I. — LES MARBRES DU BOULONNAIS
Sous ce titre « Les Marbres du Boulonnais », j'envisage l’étude, non point de tous les marbres (dévoniens ou carbonifères) qui sont sortis des carrières du Bas-Boulonnais, mais des seuls marbres carbonifères, et, parmi ceux-ci, de ceux aujourd’hui exploités ou qui eurent autrefois leurs jours de célébrité.
Laïissant donc de côté le marbre Stinkal # (Dévonien), le marbre de Caux, le marbre Duhamel, le marbre Delsaux, le marbre Muselet. et d’autres qui n’ont pas eu de lendemain, je m’attacherai à l’étude du marbre Lunel et des variétés du marbre Napoléon. J'y joindrai la des-
18bis. Variété de marbre qu’on tire des carrières de Campan, près de Bagnèresde-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées.
Ces marbres amygdalins, d’un beau vert mêlé de rouge foncé, de gris, de blanc, de rose pâle, étaient connus des Romains. On en a retrouvé des blocs dans les ruines de l’antique Lugdunum Convenarum, détruite en 585. Connus également sous le nom de « vert français» ou «vert campan»> les marbres d’Espiadet ont fourni les colonnes ioniques du péristyle du Grand-Trianon, les vingt-deux magnifiques colonnes qui ornent le Palais-Royal de Berlin, et une partie des matériaux employés pour la décoration de l’Opéra de Paris.
19. Le « marbre Stinkal > est un marbre à fond gris sur lequel se dessinent des taches irrégulières, brun foncé ou noires. Il est d’âge dévonien et fut exploité autrefois aux carrières de Ferques.
Ce terme de stinkal est encore employé aujourd’hui par les gens du pays pour désigner les calcaires compacts qui, par altération superficielle, prennent une patine blanche; il doit correspondre à l’ancien nom «stinkalk », nom apporté, sans doute, par les premiers mineurs flamands, et appliqué à tous les calcaires anciens du pays, qu’on exploite comme marbre ou comme pierre à chaux. (De VERNEUIL, — Note sur les terrains anciens du Bas-Boulonnais. Bull. Soc. géol. Fr., 1° Série, 9, 1837-1838, p. 390).
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cription des marbres Caroline, Henriette et Joinville, autrefois célèbres et dont l'exploitation a cessé il y a quelques années seulement.
BERTRAND dès 1829 signale trente espèces de marbres 2. Ce chiffre pourra paraître prodigieux et exagéré; toutefois, il y a lieu de se rappeler qu'avant la formation des deux sociétés qui assurent aujourd’hui le fonctionnement de cette industrie, le Calcaire carbonifère était travaillé par une pléiade de petits exploitants qui en tiraient la pierre de taille, les carreaux de pavement. Chacun avait son trou qu’il grattait, chacun voulut avoir son marbre. qu’il appela de son nom.
Quelques-uns n’ont existé qu’à l’état d’échantillons-réclame; tel le marbre Desjardins. D’un bloc extrait par lui de la carrière qui porte aujourd'hui encore son nom et qui est abandonnée, M. Desjardins fit faire nombre d’échantillons-réclame qu’il dissémina par manière de propagande. Le marbre était riche de teinte et remarquablement veiné; son succès fut immense et les commandes tombèrent drues. Mais, lorsqu'il se mit en demeure de servir sa clientèle, M. Desjardins fut dans l'impossibilité de le faire. La portion de sa carrière d’où provenait l'échantillon type étant voisine de la faille de Ferques, il est à croire qu’il tomba sur ce qu’on appelle dans le pays «un morceau boulant » dont il ne retrouva plus le pareil.
L'endroit dénommé «les Carriérettes >» est un lambeau témoin de cette phase des petites exploitations. Le sol y est percé comme une écumoire de multiples petits trous qui se rejoignent; on dirait une zone de champ de bataille « marmitée » par les obus.