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II

Tombeau du diacre Etienne de Sourdis. — Église de Sainte-Balbine à Rome.

xm" siècle.

Un dais en forme de ciborium devait très probablement surmonter le tombeau, et, bien qu'il n'en

existe plus aujourd'hui aucun vestige, nous pouvons le croire disparu à la suite des travaux de restauration exécutés dans l'église ; il est facile du reste de se le figurer exactement semblable à ceux que Jean avait précédemment édifiés.

Après avoir épuisé la liste des œuvres ayant une origine certaine, nous ])lacerons en première ligne des ouvrages attribués à Jean Gosmati, le tombeau du cardinal Mathieu d'Aquasparta, évéque de Porto, l'ami particulier de Boniface VIII, son légat, son général en chef, celui auquel il confia le commandement de l'armée destinée à combattre les Colonna révoltés. Aquasparta mourut en 1300 et fut inhumé dans l'église de Sainte-Marie in Ara Cœli. Le monument est absolument semblable à ceux de Guillaume Durand et de Gonzalvo Rodriguez, rien n'y manque, le sarcophage orné des écussons de la famille, le lit drapé sur lequel repose la statue couchée revêtue d'un somptueux costume, l'alcôve servant de fond , les deux anges gardiens, et de plus, le tableau votif avec même ordonnance. Ici la Sainte- Vierge, tenant l'Enfant Jésus, reçoit les hommages de saint Dominique et de saint Mathieu, et, la figurine agenouillée représente le cardinal ; seulement, ce tableau est peint à fresque sur le mur, tandis que les autres sont incrustés en mosaïque.

Le sarcophage est surmonté, comme toujours, d'un dais gothirjue comprenant un arc ogival trilobé, des

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tympans décorés de mosaïques et un fronton à crossettes porté en avant sur deux colonnes qui évidemment ont été ajoutées postérieurement. Il est fâcheux que le restaurateur d'alors, ne s'en tenant pas à ce travail de consolidation, ait cru devoir inscrire au-dessus du tableau, dans l'arcade ogivale, un arc en plein cintre raccourcissant l'espace et écrasant absolument les ()ersonnages ; le segment ainsi obtenu est orné de décoration en mosaïques et d'une tête de Christ bénissant.

Si l'absence de signature ])eut laisser supposer que Jean n'est [)as l'auteur de ce tombeau, il faut admettre chez le maître marbrier quel qu'il soit, auquel on voudra l'attribuer, une tendance bien extraordinaire à copier servilement ceux que le fils de Gosme avait exécutés précédemment. Au reste, par la facture, par le style des sculptures, ce monument se rapproche étonnamment de celui de Guillaume Durand; s'il n'a pas toutes les qualités du mausolée de Rodriguez, il est facile d'admettre cependant que cette œuvre est sortie de Tatelier des Gosmati et qu'elle a été faite sous la direction de Jean qui en était alors le chef. A cette époque, cet artiste surchargé de travaux, devant exécuter, presque en même temps, plusieurs ouvrages du même genre, tous de grande importance, s'est vraisemblablement servi d'un type unique, satisfaisant pleinement aux conditions du programme qui lui était imposé, mais le temps a dû lui man(pier pour imprimer à chacun d'eux un caractère particulier et original ; de

là, cette similitude absolue dans l'ensemble et ces quelques différences dans les détails.

On a voulu, nous l'avons déjà dit, atiribuer à Jean Cosmati, ce grand constructeur de tombeaux, le monument funéraire de la famille Gaëtani à Anagni. Quelques auteurs, Boïto entre autres, l'ont pensé, sans invocjuer toutefois, à rapi)ui de leur dire, d'autres preuves qu'une certaine analogie dans la forme générale. Nous ne partageons pas cette opinion. Rien, selon nous, dans le sarcophage d'Anagni n'indique positivement la facture du tils de Cosme, pas même le baldaquin ogival dont il est surmonté, et qui était, à la tin du xin' siècle, d'un usage tellement ré|)andu ([ne nous ne pouvons y voir un indice suflisant à une attribution particulière.

Nous ne saurions être aussi affîrmatifs en face d'un monument très important et bien intéressant, situé dans l'église des dominicains àOrvieto. Beaucoup d'historiens dignes de foi s'accordent à indiquer un artiste du nom de Jean ou Giovanni, comme ayant exécuté le tombeau du cardinal Guillaume de Bray*. Cette attribution se base-t-elle sur une légende ou sur une tradition historique? Nous ne saurions le dire. En tous cas, si elle est exacte, il en faudrait conclure que ce Giovanni

1. Guillaume de Bray ou Braio était français, savant théologien, érudit, littérateur, il avait été archevêque de Reims avant d'être créé cardinal de Saint-Marc par Urhain IV, en 1263. Retenu par des charges importantes à la cour pontificale, il mourut à Orvieto en 1282, le troisième jour des calendes de mai.

Tombeau du cardinal Guillaume de

à Urvielo. - xiii*^ siècle

pray. - Église de Saint-Douiinique

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aurait été chargé d'interpréter les dessins et les plans fournis par Arnolfo di Canibio, puiscjue le monument porte gravé sur le marbie, à. la suite d'une longue inscription, le signature :

HOC OPVS FECIT ARNOLPHVS.

Ce Jean ne peut être Jean de Pise, qui, arrivé à cette éporpie, (le cardinal mourut en 1282) à l'apogée de son talent et de sa renommée, n'aurait pas accepté une situation relativement inférieure vis-à-vis d'un de ses condisciples. 11 faut donc reporter à Jean Cosmati l'honneur d'avoir été dans cette circonstance le collaborateur de l'éminent architecte florentin.

Au-dessus d'un premier soubassement, large de S'^îTS et de O"",?.^ de hauteur, orné de cadres et de panneaux en mosaïque, s'élève un étage de colonnes torses et d'arcades dont les fonds sont occupés par des écussons et des dessins d'étoffe également en mosaïques, souvenir assez frappant des dispositions adoptées au tombeau d'Adrien V. Sur ce riche piédestal, la statue du cardinal repose dans une sorte d'alcôve protégée par une toiture; en avant, deux anges relèvent des rideaux glissant sur une tringle, motif reproduisant, d'une façon presque identique, la scène du mausolée de Benoît XI. La partie supérieure du monument comprend trois niches, dont deux, occupées par des statues de saints, accotent une table de marbre sur

laquelle est gravée la grande inscription relatant les vertus, les titres et la date de la mort du cardinal; tandis que la troisième, cantonnée de colonnes torses, domine tout l'ensemble, et renferme la statue de la Vierge mère du divin Bambino.

Toute la partie inférieure du monument est fiiite d'un marbre blanc qui a pris sous l'influence du temps une belle teinte rosée; les mosaïques sont à fond d'or, leur coloration générale est d'un rouge éclatant. La toiture del'alcove, en partie brisée, laisse voir par cette cassure la mosaïque (|ui en ta|)isse le fond. Les draperies sont en général souples, il y a du mouvement dans les figures de la partie su])éj*ieure, les visages surtout sont d'un naturel très étudié; la Vierge couronnée d'un diadème, assise au sommet, dans une pose majestueuse, porte le divin Enfant qui bénit. La tète de Guillaume de Bray est a])puyée sur un doul)le coussin de marbre blanc et rouge, le visage est imberbe et mar(|ué de rides profondes, les mains sont recouvertes de gants brodés d'une étoile ; l'allure générale de cette statue est encore un peu roide, les plis du vêtement manquent de souplesse. Les deux anges sont au contraire plutcM un peu maniérés dans leur mouvement et les plis de leurs robes sont d'une extrême finesse; on pourrait croire à un contraste voulu.

Somme toute, ce mausolée procède du même art que ceux de Viterbe et de Pérouse, art de transition, un peu bâtard, art romain toscanisé sous l'influence de

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Giotto, de Jean de Pise et d'Arnoltb di Cainhio. D'après ce que nous savons de lui, Jean Cosmati peut très bien en avoir été l'interprète.

Si Jean ne fit que des tombeaux, Deodat ou Adeodat, le dernier des fils de Cosme, ne fit guère que des ciboires. Cependant, comme nous l'avons vu, Deodat signe avec son frère Lucas le chancel de Givita-Castellana et avec son frère Jean le pavement de marbre de l'église Saint-Jacques alla Liingara ; cette signature acquiert même à l'égard de Deodat, une grande importance; les mots Deodatus filius Cosmati étant le seul témoignage authentique par lequel on puisse rattacher avec certitude le marbrier Deodat à la famille des Cosmati .

Deux œuvres intéressantes de lui nous ont été conservées. La plus importante, le ciborium du maître autel de Sainte-Marie inCosmedin, a été érigée, d'après l'inscription qui s'y trouve gravée, par les soins du cardinal François Gaëtani, neveu de Boniface VIII, mais cette inscription ne comporte aucune date. Cependant on peut avec certitude fixer la construction de ce ciborium aux dernières années du xni" siècle; l'exaltation de Boniface VIII eut lieu en effet le 24 décembre 1294, et l'élévation de François au cardinalat est d'environ une année postérieure*. De plus, par sa forme générale, ce monument

1. François Gaetani fit partie de la première création de cardinaux faite après Félévation au trône pontifical de son oncle; elle eut lieu le 17 décembre 1295. Giacconio. Historiœ Ponlificum. Rome, 1677.

n'est qu'une reproduction diminuée du cil)oi'ium de Saint-Paul-liors-les-Murs, élevé en 1285.

Arnolfo, avec son génie, était un créateur; Deodat, artiste d'un bien moindre mérite, n'a pu mieux faire que d'imiter, en la simplifiant, l'œuvre du grand architecte. A Sainte-Marie in Gosmedin, le ciborium repose sur quatre colonnes antiques de granité oriental rouge ornées de chapiteaux d'ordre composite, seuls restes de Tancien ciborium restauré par Alfanus ; quatre arcs en tiers point, trilobés, portent sur ces colonnes, et quatre piliers ajourés, surmontés de pinacles, maintiennent aux angles la poussée de la voûte d'arête intérieure. Sur le sommet de ces arcs ])asse une corniche horizontale, et, au-dessus, s'élèvent quatre frontons ornés de crossettes ; un grand clocheton central terminé par une croix couronne le ciborium ; des anges sculptés en l)as-relief, se détachant sur un fond de mosaïque d'or, décorent les tympans des arcs, tandis que ceux des frontons sont ajourés par une rosace quadrilobée.

Ainsi, Deodat, adoptant pour le ciborium de Sainte- Marie in Gosmedin les dispositions générales de celui de Saint-Paul-hors-les-Murs, aurait été nécessairement amené à appliquer les mêmes principes de stabiHté,les mêmes règles architectoniques, le même style. Quelques différences peuvent être cependant constatées dans l'ornementation des deux ouvrages, mais si celui-ci présente moins de richesse, on reconnaît facilement que tous deux se composent des mêmes éléments. La

Ciborium du maître autel, église de Saintc-

XIII'-' siècle.

Marie in Cosuiedin à Uouk

LRS COSMATI (XII^ HT XIII^ SIÈCI.I^S) 405

similitude est telle que l'on peut se demander si Deodat a bien conçu lui-même le plan de son ciborium, tout en s'inspirant de celui de Saint-Paul, ou, si sa tâche phis restreinte encore, ne s'est pas réduite à exécuter simplement, comme l'avait fait son frère Jean pour le tombeau du cardinal de Bray, les dessins fournis par Arnolfo ?

La signature :

DEODAT ME FECIT

placée au bas du tympan de la façade, ne répond pas d'une façon bien catégorique à cette question. Son extrême laconisme laisse subsister un doute, et ce doute vient naturellement à l'esprit, lorsqu'on se souvient qu'Arnolfo di Gambio vécut jusqu'en 1310 et se maintint jusqu'à la fin de sa vie en correspondance avec les marbriers romains.

Il est donc permis de croire, et nous inclinons fortement vers cette opinion, sans toutefois pouvoir nous prononcer avec une certitude entière, que le marbrier Deodat exécuta le ciborium de Sainte-Marie in Gosmedin au moyen de procédés de collaboration analogues à ceux dont s'était servi son collègue et contemporain Petrus, lorsqu'il travaillait au grand ciborium de Saint- Paul; c'est-à-dire, d'après les dessins et sous la haute direction d' Arnolfo.

En parcourant les galeries du cloître de Saint-Jean-

de-Latraii, musée lapidaire où sont conservés de nombreux fragments provenant de l'ancienne basilique, on peut remarquer deux grands tympans de fronton, ornés de crossettes rampantes, largement ajourés en leur milieu par une rosace composée d'arcades aiguës, trilobées, tendant en un point central au moyen de petites colonnettes formant rayons. Les parties planes de ces tympans étaient couvertes de mosaïques à fond d'or dont il reste encore quelques traces, et l'un d'eux est surmonté de l'écusson des Colonna. Ces restes, d'une architecture délicate et d'une ornementation pleine de finesse, faisaient autrefois partie d'un ciborium élevé au-dessus de l'autel particulier, dédié à sainte Madeleine {diva Maria Maijdalena) situé, dans la grande nef de la basilique, à gauche de la confession de l'apôtre. On voit encore, gravés en belles lettres gothiques, de chaque côté de la rosace, les mots :

MAGR.DEODAT.FECIT.HOC.OP.

Ici l'inscription, plus complète et plus explicite qu'au ciborium de Sainte-Marie in Cosmedin, ne peut laisser de doute et proclame d'une façon certaine que Maître Deodat fut, dans toute l'acception du terme, l'auteur du monument.

Ce ciborium était porté sur quatre colonnes de marbre isolées, avait quatre faces, et quatre frontons semblables, kvi droit des colonnes, quatre piliers en

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forme de pinacles servaient de point d'a[)pui aux frontons en même temps qu'ils équilibraient [)ar leur poids la poussée de la voûte intérieure ^

Cloître de Saint-Jean-de-Latran. — Fronton de l'autel de Sainte-Madeleine à Rome. — xiii" siècle.

1. On pourrait peut-être reconnaître ces pinacles dans ceux qui surmontent deux groupes de colonnes torses niosaïquées, placées dans ces mêmes galeries du Latran, de chaque coté d'un beau siège antique, au-dessus d'un grand soubassement également décoré de panneaux de mosaïques.

Les deux frontons conservés au Latran seraient peut-être des guides assez sûrs pour permettre de reconstituer par la pensée le monument du xiif siècle, mais les indications qu'ils donnent peuvent être complétées par rétude du ciborium de Sainte-Marie in Gosmedin dont celui-ci devait être une répétition à peu de chose près exacte. Notre honoré confrère, M. Rohautde Fleury, dans son beau livre sur la Messe, en a donné une restitution très intéressante; nous pouvons y renvoyer avec confiance le lecteur'.

Non loin de ce fronton, on voit, dans la même galerie, un très beau panneau provenant également de l'autel consacré à sainte Madeleine. Un examen un peu attentif permet de se rendre compte que cet autel devait être autrefois composé d'une table de marbre reposant sur un coffre en forme de sarcophage. La face antérieure, celle qui est exposée dans la galerie, est ornée de six statues représentant des diacres et des prêtres s'avançant processionnellement, séparés par des intervalles égaux, et portant l'un un cierge, un autre un bénitier, un troisième un encensoir, et différents objets en usage pendant les cérémonies du culte; peut-être cette marche rehgieuse se développait-elle sur les autres faces de l'autel, mais rien ne rindique d'une façon bien certaine. Ces figures se détachent en haut relief sur un fond de mosaï-

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