III. — PLACE DE L'ORGANISME DANS LA CLASSIFICATION
Le problème de la classification est assez malaisé à résoudre. Encore qu’il n’y ait que deux groupes de la classification actuelle (Spongiaires et Algues) auxquels l’organisme « Pattes d’Alouettes >» puisse être plus ou moins vraisemblablement rapporté, je ne vois aucun type actuellement connu qui de près ou de loin se rapproche de lui. Des maîtres particulièrement compétents auxquels j’ai exposé mes vues m'ont laissé peu d’espoir quant à l'issue de mes recherches concernant l’un ou l’autre groupe.
J’essaierai néanmoins d’exposer, en manière de synthèse, comment je comprends l’organisme que je viens de décrire et je proposerai la place à lui assigner provisoirement dans la classification du jour.
A. — Les principales caractéristiques organiques.
1. — Ce qui frappe au premier coup d’œil l’observateur c’est l’apparente carence de toute structure cellulaire. L’organisme serait sans doute à base d’albuminoïdes comme tous les organismes animaux et végétaux; mais ici, le cytoplasme et le noyau, au lieu d’être individualisés soùs forme d'unités anatomiques élémentaires (cellules, tubes) seraient diffus sous la forme d’une gelée homogène dans toute l’étendue du thalle mais localement plus dense, en particulier à la périphérie.
71. J’ai longtemps envisagé une troisième hypothèse suivant laquelle ces bâtonnets seraient des coprolithes d’animaux (Vers, petits Céphalopodes...) ayant vécu dans les cavernes de l’organisme «Pattes d’Alouettes» et à ses dépens ; en certains points en effet le thalle semble avoir été rongé. Mais, comment expliquer dans cette hypothèse, d’une part la structure des bâtonnets, d’autre part l’absence constante de tout organisme dans les nombreuses plages à bâtonnets que j'ai pu observer.
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De là les membranes et enveloppes dont la section en lame mince Dee l’aspect de lignes granuleuses noires.
Cette texture du type syncytial est connue chez les Thallophytes (Siphonées et certains groupes de Champignons). Il ne me paraît pas forcé de la rapprocher de la mésoglée des Eponges ; mais, dans ce cas, à moins d'imaginer qu’il s’agisse d’un Myxosponge, le calcaire granuleux fondamental devrait livrer des sections longitudinales et transversales de spicules fibreux ou calcaires.
2. — L’existence d’un système canaliculaire à canaux fins distendus en forme d’ampoules de distance en distance (corbeïilles) militerait en faveur des Eponges.
Mais l’ensemble des faits d'observation qui se reproduisent avec une certaine fréquence semble favoriser davantage l’hypothèse d’une vacuolisation, les vacuoles représentant chez les végétaux un des modes d'expulsion des déchets organiques.
3. — L'absence de toute structure dans les bâtonnets et la carence de tout autre mode de reproduction que la multiplication végétative me paraissent indiquer un végétal de la classe des Thallophytes et d’un type d'organisation primitif.
Me basant sur tout un ensemble de caractères positifs et négatifs, je rapporterai l’organisme « Pattes d’Alouettes » au groupe des Algues et j'en ferai provisoirement un type des « Myxophycées >» sous le nom de Corydopodium Pruvosti 72,
IE me plaît d'exprimer ici ma reconnaissance à M. P. PRUVOST, Professeur de Géologie à la Faculté des Sciences de Lille. Tout ce qui, dans l’énorme matériel remué par moi pour mettre au point l’étude anatomique de cette espèce, a été utilisable et utilisé, je le dois à une bienveillance universellement reconnue et à un esprit de désintéresse- . ment vraiment scientifique dont je tiens à lui rendre hommage.
Genre Corydopodium nov.
Corydopodium Pruvosti nov. sp.
Algue calcaire en forme de buissons largement étalés. Le thalle s’accroît par voie de bourgeonnement ; les bourgeons se développent sur
72. Du grec:6 xopudde, du, l’alouette —6 moûc, modic, la patte.
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le thalle auquel ils restent unis Par une portion rétrécie, pédonculaire, tandis qu’ils évoluent dans leur portion distale qui peut à son tour bourgeonner. Ce thalle, de texture granuleuse, est dépourvu de toute structure cellulaire et creusé de nombreuses vacuoles ; plus dense en surface, il y prend un aspect nettement membraneux. Il devient fréquemment floculent dans ses portions évoluées. Cet organisme se reproduit vraisemblablement par multiplication végétative ou bouturage (grumeaux en forme de bâtonnets). Il peut atteindre une grande envergure (1 m. 20 sur 1 m. 60 et plus).