I. LE PAYS BOULONNAIS
Quand, de Calais, on se dirige vers Boulogne-sur-mer en suivant
| la voie ferrée, on roule, à partir des dépôts modernes de la plaine maritime flamande, sur des terrains de plus en plus anciens. La surface
du sol s'élève progressivement pour aboutir, en gare de Caffiers, à une ligne de hauteurs constituée par la craie blanche. C’est le Haut-Bou- lonnaïs, qui forme une ceinture continue, et limite au nord, à l’est et. au sud une région déprimée et mamelonnée qu’on est convenu d’appeler le Bas-Boulonnaïs; cette région s'incline légèrement vers l’ouest où elle est limitée par la Manche. Un escarpement d’environ 100 mètres, taillé dans la craie, sépare le Bas-Boulonnais du Haut-Boulonnais; cet escarpement est le vestige d’une ancienne couverture de craie, en forme de voûte anticlinale, qui s’étendait sur tout le pays. L’érosion a entamé ES 1
cette immense calotte, l’a décapée et y a fait naître une boutonnière à travers laquelle on observe les terrains antérieurs à la craie; ces terrains s’étagent en ordre d’ancienneté décroissante du nord au sud.
Le Bas-Boulonnais.
Le Bas-Boulonnais, au point de vue minéralogique, est un pays d'exploitation marbrière et houillère: les marbres font actuellement la richesse de ce petit pays; grâce à la présence de la houille, des recherches profondes ont été effectuées dans cette région et ont contribué à étendre nos connaissances sur la constitution du sous-sol.
On n’y distingua longtemps que deux séries sédimentaires, l’une (jurassique), qui débutait par un calcaire jaune oolithique célèbre dans le pays sous le nom de « Pierre de Marquise », s’étend de Marquise en direction du sud; l’autre (le terrain ancien, infra-oolithique), débutant par un conglomérat et comprenant tout un complexe de schistes, de grès, de calcaires, de dolomies et de houille, s’étend au nord de Marquise entre cette localité et la côte crayeuse de Caffiers qui limite au nord le Bas-Boulonnais.
Situé à mi-chemin entre l’Angleterre et la Belgique, le Bas-Boulonnaiïis devait à la fois pâtir et bénéficier de ce double voisinage. Une étude comparative trop étroite des terrains de même âge connus et étudiés de l’autre côté de la Manche, où le Carbonifère et le Silurien sont séparés par une masse puissante de grès (Old Red Sandstone du Dévonien), entrava les esprits en quête de lumière. Dans ce complexe où «le Calcaire carbonifère et le calcaire de transition ou Silurien étaient, ou confondus, ou mal définis » 1, DE VERNEUIL fut le premier à établir une coupure et à « distinguer dans les formations anciennes du Bas- Boulonnais deux terrains dont la stratification et la nature minéralogique ; ne diffèrent pas, mais qui se séparent entièrement l’un de l’autre par leurs fossiles, savoir, le terrain carbonifère et le terrain de transition supérieur ou système silurien » 2.
DE VERNEUIL basait son argumentation sur un double fait paléontologique. Il faisait remarquer, lors de la réunion extraordinaire de la Société géologique de France à Porrentruy (du 5 au 12 septembre 1838), que si, en Angleterre, où les deux terrains silurien et carbonifère (moun-
1. DE VERNEUIL, — Note sur les terrains anciens du Bas-Boulonnais — Bull, Soc. géol. France, 1" Série, 9, 1837-1838, p. 389. 2. DE VERNEUIL. — loc. cit., p. 395.
tain limestone) sont séparés l’un de l’autre par une puissante masse de grès, il n’y a pas une seule espèce qui passe du système silurien dans le mountain limestone, — en Belgique et en France, où, par contre, les deux calcaires sont presque en contact et ne sont séparés que par quelques assises de grès que l’on ne retrouve pas partout, les espèces carbonifères diffèrent presque toutes des espèces siluriennes, et qu’il n’y a qu'un très petit nombre d’espèces communes.
La lumière devait venir du continent et de la Belgique en particulier. MURCHISON (1840), après une étude comparative détaillée des roches dévoniennes d’Allemagne, de Belgique et du Bas-Boulonnais corroborée par un examen des espèces fossiles de ces différents pays par LONSDALE, arrivait à cette conclusion décisive:
«Il est donc certain que les roches inférieures du Bas-Boulonnaïs sont dévoniennes » à.
Ainsi donc, en 1840, la détermination de l’âge des strates mises à jour dans le Bas-Boulonnais était accomplie, et on reconnaissait du nord au sud la succession suivante:
Sud : Jurassique Calcaire carbonifère Nord : Dévonien (supérieur) #
Laissant de côté les terrains dévonien et jurassique, je m'en tiendrai, pour le détail, au seul Calcaire carbonifère dont les strates fournissent les marbres qui font l’objet de ce travail.