L'ÉCOLE OMBRIENNE (XII*^ SIÈCLE) IGJ
dégage remplacement d'une lunette ou tym])an. La porte médiane, plus grande que les deux autres, est de plus entourée d'un double encadrement. Les lunettes latérales sont occupées par des bas-reliefs représentant des animaux affrontés buvant dans un vase; celle de la porte principale montre Jésus-Christ, dans une gloire, accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean; personnages et animaux sont d'un dessin imparfait, grotesque même, et d'une exécution absolument primitive. Les champs des encadrements, occupés par des ornements courants où se retrouve la préoccupation d'imiter des modèles antiques, sont couverts de rinceaux, de postes, de grecques, tels qu'on en voit sur beaucoup de monuments de la décadence romaine. La façade de la cathédrale d'Assise est traversée par une galerie formée de petites arcades portées sur des colonnettes accouplées ; au-dessus s'ouvre une grande fenêtre circulaire ornée d'une rosace et accompagnée des symboles évangéliques.
Giovanni passe également pour avoir dirigé à Assise, un peu plus tard, vers 1163, les travaux de l'église de Santa Maria del Vescovado, d'architecture assez semblable à celle de la cathédrale, quoique d'importance notablement moins grande.
Spolète, cette charmante ville fièrement campée sur le flanc d'une haute colline, possède une cathédrale qui nous réserve d'agréables surprises : les encadrements de
IG'i LES MARBRIERS ROMAINS
marbre de la porte principale, pieds-droits, cintre, timpan sont couverts de sculptures d'une élégance de forme, d'une correction de dessin, d'une finesse d'exécution que nous n'avons pas remarquées à Assise; de plus, au sommet de la partie cintrée, la Croix se dresse comme le point de départ d'une ornementation composée de sarments de vigne s'enroulant en rinceaux accompagnés de fleurs et de grappes de raisin ; sur les piedsdroits, quelques tigurines d'enfants et d'oiseaux se jouent au travers des volutes du rinceau. Dans un espace laissé libre, le sculpteur a inscrit son nom : GREGORIUS MELIORANZIO. Cette simature, bien que sans date, est gravée en caractères se rapportant évidemment à l'époque où fut exécutée, selon toute vraisemblance, la décoration générale de la porte, époque qui doit correspondre à la grande restauration de l'église exécutée, vers 111)7, après la dévastation que fit subir à toute la contrée le passage de l'empereur Frédéric Barberousse et de son armée.
Voici donc un sculpteur ombrien du moyen âge, exécutant une œuvre que l'on serait presque, tant elle est délicate et pure dans ses formes, tenté de faire remonter au siècle d'Auguste, et indiquant le premier la tendance générale de l'école. Malheureusement, ce nom de Grégorius Mélioranzio ne se rencontre plus nulle part, et nous n'avons rien pu découvrir qui puisse se rapporter à la personnalité de cet artiste.
Ce style si particulièrement étonnant à rencontrer
L'itCOLE OMBRIENNE (XIP SIl'CLE)
dans un monument de cette épo(jue, cette ornementation si correcte et si gracieuse se retrouve cependant sur un fragment encastré dans le mur de l'escalier du palais municipal de cette môme ville de Spolète. C'est un bas-relief demi-circulaire destiné, selon toute vraisemblance, à occuper la lunette d'une porte d'église, car, sous une arcade à modillons, la Croix,
Tympan d'ijuc porle créglise conservé au Palais municipal à Spolètc.
xiie siècle.
portant à son sommet un crochet, symbole du monogramme du Christ, forme le départ d'un rinceau d'où jaillissent deux branches se développant en larges enroulements terminés, au centre de chaque volute, par une fleur d'espèces différentes. Le tympan circonscrit par cette archivolte est décoré d'un ornement ayant les
mêmes caractères d'élégance et de fermeté. Il y a une telle similitude d'exécution et de conception entre cette sculpture et la précédente, que, malgré l'absence de toute signature, il semble naturel de l'attribuer à Grégorius Mélioranzius.
L'œuvre, peut-être la plus parfaite en ce genre que nous ayons rencontrée à Spolète ou aux environs, se voit sur la façade de l'église Saint-Pierre. Toujours le même motif s'y trouve répété : au-dessus de la porte principale, la Croix forme le point central d'un rinceau de fleurs et de fruits, mais ici les volutes comprennent dans leurs enroulements des ligures d'hommes et d'animaux assez correctement dessinées. D'autres figures et même des scènes complètes ornent certaines autres parties de la façade, mais elles ont une allure lourde et embarrassée qui autorise à croire qu'elles doivent être antérieures aux sculptures de la porte ; en tous cas elles ne sont certainement pas du même artiste.
Ces défauts se remarquent également à Téglise de Saint- Grégoire dont la porte latérale gauche est décorée d'un grand bas-relief représentant une croix à branches égales supportée par deux espèces de lions, et servant de départ à des rinceaux de sarments de vigne. On peut faire aussi les mêmes reproches aux sculptures qui couronnent une des portes latérales de l'église Saint- Ansano.
L'école toute locale dont Spolète était le centre et