MAGISTER . FELIPPO . ME . FECIT
En rapprochant ce bas-relief des sculptures de Saint- Giovanni Prolîamma, on \ reconnaît les mêmes défauts, la même ignorance de la forme humaine et l'on y retrouve aussi, sous des dates très rapprochées l'une de l'autre, la même signature, gravée avec les mêmes caractères lombards. Le titre de magister qui précède ici le nom du marbrier ne ])eut changer l'identité des deux inscriptions. FeKpo d'Ancone et Felipo de Saint-Giovanni sont donc un seul et même personnage.
Nous ne quitterons ])as la cathédrale d'Ancone sans ])arler du beau porche en saillie sur hi façade ])rinci|)ale. 11 se fait surtout remarquer ])ar l'ampleur et la convenance de ses proportions, ])ar la ])rofondeur de sa voussure, abritée sous une toiture à deux versants, et portée par deux colonnes de granité rose s'appuyant sur les reins de lions de grande allure. Si l'on en croit Vasari, le florentin Margaritone d'Arezzo, a])rès avoir été peintre dans sa jeunesse, sculpteur dans son âge mûr, devenu architecte dans sa vieillesse, aurait donné le dessin de ce portail en môme temps qu'il construisait le palais du gouverneur dont il sculpta lui-même les fenêtres, comme en témoigne une inscription un peu effacée, mais dans laquelle on distingue encore son nom avec la date 1270.
De la même époque doit dater le chancel de marbre blanc placé en avant du chœur élevé du côté droit du transept. Cette balustrade est formée de panneaux assemblés dans d'étroits pilastres qui les séparent, et porte sur une haute doucine ornée. Chaque panneau renferme un sujet enlevé à plat sur le fond surbaissé : tantôt ce sont deux personnages formant un groupe, tantôt des paons affrontés se dressent sur les parois d'un vase au long col, ou bien des fleurs s'échappent en jets symétriques de chaque côté d'une coupe, motifs empruntés à l'art du viii" siècle, dont la basilique devait offrir encore à cette époque denombreuxmodèles, mais traités ici avec un fini plus délicat et une souplesse de
coinposition que n'avaient ])as connus les siècles précédents. La doucine est ornée d'une remarquable série de palmettes alternées en raies-de-cœur, telle que nous la trouverons au cliancel de Givita-Castellana, telle surtout qu'elle se voit encore à la corniche du temple de Jupiter Stator au Forum romain.
Felipo et Andela appartenaient donc à l'école de Foligno, école florissante, comme nous l'avons vu, à la fin du \u siècle, mais dont l'activité s'était toujours dépensée dans un rayon restreint autour de son centre.
Le nom de Vassaletus, nom célèbre dans l'histoire des marbriers romains, apparaît avec le xnf siècle. Deux générations de marbriers l'ont fait connaître, et, si le fils l'a illustré au point d'éclipser de beaucoup la modeste renommée du père, si les œuvres de ce dernier ont presque totalement disparu, nous pouvons tout au moins constater encore son existence.
Une pierre encastrée dans la façade de l'église de Ferentino porte l'inscription : PETRVS BASSALETVS, avec la date 1185. Une signature à peu près semblable existe à léglise des Saints- Apôtres à Anagni, on y trouve le nom BASSALETUS, sans prénoms et sans date, gravé sur le socle dim lion de marbre blanc placé en dehors du portique, seul reste d'un ouvrage plus important sans doute que l'on est en droit d'attribuer à ce premier Vassaletus. Un ancien manuscrit relatif aux
travaux exécutés dans la l)asili(|ue(le Segni, détruite en 1626, indique une œuvre d'un marbrier PETRUS BAS- SALETVS avec la date 1186. Mais là s'arrêtent nos informations, aucun document écrit ou gravé ne nous fournit plus de renseignements sur la personnalité ou l'œuvre de cet artiste.
A l'exception du beau cloître du Latran, sur lequel nous reviendrons avec quelques détails, travail qui a porté si haut la gloire du second Vassaletus, très peu des œuvres sorties des mains de cet illustre marbrier sont parvenues jusqu'à nous. A Rome, on ne trouve absolument rien; ce serait à croire qu'après avoir donné la mesure de son talent, Vassaletus était tombé dans une disgrâce complète, ou que, pour une cause quelconque, il avait quitté Rome, si Ciampini ne nous faisait savoir, dans sa description très détaillée de l'ancienne basilique de Saint-Pierre, que l'un des ambons, détruit à l'époque de la reconstruction, portait l'inscription': Hoc opus ex aiiro iritris Laurentms egit — Cum Jacopo nati sculpsit simitl atque peregit — Opus magistri Vassaleti quod ipse fecit, Ciampini ne décrit pas cet ambon, mais il est certain que ce devait être un monument important puisque l'inscription donne les noms du mosaïste et du sculpteur travaillant sous les ordres du maître marbrier. En tout cas, Vassaletus a dû faire appel à tous ses moyens, déployer tout son talent pour mener à bien un travail sur