Banc), forme digitée à grand développement vertical (cf. PI. IT, fig. 3).