IV. — CLASSIFICATION
ROTHPLETZ dans une publication intitulée « Ueber Algen und Hydrozoen im Silur von Gothland und Oesel » (1908) donne, dans ses planches I et II, des reproductions photographiques qui suggèrent, je dirai presque qui imposent, le rapprochement de l’espèce qué je viens de décrire du genre Sphaerocodium. Les figures 5 de la planche I, et 4 de la planche II de la publication de ROTHPLETZ sont particulièrement frappantes. Dans la première figure (que j’ai reproduite PI. IV, fig. 11), . l’auteur donne une vue d'ensemble, grossie onze fois, du tissu de l’algue qui comporte des tubes fins invisibles à ce grossissement et de plus gros, nettement visibles, entortillés et ramifiés. De ces derniers il donne (fig. 4 de la planche Il) une section radiale grossie 43 fois et qui met bien en évidence leur disposition concentrique (cf. PL. IV, fig 15). L’auteur signale en outre la zonation d'ensemble de l’organisme qui résulte de l’orientation tangentielle des gros tubes — et il insiste sur la dépendance qui existe entre ces gros tubes et les tubes plus fins.
Le genre Sphaerocodium fut créé en 1889 par ROTHPLETZ & pour une algue fossile des Couches de St. Cassian (Trias supérieur) qu’il nomma Sphaerocodium Bornemanni. Cette algue « qui, fréquemment et presqu’à elle seule, construit de puissants bancs calcaires » 3, est une forme encroûtante à structure concentrique. L’auteur y signalaït la présence de tubes de deux sortes, les uns fins, unicellulaires, dichotomes et d'aspect filiforme, les autres en forme de boyaux, ces derniers portant . localement des expansions latérales claviformes, dont l’auteur tendait à
faire des sporanges. Il faisait de cet organisme une siphonée qu’il rapprochait des G. Codium et Udotea malgré la calcification de ses parois et son mode de croissance.
62. ROTHPLETZ A. — Ueber Sphaerocodium Bornemanni, eine neue fossile Kalkalge aus den Raïbler Schichten der Ostalpen. Botan. Centræblatt, 1890, Bd. XLI. :
63. « welche starke Kalkbänke oft fast ausschliesslich zusammensetzt» cf, ROTHPLETZ A. — loc. cit., p. 9.
JAP S RENTE ASE
Dans une publication ultérieure (1891), ROTHPLETZ ff, entre autres organismes, reprit l'étude du Sphaerocodium Bornemanni. Cet organisme encroûtant donne naissance à des nodules dont on avait fait des oolithes et au sujet desquels BORNEMANN le premier, en 1886, avait émis l’hypothèse d’algues. Voici la description qu’en donne ROTHPLETZ :
« Le thalle résulte de l’enchevêtrement intime de filaments unicellulaires de largeur microscopique et qui se divisent par dichotomie. De temps en temps, les branches qui résultent de la dichotomie se distendent et prennent l’aspect de boudins ou de boyaux qui marquent la fin de l’évolution de ces branches. Les boyaux se forment dans le tissu fin constitué par les filaments unicellulaires ; ils prennent, du fait de leur formation périodique, une allure zonaire et communiquent à l’algue une structure écailleuse » .
L'auteur distingue donc nettement deux sortes d'éléments : les filaments cellulaires ou «Zellfäden », visibles seulement en lames minces sous forme de « filaments longs et lâches sectionnés en tout petits fragments » 6 — et les « Zellschläuche » ou cellules en boyaux « dont les relations avec les premiers ne font aucun doute » 67 et qu’il compare au tissu en palissade du Codium adhaerens actuel. Il précise un peu plus loin (p. 299) que ces boyaux ont une répartition régulière et concentrique, leur grand axe étant parallèle à la surface du nodule. Enfin, si les cellules rondes décrites par ROTHPLETZ correspondent aux ampoules que j'ai observées, il est facile de comprendre combien l'interprétation qu’il en a donnée (sporanges) est infirmée du fait que ces ampoules se retrou- : vent à l’état libre et en état de parfaite conservation dans la gangue calcaire qui entoure l’organisme.
Deux publications plus récentes du même auteur signalent deux espèces nouvelles : Sphaerocodium gothlandicum du Silurien de Gothland (1908) et Sphaerocodium Zimmermanni (1911) du Dévonien supé-
64. ROTHPLETZ A. — Fossile Kalkalgen aus den Familien der Codiaceen und der Corallineen. — Zeitschr. d. D. Geol. Gesell. 1891, XLIII, pp. 295 à 322, pl. XV, XVI, XVII. û
65. «Der Thallus besteht aus dem innigen Geflechte einzelliger wiederholt dichotom sich teilender Fäâden von mikroskopisch geringer Breïte. Von Zeit zu Zeit wachsen einzelne dieser Fädenzweïige zu schlauchartigén Erweiterungen aus, mit welchen das Wachstum dieser Zweïge sein Ende erreicht. Diese Schläuche sind innerhalb des feinen Fadengewebes, entsprechend ïihrer periodischen Entstebung, zonal angeordnet und verleihen dem ganzen Algenkôrper seine schalige Structur » (cf. ROTHPLETZ A. — loc. cit., p. 296).
66. «langen und losen Fäden wie kurz und klein geschnitten» (cf. ROTHA PLETZ A. — loc. cit., p. 297).
67. « deren Zusammenhang mit den dünnen Zellfäden unzweifelhaft ist» (cf. ROTHPLETZ A. — loc. cit., p. 297).
Lee mA te { rieur de Liebichau en Silésie. À vrai dire, ces deux notes n’apportent, touchant l’anatomie du G. Sphaerocodium, aucun détail vraiment neuf et que nous ne connaïissions déjà.
Dans la première (1908), ROTHPLETZ esquisse une comparaison de l'espèce silurienne qu’il présente, avec l’espèce triasique autrefois décrite par lui. Les nodules auxquels ces organismes donnent naissance diffèrent peu : ils mesurent 3,5 cm. et sont rugueux dans l'espèce silurienne, ils sont lisses et ne dépassent pas 2 cm. de diamètre dans l’espèce triasique ; toutes deux ont même tissu fondamental et les tubes qui les constituent ont mêmes dimensions. Il n’en est pas de même des gros tubes et l’auteur attribue une valeur spécifique à ce fait que Sph. Bornemanni présente des « Schlauchzellen » tandis que Sph. gothlandicum n’en présente pas ; chez cette dernière espèce, les Schlauchzellen seraient remplacées par des breitere Zellfäden, distinction qui me Pt bien un peu artificielle.
Autre différence : dans l’espèce triasique il y a mélange du tissu fondamental et des Schlauchzellen, tandis que chez Sph. gothlandicum il y a, en règle générale, séparation complète des deux tissus équivalents. J'avoue que les figures 2 et 4 de la planche I ne m’ont pas convaincu de ce dernier détail. Tout séparés que soient ces deux tissus chez Sph. gothlandicum, ils ne sont pas pour autant complètement indépendants l’un de l’autre : « à la limite des deux zones (caractérisées par ces deux tissus différents), il n’est pas rare de voir les fins filaments cellulaires se tuméfier et prendre l’aspect de tubes de plus gros calibre ; on peut ainsi constater que les gros tubes dérivent des minces filaments. Par contre, à la limite supérieure de la zone des gros tubes, je n’ai jamais pu saisir le passage des gros tubes aux fins filaments » 68,
L’espèce décrite en 1911 5 sous le nom de Sphaerocodium Zimmermanni présente les mêmes caractères essentiels, à savoir deux tissus disposés en alternance. Le tissu fondamental (Grundgewebe) est formé de filaments cellulaires (Zellfäden) de 10 à 25 y de diamètre ; ces Zellfäden s’élargissent pour donner des Endzellen (40 ,,)dont l’ensemble constitue l'Endgewebe. Ces Endzellen se disposent en zones concentriques et se
68. «an der Grenze solcher zweierlei Zonen sehr häufig gesehen werden kann, wie ein feiner Faden zu einem grübern anschwillt und somit die letzteren aus ersteren hervorgehen. Dahingegen ist es mir nie gelungen, auf der Oberseite von Zonen grôberen Gewebes einen Uebergang der breiteren in schmälere Fäden festzustellen » (cf. ROTHPLETZ A. — Ueber Algen und Hydrozoen im Silur von Gothland und Oesel. Kungl. Svenska Vetenskaps Akademiens Handlingar., 1908, Bd. XLIII, N° 5, p. 8).
69. ROTHPLETZ A. —— Ueber Sphaerocodium Zimmermanni n. sp. eine Kalkalge aus dem Oberdevon Schlesiens. Jahrb. d. k. preuss. geol. Landesanstalt, 1911, Bd. XXXII, t. IL, hft. I.