XII" SIÈCLE
La réforme ^grégorienne n'avait pas eu ])Our seul résultat d'encourager à Rome la construction et la restauration des églises. Cette grande influence, se poursuivant pendant le xn" siècle tout entier, s'était fait sentir au dehors. La partie de l'Omhrie, que la vallée du Tibre met si naturellement en communication avec Rome, fut un des centres de cette rénovation architecturale, et, les arts délaissés reprirent dans cette province, à la fin du \i' siècle et pendant le xn' tout entier, un essor tout nouveau. Architectes, maçons, sculpteurs se mettent à l'œuvre, s'adressent aux quelques rares édifices antiques conservés dans le voisinage, et, ne pouvant en tirer, comme à Rome, des dépouilles suffisantes, s'attachent à les étudier et savent y puiser un enseignement. Sous le haut patronage de cette antiquité dévastée, détruite, mais imposant quand même le respect et l'admiration, il se forme en Ombrie une école de marbriers sculpteurs dont les œuvres ont un carac-
IGO LES MAKHKIKHS HUMAINS
tère classique tout particulier et se distinguent nettement de ce que nous avons rencontré k Rome jusqu'ici.
Les nombreuses restaurations d'églises, fondées pour la plupart aux vni' et ix' siècles, mais à peu près abandonnées depuis, fournirent aux architectes ombriens l'occasion d'exécuter de nombreux travaux. Tout naturellement, entre ces villes situées dans la même région, s'établit une sorte d'émulation; on voulut faire d'un coté ce qui s'était fait de l'autre, les communautés, en s'installant dans le pays, apportèrent à cet élan l'appoint de leur établissement, et voulurent rivaliser avec les églises urbaines; aussi, l'école artistique locale, largement alimentée, put vivre sur elle-même et prospérer en ne faisant appel qu'à ses propres forces.
Timide et incertaine au début, l'école ombrienne arrive à son entier développement pendant la seconde moitié du xn' siècle, produisant principalement alors des œuvres de sculpture monumentale et décorative. C'est donc sur les façades des édifices qu'il faut rechercher son souvenir, en s'attachant surtout à l'examen des portes et des fenêtres qu'elle enrichit de gracieux reliefs. Spolète et Foligno furent les principaux centres de cet important mouvement artistique.
Toutefois, il est certain qu'il s'étabht de bonne heure un certain courant d'idées entre les marbriers romains et ceux de l'Ombrie. Favorisé par la nature des travaux aussi bien que par la proximité des lieux, ce courant ne fit qu'augmenter d'intensité, et cette fusion produisit
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(les l'ésuliats importants (jue nous constaterons ])liis tard en étudiant le cloître de l'abhaye de Sassovivo. Des deux cotés, tout était devenu semblable; ce qui se faisait à Rome se faisait également en Ombrie ; ce que les niarbriers romains inventaient était immédiatement reproduit par ceux de Foligno, et, le style adopté des deux parts prit partout le nom d'Opus romanum.
Si les artistes ombriens, à de très rares exceptions près, se sont toujours abstenus d'employer les marbres de couleur et les mosaïques comme système de décoration, on ])eut en trouver la cause dans la pénurie où ils étaient de ce genre de matériaux, n'ayant pas, comme dans les grandes villes et surtout à Rome, la libre disposition des ruines antiques pour y puiser les porphyres, les brèches et les serpentines. Cependant, un marbrier nommé SOLFERNVS exécute et sime en 1207, dans la cathédrale de Spolète, un grand pavement de marbres de couleurs exécuté avec tout le luxe que l'on apportait à Rome aux beaux travaux de VOpiis tessellatum.
Autant qu'il nous a été possible de remonter dans la chronologie artistique du moyen âge, c'est au dôme de Narni qu'il faut aller chercher les premiers débuts de cette période d'activité artistique. Sur la façade principale on voit, encastrée dans la maçonnerie, une pierre portant une inscription dédicatoire avec la date 1 123, de plus, la grande porte ouverte dans cette façade est cou-
ronnée parmi bas-relief représentant des enroulements de rinceaux, assez vigoureusement traités, rappelant un peu le style de la sculpture antique. On peut donc appliquer la date de la réfection de la façade à Texécution delà scul])ture, et prendre celle-ci comme un des premiers spécimens de Tart ombrien.
A la cathédrale de Terni, la porte est également décorée de sculptures du même style, imitation encore malhabile de Tantiquité romaine, mais cherchant déjà à s'en approcher par le dessin et par l'exécution; cette imitation est même tellement fidèle que l'artiste, bien que destinant son œuvre à la décoration d'une église, ne change rien à son modèle et n'ose y introduire la Croix, signe de la rédemption chrétienne. Cette œuvre est contemporaine de la précédente.
Peu d'années après, la ville d'Assise, riche par son commerce avec les cités voisines, voulut édifier une cathédrale au-dessus de la crypte d'une ancienne église datant de 1025 ; l'architecte, Giovanni da Gubbio, auquel on a donné le surnom de Tedesco pour indiquer son origine lombarde, fut chargé, en 1 140, de diriger les travaux. La façade, seul reste à peu près reconnaissablede cette construction, a subi des transformations considérables; il est cependant très probable que la forme et la décoration des portes n'a pas dû varier depuis cette époque. Ce sont trois ouvertures rectangulaires surmontées d'un linteau droit au-dessus duquel un encadrement cintré en arcade, se raccordant avec les pieds-droits,