ET GENITRIX REGIS SUMMI PATRIS ALMA SOPHIA
L'absence de tout nom de marbrier laisse donc supposer que des moines bénédictins, modestes artisans, furent chargés de l'exécution de cette restauration.
La première de ces inscriptions est indentiquement répétée sur le dossier de la cathedra de l'abside. Nous avons, au début de ce livre, cité la chaire de Sainte-Marie
1. La dalle sur laquelle se trouve gravée cette inscription est ornée sur la face opposée d'une grande croix, formée de baguettes entrelacées rappelant tout à fait le genre de décoration de la margelle de puits conservée au cloitre du Latran.
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in Gosmediii comme éiaiit une des ])liis remarquables parmi celles que l'on conserve à Rome. Elle est formée d'un siège antique de marbre blanc à base carrée tout unie, une dalle de porphyre occupe le panneau antérieur, les accoudoirs sont droits mais terminés par deux lions vus de face ; le dossier également droit, sans moulures, est surmonté d'une partie circulaire rapportée, au centre de laquelle un disque de serpentine est environné d'une bande de mosaïque ; l'inscription est gravée tout autour. Alfanus, ayant fait refaire ce dossier, y a placé son nom, à l'imitation d'Anastase, le restaurateur de Saint-Clément.
Deux ambons se font vis-à-vis sur le pavement du chœur. Le plus petit, le pulpitum, est formé de dalles de marbre encastrées dans des pilastres ; par un seul escaher de six marches placé sur le côté, on accède à la plate-forme que protège un parapet à trois faces ; le socle fait saillie et peut servir de banc. Nous remarquerons que le parapet, tables et pilastres, est tout entier construit en brèche violette, tandis que quelques morceaux de marbre blanc se trouvent incrustés dans le socle.
Le grand ambon, également élevé sur un soubassement en saillie où devaient prendre place les membres du bas clergé, présente deux faces à peu près semblables, l'une tournée du côté de la nef principale, l'autre regardant le bas côté ; deux escaliers latéralement placés permettent d'y monter. La façade principale,
composée de grandes dalles de brèche, comprises entre des pilastres de même nature, est décorée d'un panneau central de serpentine encadrée de mosaïques ; le palier, de forme poligonale, est protégé de chaque coté par un parapet à trois faces, composé de dalles de marbre, emboîtées dans d'étroits pilastes ; une cymaise sculptée servant de main courante passe sur le parapet, descend sur les rampants et se retourne le long des pilastres inférieurs. La cuve fait également saillie du côté de la nef latérale pour permettre à l'orateur de s'adresser aux fidèles qui s'y trouvaient rassemblés.
Cet ambon est accompagné d'un candélabre pascal assez maladroitement adapté sur un pilier; mais il est certain que pilier et candélabre sont une adjonction faite à une époque bien postérieure à la construction de l'ambon. Le candélabre est un fût de colonne torse de marbre blanc incrusté de mosaïques, comme nous en rencontrerons de nombreux exemples par la suite, la base est bien moulurée, le chapiteau est assez délicatement sculpté; à côté, couché sur le parapet, un lion vigoureusement modelé, tient dans ses griffes la base du candélabre. Sur le pilier également de marbre blanc, on peut lire l'inscription suivante écrite sur la face en lettres verticalement placées :
VIR-PBVS-E-S^ bOCT PASCALIS RITE VOCAtT: SVmO
cvm SYVt)io côDmiT hvc ceRevm-
Pascal, honiiiie appelé à bon droit vertueux et savant, (lui a fait , ce candélabre avec nn soin extrême.
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Il est bien probable ([iie ce Pascal a du faire d'autres travaux dans l'église. On peut reconnaître en effet dans la façade du petit anibon des traces de restauration indiquée par les morceaux de marbre blanc d'une nature identique à celui du pilier; de plus, les profils et les galbes des moulures sont absolument semblables des deux côtés. Pascal aurait donc restauré les deux ambons. A quelle époque? Il est difficile de le savoir. Cependant, la forme des lettres de l'inscription convient assez aux caractères employés dans l'iconographie de la première moitié du \ui siècle. On doit ajouter que les mosaïques du candélabre, composées d'émaux rouges, noirs et or, attestent une œuvre bien postérieure aux travaux d'Alfanus ; en effet, les mosaïques de la cathedra et du grand ambon ne comportent que du marbre, de la serpentine et du porphyre, telles que nous les rencontrons dans les ouvrages faits à Rome à la fin du \f siècle, ou au début du xn", tandis que l'or et les émaux ne font guère leur apparition avant les premières années du xui'.
Nous ne parlerons pas ici du ciborium du maître autel. Il a subi à la fin du xni" siècle, comme nous le verrons plus tard, une restauration tellement radicale qu'elle a totalement modifié sa forme primitive, et aucun document ne fait connaître, d'une façon certaine, ce qu'il pouvait être au temps d'Alfanus.
Le camérier du pape Gallixte a dû être inhumé dans l'église qu'il s'était plu à embellir, mais son sarcophage a été déplacé et se trouve aujourd'hui sous
le portique (rentrée, contre le mur de face, en avant d'une niche circulaire autrefois couverte de peintures. L'urne, simple coffre carré long, formé de tables de marbre réunies par des pilastres et couronné par une légère cymaise ornée de feuilles sculptées, est surmonté diin dais en forme de fronton, porté par des colonnettes d'angle. Une grande inscription gravée sur la corniche atteste la destination du monument :
VIR PRVS ALFANVS CERNENS . QA CVNCTA PERERIN.HOC SIBI SARCOFAGI VM STAVIT NE TOTVS OBIRET. — FABRICA DELECTAT FOL- LET QVA PENITVS EXTRA. — SED MONET IN- TERIVS QVIA POST HAEC TRISTA RESTANT.
« Alfaiiiis, sachant que tout périt, s'est fait élever à liii-iiième ce sareo])hai;(' pour ne pas disj)arailre eu entier; cette œuvre l)rille et réjouit à l'extérieur, mais après elle avertit ([u'à l'intérieur demeurent ces tristes restes. »
Ce monument, construit pendant la vie d'Alfanus, est de belle allui^e et de haute convenance; celui qui l'a composé et exécuté était bien un maître. Laï([ue ou religieux, cet artiste véritable est évidemment l'auteur et le directeur de tous les travaux faits dans l'église à cette même époque, car les marbres du tombeau sont de même nature que ceux des ambons, les ornements les mêmes, les chapiteaux les mêmes, les profils des moulures identiques, et, tous ces éléments dénotent la même origine, la même inspiration, la même facture. Aussi, pouvons-
Touibcau d'Alfnnus à réalise de Sainte-Marie in GosmeJin. Ronio. — xii" sièch
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nous admettre que l'œuvre entière sortie de la même main, poursuivie sous la même direction entre les années H20et 1 130, est une manifestation bien caractérisée de l'état où se trouvait l'art du marbrier romain vers la première moitié du xn" siècle.
Innocent II, successeur d'Honorius II, se voyant, au bout de quelques années de son pontificat, débarrassé de la présence de l'antipape Anaclet, voulut se concilier définitivement l'esprit turbulent des Romains, et ne craignit pas, malgré les troubles récents, d'entreprendre dans Rome d'importants travaux. Les églises tombées en ruines se relevèrent, Toffice divin y fut célébré avec pompe, et la paix fut consolidée par le second concile général du Latran (1139).
C'est alors qu'Innocent, né au Transtévère, appartenant à une famille dont la tour, comme on disait alors, était située sur le territoire de la paroisse de Sainte- Marie, fait reconstruire entièrement la vieille basilique, un des sanctuaires les plus vénérés du peuple. Non seulement, avec le concours d'architectes et de sculpteurs, il édifie une église toute nouvelle, conçue d'après un plan plus vaste que la précédente ; non seulement il orne le nouveau temple de splendides mosaïques, mais il refait la tribune, le ciborium, les parapets et les clôtures du chœur ainsi que le pavement de la nef. Tout ce magnifique mobilier est demeuré jusqu'à nos jours à ])eu près tel, dans sa forme gêné-
raie, qu'il avait été créé et mis en place par l'architecte d'Innocent; toutefois, de profondes modifications sont survenues à différentes époques dans son ornementation, principalement au moment où le pape Clément VI se disposait à célébrer le jubilé de 1350.
La confession, cependant, n'a pas changé de place et le balda([uin du ciborium actuel est peut-être supporté par les colonnes du ciborium primitif. L'emplacement et la disposition de la tribune et du sanctuaire n'ont pas dû varier; la balustrade du chœur actuel se trouve à la place qu 'occupait autrefois le chancel, mais rien de ce qui existe aujourd'hui ne porte la marque de l'époque d'Innocent IL
La cathedra de marbre blanc qui s'élève sur deux degrés au fond de l'abside aurait-elle été faite de toutes pièces par les marbriers du xii' siècle à l'imitation d'un siège antique? Nous ne le croyons pas. Tout au plus pourrions-nous admettre que le dossier droit, surmonté d'un disque, ait été ajouté à cette époque; et encore, ne comporte-t-il pas ces incrustations de mosaïques chères aux Romains d'alors. Mais il est impossible de méconnaître l'antiquité de la partie antérieure, et surtout des deux accoudoirs reposant sur deux chimères ailées, placées debout sur leurs quatre pieds et dressant leur tête fine aux longues oreilles pointues. C'est là une œuvre vraiment , romaine. Les marbriers d'Innocent, encore fort inhabiles à reproduire une figure d'animal isolé, eussent été incapables de donner à ces monstres élégants la vigueur et la grâce qui les distinguent.
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H lie subsiste rien des importants travaux exécutés à Rome pendant le règne du pape Eugène 111 (1145- 1153); les beaux portiques à colonnes dont il avait orné la façade de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie- Majeure ont disparu pour faire place aux façades actuelles ; et le palais du Vatican, agrandi et fortifié par lui, n'avait pas tardé à être dévasté par les troupes de Barberousse lorsqu'elles s'emparèrent de vive force de la basilique de Saint-Pierre transformée en forteresse.
Mais il existe aux environs de Rome un souvenir encore vivant de cette époque deioi ardente. Le monastère élevé aux Trois-Fontaines par saint Bernard, contemporain du pape Eugène, et placé sous l'invocation des saints Vincent et Anastase, est une basilique à trois nefs, précédée d'un portique dont l'entablement repose sur des colonnes de granit et sur des ])iliers d'angle en briques. Cet édifice bien simple, ne dénotant pas un grand art, reproduisant textuellement le plan des églises plus anciennes, mal éclairé à l'intérieur par de rares et étroites fenêtres, n'a subi aucune modification importante depuis sa fondation malgré les fréquents tremblements de terre auxquels cette partie de la campagne de Rome a été de tous temps soumise ; on peut le prendre comme type des constructions religieuses de cette époque.
Le règne long et glorieux du ])ape Alexandre III (1159-1181) n'est marcpié ])ar aucun travail important; cependant il avait fait élever dans la basilique de
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Saiiite-Marie-Majeure deux ambons de marl)re ornés de porphyre et de mosaïques, semblables de forme à ceux de Saint-Clément. Grégoire XIII les fit enlever et probablement détruire; il n'en existe plus trace aujourd'hui.
Le remarquable ciborium de la l)asilique de Saint- Laurent-hors-les-Murs appartient encore à la série des monuments élevés ou restaurés sous le pontificat d'Eugène III. L'étude que nous allons en faire va nous amener nécessairement à parler de quelques autres monuments du même genre, se rattachant évidemment à l'école des marbriers romains, bien que différents entre eux par la finesse de l'exécution, la richesse de l'ornementation et l'élégance de leurs proportions; tous sont du reste construits d'après les mêmes règles architectoniques.
Ces ciboria, élevés pendant la seconde moitié du xir siècle, ap])artiennent aux égUses des petites villes situées dans l'ancien Latium, au miheu des montagnes de la Sabine, sortes de nids d'aigle perchés sur les sommets des rochers, asiles presque inviolables où les papes venaient fréquemment chercher un refuge contre les envahisseurs ou les fureurs populaires; les églises bénéficièrent de la présence des ponlifes et s'enrichirent de leurs libéralités.
La très importante transformation exécutée en 1220, sous le règne d'Honorius III, à Saint-Laurent-hors-les- Murs, changea complètement l'orientation de la [)asilique construite par Sixte III en la raccordant avec la
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primitive basilique constantinienne à laquelle elle était adossée. Mais ces changements, quelques notables qu'ils fussent, ne firent pas varier rem])lacement de la confession ; le lieu sacré occu|)é par les saintes reliques fut toujours respecté. L'autel et le ciborium s'élèvent donc encore aujourd'hui à la ])lace qu'ils ont toujours occupée. Ce ciborium, plusieurs fois modifié, mais restauré depuis quelques années seulement dans sa forme primitive , est un type ayant servi bien souvent de modèle à d'autres travaux similaires. Quatre belles colonnes de porphyre surmontées de chapiteaux composites, superbes restes de quelque monument antique, supportent une architrave de brèche violette sur laquelle s'élève une rangée de courtes colonnettes formant attique; au-dessus, une ])yramide polygonale à huit faces, reposant elle-même sur un second étage de colonnettes un peu plus petites que les précédentes, se termine par un lanternon également pyramidal; une boule et une croix couronnent l'édifice*.
Sur la face intérieure delapremière architrave, il existe une inscription divisée en deux parties: du côté de la nef, on lit :
>h ANNO.D.M.C.XL. VIII EGO HVGO HVMILIS. ABBS.HOC.OPVS FIERI.FECIT.
Et du côté du chœur:
1. Nous ne donnons pas ici le dessin de ce ciborium; celui de l'église de Ponzano Romano décrit et reproduit plus loin en est une copie textuelle.
►î^ lOHS.PETRVS.ANGELVS.ET.SASSO.
FILII . PAVLI . MARMOR HVI . OPIS . MAGISTRI .
FVERVNT.
Cette inscription est d'un intérêt considérable ; elle donne une date certaine et nous fait connaître une famille de marbriers romains dont Tceuvre n'a certes pas été limitée au seul ciborium de Saint-Laurent. Paulus, le chef de la famille, n'a laissé aucun ouvrage important; cependant, un des autels de l'église de Saint- Ambroise à Ferentino porte une inscri|)tion dans laquelle le nom de Paulus est accompagné du qualificatif
VIR MAGNVS En dehors du ciborium de Saint-Laurent, il n'existe aujourd'hui aucun autre monument sur lequel on puisse lire la signature de ces quatre fils s'honorant d'exercer le même art que leur père. Les épigraphistes des xvn" et xvnr siècles nous ont bien transmis certains renseignements les concernant; ainsi, l'inscription suivante a été relevée par le cardinal Quirini en 1736 sur l'ancien ciborium de l'église Saint-Marc à Rome, avant la restauration importante qui en a transformé l'intérieur: (( Au nom du Seigneur, Maître Gil, prêtre car- (( (Unal (le Saint-Mare, ordonna de faire ce travail pour « la rédemption de son âme dans Vannée du Seigneur (( mille cent cinquante trois par les mains de Jean, (( Pierre, Angélus et Sasso, fils de Paulus. » Malheureusement, ce ciborium a été détruit. On connaît également
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rinscription placée en 1144 par le pape Lucien II sur l'ancien ciborium de la basilique de Sainie-Croix en Jérusalem dont il avait été titulaire:
>ii TEGM. ID HVBALDVS FORE FECIT CAR- DINA. ^ VIR PRVDENS CLEMENS DISCRETIVS
ET SPVA. >h lONES DE PAVLO CVM FRIB