V.POQVK ROMANO-OOTIIIQUR (XIIl' S1ËCLI
La vie de la cité s'était concentrée autour du Capitole ; les aqueducs ayant été rompus, les Romains étaient forcés de vivi^e aux bords du ïibre entre le Ghetto et le Campo di Fiore qui marquait au nord la limite de la région habitée. Le reste du terrain qu'environnait l'enceinte fortifiée était occupé ])ar des plantations, des vignes et quelques habitations seigneuriales entourées de défenses.
La population pouvait encore s'élever sous Innocent III à trente-cinq mille âmes environ, mais vers la lin du \iu et au commencement du xiv' siècle surtout, elle décrut rapidement par suite des maladies et des absences; en 1377, sous le pontificat de Grégoire XI, elle n'est plus que de dix-sept mille habitants ; chiffre inouï si on se rapporte à la splendeur d'autrefois.
Les églises étaient désertes, car, depuis le départ des papes, la misère avait chassé les prêtres chargés de les desservir. Sur trois cents que renfermait Rome au temps bien rap])roclié de Boniface VIII, ([uarantequatre étaient complètement abandonnées ou gisaient à terre; celle des Saints-Nérée et Achillée menaçait de s'écouler et celle de Saint-Alexis n'avait plus de toiture.
Les Romains, qui avaient conquis le monde, étaient à peine maîtres à l'intérieur de leurs murailles; Viterbe, Velletri, Corneto, Tivoli, et bien d'autres villes comprises dans le domaine des pa])es étaient passées aux mains des barons et luttaient avec Rome.
Alors, et comme l'on fait à la mémoire d'un ami respecté, Giotto, le grand initiateur, l'inspirateur des dernières œuvres des marbriers romains, leur rend dans sa patrie un suprême et dernier hommage; ses fresques, soit à Florence, soit à Assise, sont pleines de colonnes torses, de frontons, de frises, et d'une foule d'ornements empruntés à l'art des marbriers; souvent même, il reproduit les mosaïques stelliformes, les porphyres et les brèches, et perpétue ainsi au delà des limites de son existence cet art disparu au moment où il atteignait le faîte de sa grandeur.
Il nous reste à constater que, vers la (in du \iu siècle, la grande école des marl)riers romains, dépassant les limites de son territoire naturel, avait étendu son influence jusqu'en des contrées éloignées.
En Angleterre, nous en trouvons des traces manifestes. A cette époque un certain Petrus civis Romanus avait été appelé à Londres pour ériger un monument destiné à recevoir les restes d'Edouard le Confesseur : l'inscription comprend la signature du maître avec la date 12(39. Une autre inscription détruite, mais dont le texte est conservé dans une description de Taljbaye de Westminster datant duxv' siècle, manuscrit appartenant au British Muséum, atteste que le tombeau d'Edouard le Confesseur futbien exécuté en cette année par Petrus : Flor opus cstfacium quod Petnis duxit in actum RomanuH civis. Peu de temps après, en 1281, un autre tombeau de
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style identique, destiné au roi Henri III, est élevé dans l'église de Westminster. Quelques années plus tard, la fille de ce monarque est inhumée dans un sarcophage conçu d'après les mêmes données. De ])lus, les pavements des cathédrales de Londres et de Cantorbery sont l'œuvre d'un autre marbrier nommé Odericus, à l'imitation de ceux des églises de Rome, avec des marbres de différentes couleurs, reproduisant exactement les dessins et les divisions de VOpus tesscllatum. Tertius Henricus rex Urbs. Odericus et abbas hos composuere porphireos lapides.
On peut expliquer cette migration de l'art romain en se rappelant que le monastère bénédictin de Saint-Paulhors-les-Murs recevait des élèves dont quelques-uns venaient de l'étranger, notamment de l'Angleterre et de l'Irlande, et, que l'abbaye tout entière fut pendant longtemps placée sous le protectorat des souverains anglais, comme l'attestent les armoiries d'Angleterre conservées en plusieurs endroits du monastère. Mais il est un fait plus particulier, et qui donne une explication toute naturelle de cette exportation de l'art romain. Richard de Ware s'était rendu à Rome, en 1258, après son élection à la charge d'abbé de Westminster, et y était retourné en 1267. Ware mourut en 1283 et son épitaphe dit : hic portai lapides quos hue portavit ab Urbe ; indication précise que les marbres et les mosaïques employés à la basilique de Westminster venaient de Rome.
Ainsi l'art romain avait au dehors, sinon des imitateurs, au moins des admirateurs faisant appel à ses disciples eux-mêmes; mais ces exemples sont rares, et constituent une véritable exception. C'est à Rome, et dans les états romains, que l'art du marbrier, architecte et sculpteur, a pris naissance, s'est développé, et, c'est là qu'il est mort après avoir été abandonné de la papauté, sa haute et naturelle protectrice.
Tympan. - Cloître d(^ Saiiil-Jean-de-Lalran. — xiii'' siècle.