MACRI
Voici donc encore un Petrus. En rapprochant les époques, on peut l'identifier avec celui d'Alba-Fucense et de Saint-Vittorino. Rien ne s'oppose également à ce que l'Andréas de cette inscription ne soit le même que l'Andréas don^t nous avons admiré les travaux à l'église d'Albe ; vingt-cinq ou trente ans au plus séparent les deux ouvrages; le troisième signataire, Henricus, est resté absolument inconnu.
Il est plus difficile d'admettre que ce même marbrier Andréas ait été l'architecte du palais épiscopal élevé sur le flanc de la cathédrale. Gela semble cependant résulter d'une longue inscription gravée à l'un des angles de l'édifice, indiquant la date de M .CC. LXXXIII, et se terminant par les mots :
ANDREAS OPERI PREFECTVS MENTE PERITVS HOC STVDIO FIERI FECIT IN ARTE CITVS.
Si Andréas avait assez de talent, assez d'expérience en son art pour être désigné au chancel d'Alba-Fucense,
vers 1220 ou 1225, sous le titre de Magister Romanus, il est peu probable (pi'il ait eu, à cette époque, moins (Fune trentaine d'années. En 1283, lors de la construction du palais épiscopal de Rieti, Andréas aurait donc atteint l'âge de quatre-vingts ans. Le doute est permis. Cependant, de tels exemples de longévité et d'activité artistiques n'étaient pas rares au moyen âge, et nous ne connaissons aucun autre artiste du même nom auquel auraient pu s'adresser les expressions louangeuses àlwmme à Vesprit habile et de directeur des travaux. Quelques mots compris dans le corps de l'inscription viennent apporter un témoignage de plus en faveur de cette opinion. On lit en effet:
TVM PISANI SIC OPVS INCIPITVR
Cette phrase indiquerait que Jean de Pise ou son fils Nicolas, alors dans toute leur gloire, avaient été appelés, ensemble ou séparément, à donner les plans du palais épiscopal de Rieti, peut-être même à diriger le commencement des travaux, et que, forcés de s'éloigner, le vieil Andréas aurait été, après leur départ, chargé de les achever. Les faits s'accordent du reste parfaitement avec cette supposition. Le style de l'architecture du palais est en effet plutôt toscan, c'est-à-dire gothique, que romain; et l'on sait que Nicolas de Pise fut appelé par Charles d'Anjou, en 1269, pour construire une église et un monastère à Tagliacozzo, dans le voisinage
de Rieti, en mémoire de la victoire qu'il venait de remporter sur Gonradin.
Les Pisans pouvaient donc avoir assisté au début des travaux de Rieti, vers 1270, tandis qu'en 1283, ils avaient quitté le pays, appelés à Na|)les sur l'ordre du roi pour construire le château neuf qui domine la ville.
Les inscriptions assez nombreuses de Rieti font connaître un autre architecte du nom d'Andela, probablement religieux, qui, en 1255, aurait dirigé la translation d'un couvent de cisterciens, reconstruit dans la montagne pour éviter l'insalubrité de la plaine.
D'autres artistes encore ont certainement travaillé dans ces mêmes contrées, car ils devaient être nombreux les constructeurs de cette époque. Sous l'influence religieuse alors prédominante, le xni" siècle tout entier fut un temps de grande expansion ; chacun voulait affirmer sa foi, offrait une partie de sa fortune pour l'édification de quelque église ou chapelle, et, sous la haute influence de saint François, de saint Dominique et de saint Antoine, les monastères sortaient nombreux de cette terre où s'étaient accomplis des miracles. La plupart des artistes chargés d'exécuter ou de diriger ces travaux sont restés inconnus ; cependant, d'activés recherches nous ont permis de découvrir les noms de quelques-uns.
A peu de distance de Foligno s'élève une ancienne église, Saint-Giovanni Profiamma, dont la façade et la confession sont restées à peu près telles que les avaient
édifiées les premiers constructeurs. Jacobili fait remonter la fondation ou la consécration de cette église à l'année 1231 en s'appuyant sur une inscription, aujourd'hui détruite, mais relevée par lui sur place, indiquant l'année du Seigneur A. D.M .CC.XXXI . et le tem])s du pape Grégoire IX. La façade est ornée de sculi)tures variées parmi lesquelles, au milieu de rinceaux de feuillage, se détachent quelques figures intéressantes; ainsi, au pilier de droite de la porte on voit un enfant assis sur un dragon offrant un livre à un autre dragon, et, de l'autre côté, un évéque mitre, la crosse en main, tenant un livre ouvert sur lequel on peut lire : PAX . VO . BIS . A droite de l'évéque, l'auteur a signé en lettres placées verticalement :
FELIPO ME FECIT.
Sans trop nous éloigner de Foligno, centre artistique du pays, faisons au sujet de Fehpo une excursion jusqu'à Ancone.
La cathédrale, dédiée à Saint-Giriaque, premier évêque du diocèse, domine du haut de son rocher la ville, le port, la contrée voisine et la mer Adriatique qui s'étend à ses pieds. Get emplacement, digne d'une acropole antique, était autrefois occupé par un temple de Vénus. La fondation de l'église chrétienne remonte, croit-on, au xi^ siècle; aucune date certaine, provenant d'une charte ou d'une inscription, ne confirme cepen-
23'i LES MARBRIERS ROMAINS
clant cette tradition, mais rien dans l'aspect du monument ne s'oppose non plus à ce qu'elle puisse être acceptée; peut-être conviendrait-il mieux, selon nous, de rattacher cet édifice au siècle suivant. Le ])lan général reproduit presque exactement la forme d'une croix grecque régulière, à quatre bras égaux, dont trois sont terminés par des absides demi-circulaires apparentes à l'extérieur, tandis que le quatrième s'ouvre dans son milieu par une baie qui sert d'entrée principale. Les charpentes, fort simples dans leurs combinaisons, sont apparentes; les murs se développent dans une parfaite nudité au-dessus d'arcades supportées par des colonnes de marbres antiques variées de modules et de proportions différentes. Au point central, une coupole duodécagone surélevée par un tambour également à douze faces, est supportée par quatre grands arcs retombant sur quatre piliers carrés cantonnés de demi-colonnes. Les absides des bras latéraux sont occupées par des chœurs exhaussés permettant la construction de cryptes auxquelles on accède par des escaliers intérieurs.
Que la basilique date du \f ou du xn' siècle, il ne s'en est pas moins écoulé un temps considérable entre la transformation ou la démolition du temple de Vénus et l'édification de l'église actuelle. Que s'était-il passé pendant ces cinq ou six siècles? Gela est bien difficile à dire, mais il est certain qu'aux vni" et au ix' siècles, il existait à cette même place une église dont on retrouve encore de nombreux souvenirs.
ÉPOQUE ROMAINE (XllT SIÈCLE)
Il faut citer, tout d'abord, les colonnes de marbre, qui, si elles ont appartenu au temple païen, ont dû certainement servir de principal élément constitutif à l'agencement de la })rimitiYe église chrétienne. Elles sont surmontées de cha])iteaux présentant tous, (pioi([ue sous des formes différentes, les princi])aux caractères de la sculpture byzantine ; (juelques-uns même sont ornés de feuillage d'olivier délicatement ajouré, comme nous en avons trouvé des exemples à Rome et à Milan dans les œuvres des sculi)teurs grecs du \i siècle. De plus, dans la crypte située sous le bras droit du transei)t, on voit encore de nombreux fragments, réunis en une sorte de musée, parmi lesquels on distingue des morceaux d'arcs de ciborium en marbre ornés de dessins mixtilignes de baguettes de joncs entrelacées, tels que nous les avons signalés comme étant d'un emploi général au \ni et au ix" siècle.
Il est donc bien certain qu'une première église a succédé au temple antique, en lui empruntant une partie de ses richesses, et qu'elle fut })Ourvue plus tard d'un mobilier presbytéral. Cet édilice a dû être ruiné ou en partie détruit par les Sarrazins ([ui, vers le milieu du ix" siècle, occupèrent et dévastèrent tout le pays.
Dans le musée lapidaire, installé comme nous venons de le dire dans la crypte de l'aile droite, se trouve un bas-relief demi-circulaire en marbre , représentant Jésus-Christ vu debout, à mi-corps, placé entre le Bœuf et le Lion symboliques (pii tiennent tous deux un livre
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ouvert. Cet intéressant morceau ayant du appartenir à un ensemble plus complet, occupait probablement la lunette d'une porte, ou servait d'ornement à une face d'autel. Quoi qu'il en soit de la destination première de ce fragment, sa décoration est encore bien naïve et ne donne pas une haute opinion du talent du sculpteur: le corps du Christ est court et trapu, les j)lis du vêtement sont lourds, les traits du visage, bien que dissimulés par de longs cheveux et une barbe épaisse, sont barbares et. presque repoussants; les animaux, à défaut de noblesse, i)rennent une allure terrible. Mais ce qui accroît singulièrement l'intérêt de ce marbre, c'est l'inscription en lettres lombardes dont il est gravé, à la suite de laquelle est nettement indiquée l'année M.CCXXIII. Plus bas, adroite du Christ, on lit distinctement les mots: