‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 28 sur 96 · ANNO DOMINI. M. C.LXXV · texte numérisé non relu

ANNO DOMINI. M. C.LXXV

cette date est donc absolument certaine et permet de contrôler celle que nous avons attribuée au bas-relief signé Melioranzio.

A Saint-Gemini, petit bourg situé dans le voisinage de Narni, une église d'architecture très semblable à celle de Sainte-Marie, et ])robablement contemporaine, est revêtue d'une décoration presque identique. Il faudrait donc constater chez les sculpteurs de l'école de Spolète, à côté d'une grande finesse d'exécution, une certaine impuissance d'invention, une persévérance craintive à s'adresser toujours aux mêmes modèles et

à suivre une route déjà tracée, si nous ne rencontrions sur la porte de l'église de Saint-Dominique à Narni un superbe morceau de sculpture joignant à une exécution magistrale une variété toute nouvelle de composition. On y voit, à coté de belles volutes de rinceaux comprenant quelques petites figures, douze grands disques circulaires contenant les bustes des douze apôtres, et, si ces têtes ne sont pas encore absolument régulières, elles sont exécutées du moins avec un soin tout particulier (pii dénote un grand effort. Une inscription très effacée, malheureusement tout à fait illisible, accompagne, du coté gauche, le pied-droit de la porte.

Il nous faut dire maintenant quelques mois d'un ])etit monument très intéressant, dont l'origine iTa jamais été bien exactement déterminée, bien qu'il ait été étudié ]>ar de nombreux artistes et savants.

Le joli temj)le élevé sur les bords escarpés de la rivière Clitumne, entre Spolète et Trévi, est, à n'en pas douter, un édifice d'architecture romaine : sa forme générale, sa construction, son portique aux colonnes cannelées ou couvertes d'écaillés, la sculpiure des chapiteaux, des anthes et des colonnes, tout en fait foi. L'hypothèse la plus admissible le désigne comme un oratoire sacré élevé, au temps de l'empereur Théodose, à côté d'un ancien relai de poste de la voie Flaminienne. Mais, si le monument est antique, il est non moins certain (jue le motif qui, naguère encore, décorait le fronton

L'ItCOl.E OMIiUIEiNNE (XIP SIÈCLE)

IGO

principal est, de facture médiévale, et appartienià l'école ombrienne'; il présente du reste une remar([uable concordance avec plusieurs de ceux que nous avons déjà décrits. Une grande croix en occupe le centre, formant le départ de rinceaux (pii enroulent gracieusement des fleurs et des fruits variés. Ces ornements sont dessinés avec une telle souplesse, une telle

Fronton du Touii»le de Clituaine près de Spolète. — xu*^ siècle.

ampleur, une telle élégance qu'on ne peut mieux comparer ce bas-relief qu'aux beaux fragments de l'ancien arc de la Paix élevé à Rome sous le règne d'Auguste, fragments conservés au palais Fiano.

Le temple de Clitumne avait trois portiques, l'un, le principal, ne donnait pas accès à l'intérieur de l'édi-

1. Ce bas-relief aujourd'hui déplacé, git à l'intérieur du petit temple.

lîce, la déclivité du terrain est telle de ce coté qu'il avait fallu renoncer à y établir un escalier, et Ton avait fait porter les colonnes sur un mur en terrasse assez élevé. Les deux autres portiques précèdent les portes latérales, quelques marches permettent d'y arriver.

On peut encore lire très distinctement, sur la frise du grand portique, Tinscription :

^ SCS DEVS ANGELORVM QUI FECIT RESURECTIONEM ;

Sur l'un des porti(jues latéraux est gravé :

>h SCS DEVS PROPHETARVM QUI FECIT

redemptionem; et sur Tautre :

>ii SCS DEVS APOSTOLORVM QUI FECIT REMISSIONEM.

Les caractères dont se composent ces inscriptions sont de belles lettres romaines, identiques à celles de la grande inscription du dôme de Foligno datée, comme nous le verrons tout à Theure, de 1133. 11 n'est pas probable que la croix ait été introduite à travers un basrelief romain pour remplacer un fleuron qui en aurait occupé le centre; de plus, l'abréviation SCS, et les invocations au Dieu des Anges, au Dieu des Prophètes et au Dieu des Apôtres, appartiennent exclusivement au

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moyen âge chrétien. On peut donc admettre, avec certitude, qu'inscriptions et bas-relief datent de la menie époque, et, ([ue ce dernier est l'œuvre d'un sculpteur de l'école de Spolète, peut-être même de Melioranzio qui semblerait en être le chef.

Le bas-relief du temple de Clitumne est un ty[)e auquel peuvent être rapportés quehpies autres morceaux de sculpture sortis des mains des marbriers ombriens. On trouve encore un exemple de ce style, dérivé de la belle antiquité, sur la façade d'une très ancienne église élevée auprès de Spolète, en l'honneur du Saint- Sauveur, mais communément appelée 11 Crocificio.

Gomme à Clitumne, l'édifice était à l'origine un temple païen ; trois portes en marbre blanc donnaient accès à l'intérieur, et certainement, celles qui existent encore aujourd'hui ne sont que la reproduction, peut-être même la reconstitution de celles qui faisaient partie de la construction première. L'architrave droite, la frise et la corniche à modillons, soutenue à ses extrémités par de minces consoles, nous reportent bien encore à une époque absolument romaine, mais la sculpture qui orne les frises des trois entablements est évidemment l'œuvre de l'école ombrienne du moyen âge.

Une croix, émergeant d'un fleuron central, sert de point de départ aux enroulements d'un rinceau dont les branches délicates enferment des fleurs largement épanouies; cette frise se termine à ses extrémités par

deux palmetles absolument étrangères au développement du rinceau, ornements que le sculpteur ombrien a maladroitement ajoutés, et qui, certes, n'appartenaient pas au modèle antique qu'il avait pris à tache d'imiter. En dehors de cette critique, on peut admirer sans réserve la finesse du ciseau, la noblesse d'allure, le style si magistral et si i)ur de ces beaux bas-reliefs. Entre la sculpture du temple de Glituinne et celle des portes du Crocificio, il n'y a aucune différence, c'est exactement le même art, la même habile et savante reproduction des beautés d'une grande époque.

MM. Mothes et de Rossi ont cherché à reconstituer le temple de Spolète dans sa forme primitive. Nous sortirions de notre sujet en suivant ces savants dans leur tentative de restitution, mais nous ne devons pas passer sous silence les trois fenêtres ouvertes à la partie supérieure de la façade, entre des pilastres dont on aperçoit encore bien nettement la trace. Deux de ces fenêtres sont rectangulaires et surmontées d'un fronton ; la troisième, celle du milieu, est cintrée en arcade. Les encadrements de ces trois fenêtres rappellent les formes de l'architecture romaine, mais on comprend, à l'examen, que cette tentative d'imitation a été faite par un architecte peu expérimenté ou peu scrupuleux. D'après l'opinion d'un autre savant archéologue, le père Grisar, opinion appuyée d'un grand nombre de preuves, il conviendrait de reporter la construction de ces fenêtres au xii' siècle, en les classant parmi les œuvres

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de l'école des marbriers ombriens dont nous nous occupons.

En remontant la voie Flaminienne au delà du temple du Glitumne, et avant d'arriver à Foligno, on rencontre l'abbaye de Saint-Pieri'e de Bovara dont l'église a conservé, malgré d'importantes restaurations modernes, quelques restes intéressants des décorations originales de sa façade. La lunette de la porte principale est encore occupée par un bas-relief d'une bonne exécution, représentant, comme toujours, des rinceaux de branches de vigne enlaçant de larges fleurs. Le milieu du motif est ici, non pas une croix, mais un double fleuron, et l'on pourrait se croire en présence d'un véritable basrelief antique ajusté sur cette porte, si une inscription qui la domine, ne donnait les indications suivantes :

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