‹ Les Marbres du Calcaire Carbonifère en Bas-BoulonnaisChapitre 35 sur 211 · III, — INTERPRETATION BIOLOGIQUE · texte numérisé non relu

III, — INTERPRETATION BIOLOGIQUE

L'organisme Henriette est une algue calcaire du groupe des Siphonées qui, de son vivant, devait incruster ses parois de carbonate de calcium. Le processus même de la calcification devait, à un moment donné, amener la mort des portions les plus anciennes de l’organisme ; sur ces parties basales incrustées, mortes et servant de support, se développaient de nouveaux thalles. Sans cette incrustation simultanée et progressive, impossible de s’expliquer que l’organisme nous ait conservé sa morphologie et sa structure d'ensemble. Quant aux gros tubes si souvent périmés, cette destruction est un phénomène postérieur à l’ensevelissement de l’organisme par la boue marine et donc secon-

daire. \

Un problème se pose naturellement à l'esprit : faut-il voir dans cet ensemble un organisme dont l’évolution nous rendrait compte d’une certaine manière des conditions plus ou moins favorables du milieu dans lequel il aurait vécu — ou de deux manières d’être d’un organisme présentant une allure différente pendant les périodes de reproduction (phase des ampoules) — ou deux organismes, l’hôte et le parasite, vivant parallèlement, le second aux dépens du premier dont il aurait périmé la structure?

La périodicité même avec laquelle alternent les deux textures, liseré blanc à petites vermiculures, représentant des sections de petits tubes très contournés et pelotonnés sur eux-mêmes et formant un tissu très compact — parties brunes à tubes de plus gros diamètre, plus ou moins ondulés, et à structure plus ou moins périmée en raison même du peu de compacité du tissu — m’incite à voir dans ces deux tissus et ces deux textures deux phases de la vie du même organisme : une phase de vie végétative (tubes fins et réguliers) et une phase caractérisée par les phénomènes de reproduction (dilatation des tubes en boyaux variqueux, formation des ampoules).

Il pourra paraître téméraire de chercher à interpréter le rôle et la signification des ampoules. Cette tentative, déjà très délicate sur du matériel frais et vivant, est deux fois malaisée lorsqu'il s’agit de végétaux fossiles. Aussi, sans poser une affirmation absolue, sans vouloir y mettre une précision que les conditions d’observation ne légitimeraient pas, me contenterai-je d’insinuer qu’en les comparant au corps sphérique qui, de toute évidence, appartient au même organisme, je ferais volontiers de ces ampoules des gamètes ou des spores. On sait en effet que les algues présentent assez généralement deux modes de reproduction, une reproduction asexuée et par spores — et une reproduction

RAILS NEA

sexuée par isogamie ou hétérogamie qui se fait par gamètes mâles et femelles dont la fusion donne naissance à une cellule-œuf qui serait, dans le cas présent, le corps sphérique relativement volumineux que j'ai décrit (cf. PL. IV, fig. 13, 14).

Ces ampoules sont-elles de simples spores qui, détachées de l’organisme, attendront des conditions favorables pour germer? Faut-il y voir des gamètes qui, par leur fusion, donneront naissance au corps sphérique que j'ai figuré à la planche IV? J’incline vers la seconde hypothèse sans cependant pouvoir me prononcer avec certitude.

Page 1