‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 53 sur 96 · OCTVAGENO SEXTO DECESSIT HIC PRIMA · texte numérisé non relu

OCTVAGENO SEXTO DECESSIT HIC PRIMA

LVCE NOVEMBRIS.

date correspondant aux kalendes du mois de novembre de Tannée 1^280.

Ce beau travail ne porte aucune signature et nous ne pouvons décider à quel maître l'attribuer; mais, quel ([u'ait été cet artiste, c'était sans contredit un fervent adepte de la pure école romaine, car rien ne fait pressentir dans son œuvre l'apparition i)rochaine des nouveaux enseignements de l'école pisane ou tlorentine, et, rien n'indique également leur influence déjà active.

Cependant, la perfection du modelé, la haute conve-

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nancc do tous les ajustements, riiannoiiie générale de l'ensemble et certaines finesses de détails nous engagent à reporter l'exécution de ce sarcophage à quelques années après la mort d'Anchero: nous la placerons volontiers à la même épo([ue que celle du tombeau de Boniface VllI, avec lecpiel celui-ci a, du reste, une telle ressemblance ({ue les deux ouvrages paraissent avoii' été conçus [)ar le môme esprit, sinon exécutés [)ar la même main.

Pénétrer dans les cryptes de Saint-Pierre, r[ue Ton appelait autrefois Grottae vaHcanae, est devenu maintenant une entreprise bien difficile à réaliser. Rome ayant été, il y a peu d'années, le théâtre d'attentats sacrilèges, le Saint-Père Léon XIII, dans la crainte que quelque main barbare ne vienne à profaner ou à détruire les saintes reli([ues déposées dans le sanctuaire de l'antique basilique, a complètement interdit l'accès des galeries basses qui contournent et avoisinent la confession. C'est donc par une faveur toute spéciale que nous avons pu descendre dans ces sombres souterrains, dernier lieu d'asile de tant de papes; et là, à la lueur des torches, est apparu à nos yeux étonnés ce merveilleux musée delà mort: depuis les immenses coffres monolithes des siècles barbares, jusqu'aux urnes de moindre dimension mais revêtues des délicats ornements de l'époque de la Renaissance ; depuis le superbe sarcophage antique de granit rouge destiné à contenir les restes d'un empereur et servant de sépulture au pape Adrien IV, jus-

qu'aux compositions d'un style si élevé dues au ciseau de Mino de Fiesole, exécutées à la fin du xv' siècle pour le mausolée du pape Paul II; depuis le tombeau de Junius Bassus, si superbement décoré de bas-reliefs (393) jusqu'à la balustrade supérieure de l'ancien ambon, jusqu'aux bustes de Boniface VIII et de Benoît XII; depuis les belles mosaïques du i\^^ siècle, ayant appar- . tenu au tombeau de l'empereur Otbon II, jusqu'aux triptyques peints par Giotto: tout est symétriquement rangé sous des voûtes basses, auprès de murailles qui s'en vont se perdant dans les ténèbres de ces ])rofondeurs.

Parmi ces souvenirs d'exislences disparues et ces monuments d'art en partie détruits, il en est un qui nous a surtout frappé par ses relations intimes avec l'école des marbriers romains.

Le pape Paul V, au commencement du xvn' siècle, lit transporter dans une chapelle dédiée à sainte Marie du Portique, à l'extrémité méridionale des souterrains, une statue de saint Pierre, statue fort ancienne, célèbre au moyen âge, placée autrefois dans le grand atrium de la basilique primitive, entre les colonnes du portique, vis-à-vis la porte d'entrée principale.

Ce marbre, d'origine romaine de la bonne époque, devait représenter un personnage consulaire; on lui refit une tête barbue et chevelue conforme à ce que la tradition faisait connaître des traits de l'apôtre, la main droite fut élevée pour bénir, dans la main gauche on

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plaça deux clefs. Malgré ces adjonctions ou ces modifications, la figure n'en a pas moins conservé son caractère anti(|ue : les plis de la toge sont abondants, souples et drapés avec élégance; les ])ieds sont chaussés de

Trône et statue de Saint-Pierre. — Grottes Vaticanes. Basilique de Saint-Pierre. — Rome.

calcei patricii réservés aux seuls sénateurs d'après les coutumes romaines ; le mouvement du cor|)s est naturel, bien différent en cela du Saint-Pierre de bronze que

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l'on voit aujourd'hui dans la basilique et dont le caractère principal est une raideur toute byzantine.

Le personnage est assis sur un siège de marbre dont le dossier est relevé par un arc ogival trilobé surmonté d'un fronton. De chaque coté, deux colonnettes, à cannelures droites ou torses, mais incrustées de mosaïque d'émail à fond d'or, différentes de galbe, de grandeur, encore variées par la forme et le dessin de leur chapiteau, supportent un fronton à crossettes dont le tympan est occu])é ])ar une rosace, s'enlevant sur un chamj) de mosaïque. Entre les colonnes, des figures d'anges sont placées sur de ])etits socles. Cet assemblage de fragments et de motifs absolument étrangers repose sur une grande plate-forme ornée, sur les cotés, d'un entrelacs en mosaïque d'émail et protégée sur la face antéiûeure par deux lions couchés sur une première marche.

D'après Lorenzo Dionisio, tous ces fragments proviendraient du tombeau du pai)e Urbain Al mort en 1389 et inhumé dans Tancienne basili(pie'. Nous admettrons cette indication en ce qui touche les statues d'anges, peut-être est-elle également applicable aux frontons, mais les colonnettes apparaissent comme un travail de beaucoup antérieur, et, pourraient bien avoir appartenu à quelque ancien ambon ou ciborium démoli, tel que celui dont Vassaletus avait été Tauteur. Quant

I. Philippus Laiireiilius Dionysius, Sacrorum Valicanac Basilicae cryploriun monumenla. Rome 1827.

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à la grande ])late-foi'nic ineriisire de inosaï([ues ei de disques de por|)liyre, accompagnée de ses deux lions de facture si grossière, d'aspecLsi difforme, de tournure si archaïque, on peut, croyons-nous, en faire remonter l'exécution aux premières années du xni' siècle, elle présente tous les caractères delà marbrerie romaine de cette époque.

Nous ravonsdéjàconstaté, en prenant divers exemples, les restaurateurs d'églises aux xvf et \vn^ siècles croyaient bien faire en juxtaposant, pour les em|)loyer à nouveau, des fragments de meubles anciens brisés ou abandonnés. Leur bonne volonté n'était pas dirigée par un esprit éclectique bien châtié, aussi rapprochaient-ils souvent des éléments assez disparates. Il n'en est pas moins vrai que, grâce à eux, il s'est conservé dans beaucoup d'endroits, comme à l'Ara Gœli, comme aux Saints-Nérée et Achillée, comme à Saint-Gésaire, comme à Sainte-Sabine, d'intéressants échantillons de la marbrerie romaine. C'est avec cette même pensée qu'ont été réunis autour de la statue de saint Pierre ([uelques-uns des morceaux les plus précieux du mobilier de l'ancienne basilique; grâce au génie décoratif inné chez tous les Italiens, les architectes de la basilique nouvelle les auront disposés pour former l'espèce de trône monumental sur lequel elle repose.

Après la mort de l^enoît XI, survenue peu après celle de Boniface YIII, la papauté abandonne le territoire

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italien. Trois quarts de siècle vont s'écouler pendant lesquels Rome, livrée aux tril)uns, n'aura pas un regard pour ses monuments, pas un encouragement ])Our ses artistes. Alors, un fait d'une extrême importance s'accomplit: le centre du mouvement artistique dû à l'initiative des Pisans se déplace et se trouve transporté à Florence, qui hérite de la force créatrice de sa rivale. Pise, abaissée par la chute de la maison de Souabe, trahie par le tyran Ugolin, d'atroce mémoire, fut vaincue à la bataille navale de Meliora par les Génois qui détruisirent sa marine et comblèrent les bouches de l'Arno. Ruiuée, découragée, la ré]>ubli(pie de Pise était devenue troj) pauvre ])Our fournir aux héritiers du grand Nicolas et aux disci{)les de son école des travaux dignes de leur génie.

Rome ne conservait plus que le prestige de son nom, le souvenir de sa renommée. Pétrarque ])Ouvait à bon droit se lamenter de voir: « tant de monuments imposants livrés à la rapacité des nobles pour s'en servir comme d'une carrière ou pour vendre les matériaux »; et Pogge, qui bien que vivant au xv' siècle donne une description très minutieuse de la Rome du xiv', peut écrire: u Le Forum est entouré de palissades, on y plante des légumes ; les pourceaux et les bœufs vont y paître. Les monuments publics et privés que l'on avait construits pour l'éternité gisent à terre et l'on dirait, en voyant leurs débris, les membres épars d'un géant redoutable. »

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