‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 60 sur 96 · Délia Valle : Storia del Duoino d'Orvieto · texte numérisé non relu

Délia Valle : Storia del Duoino d'Orvieto

dans les églises de Rome ou des environs, à la fin du xni' siècle. Jean de Pise et Amolfo di Gambio furent, pendant leur séjour à Rome, les promoteurs de ce mouvement de rénovation, mais ils ne laissèrent après leur dé])art que des imitateurs imparfaits ou des copistes inhabiles, aucun artiste ne se révéla capable de leur succéder et de marcher franchement dans la voie qu'ils avaient ouverte.

Dans un court espace de quinze années, on peut compter plusieurs monuments intéressants élevés sous la direction de Jean, fils de Cosme; quelques-uns ne portent pas de nom d'auteur, mais une identité absolue de style et d'exécution permet, sans aucune chance d'erreur, de les attribuer au même maître.

Guillaume Durand, évéque de Mende, illustre professeur de théologie à l'université de Rologne, mort à Rome après avoir occupé de grandes charges à la cour pontificale, est inhumé dans l'église de Sainte-Mariesur-Minerve. Son tombeau, le premier en date des monuments funéraires sur lequel Jean ait gravé son nom, est signé à la partie inférieure du soubassement, dans un méplat de l'encadrement:

lOHS FILIVS MAGRI COSMATI FEC HOC OP.

Sur un socle, accompagné d'une grande inscription relatant tous les titres et les mérites du défunt prélat,

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s'élève un sarcopliage, en forme de lit de repos, orné dans la partie l)asse de l'éciisson de Dui'and, cinq fois répété, se détachant sur une mosaïque à fond d'or; un dra]) mortuaire, relevé au milieu et retombant sur les cotés en beaux plis symétriques, recouvre la partie supérieure.

L'évé([ue de Mende, étendu, les mains croisées, sur cette couche de marbre, appuie sa tête mitrée sur un coussin ; le corps est strictement emprisonné dans les plis sévères et réguliers des vêtements sacerdotaux; deux anges debout, gardiens rigides drapés dans de longues robes, veillent aux pieds et à la tête du défunt. Le tombeau est surmonté d'un dais gothique, dont l'arcade ogivale trilobée, ornée de mosaïques, supporte un fronton à crossettes et retombe sur deux consoles saillantes. La partie du mur ainsi circonscrite est occupée par un tableau en mosaïques, représentant : la Sainte- Vierge, tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux, assise entre saint Dominique d'un coté, et saint Privât, évêque, de l'autre ; ce dernier désigne à la Mère du Sauveur le pape Boniface VIII, petite ligure agenouillée en posture de donateur, preuve suffisante de la participation active du pontife à l'érection du monument.

Ce lit de repos, ces anges, cette sorte d'alcôve tendue d'étoffe, constituent des éléments nouveaux dans l'œuvre générale des Cosmati et sont bien l'indice du sentiment naturaliste qui dominait alors, mais ces accessoires sont adaptés avec une naïveté et une timidité telles qu'elles

toiiclieiil (le j)rès à ia gauclierie ; Tartiste hésite, n'est pas sûr de lui, veut faire acte de novateur, et, c'est avec maladresse qu'il arrive à se satisfaire. Les lignes élégantes du dais présentent plus de netteté ; elles n'ont cependant rien en elles-mêmes de bien original et répètent à peu près les formes gothiques généralement en usage à cette époque.

Gonzalvo Rodriguez, évoque d'Alhe, mourut peu de temps après Guillaume Durand, aussi, le même artiste, Jean lils de Cosme, put-il être également chargé de lui élever une sé])ulture. Ce mausolée est situé dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure. On lit sur la ftice du soubassement l'inscription suivante :

HIC DEPOSITVS FVIT QUONDVM DOMINVS CONSALVVS EPS ALBONVM ANNO DOMINI M .ce. LXXXXVIII.

et au-dessous, la signature:

HOC OP FEC lOHES MAORI COSME CIVIS ROMANVS.

Le seigneur Gonzalvo fut donc très probablement inhumé dans le courant de l'année 1298, et son tombeau a dû être achevé en môme temps ou presque en même temps que celui de l'évoque de Mende. Du reste, tous deux pré-

Tombeau du cardinal Gonzalvo Rodriguez. — Basilique de Sainte-Marie- Majeure à Rome. — xiif siècle.

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sentent absolument le même ty|)c, les mêmes caractères, on les dirait copiés l'un sur l'autre: même socle, même lit de repos drapé de la même façon, é^^alement orné à la ])artie inférieure de cinq écussons; mômes anges protecteurs pour veiller aux pieds et à la tête du défunt; enfin, même baldaquin ou dais gothique orné de mosaïques dans les tympans et porté sur des consoles soutenues elles-mêmes par des pilastres identiques. L'ordonnance du tableau en mosaïque placé sur la muraille est également la même: la Vierge Marie, portant le divin Enfant, est assise, ayant à sa gauche, saint Mathieu, et, à sa droite, saint Gérôme lui présentant révêque d'Albe agenouillé. La statue couchée de Rodriguez ressemble énormément à celle de Durand, la pose en serait exactement la même si elle n'était tournée dans le sens opposé.

Il est cependant entre les deux monuments une différence intéressante à constater, et qui, du reste, frappe au premier examen. L'un, le tombeau de Guillaume Durand, est signé modestement, timidement même, au bas d'un cadre, dans une moulure, l'auteur, loin de placer son nom en évidence, semble plutôt chercher à dissimuler sa personnalité; tandis que l'autre, le monument de Gonzalvo Rodriguez, porte une signature superbe, gravée en beaux caractères gothiques sur le panneau même du soubassement, l'artiste s'y intitule fièrement citoyen romain, on dirait, que satisfait de son œuvre, il ne veut laisser personne ignorer qu'il en est l'auteur.

Et en effet, cette timidité d'exécution, que nous constations tout à l'heure, n'existe plus ici. Si l'ensemble est conçu dans les mêmes données, si le dessin est en tout semblable pour les deux monuments, la main qui tient à présent le ciseau s'est affermie, la pensée qui la guide est plus élevée. Les anges ailés ont un caractère de recueillement, une allure de protection, une souplesse de mouvement que nous ne leur connaissions pas, et, la statue principale, toute droite et raide qu'elle est encore dans sa pose, atteint un degré de noblesse qui a lieu de nous surprendre. La tète surtout, coiffée d'une mitre brodée, reposant sur un coussin de riche étoffe, un peu inclinée du côté extérieur, est d'une grande beauté plastique et d'un naturel parfait.

Que s'est-il donc passé en si peu de temps, caries deux tombeaux sont presque contemporains ? Qu'est-il ai'rivé, pour que le simple maître marbrier soit devenu un sculpteur forçant à présent notre estime, sinon notre admiration? Giotto, Simone Memmi, Pietro Cavallini, ces éminents naturalistes dont on peut constater la présence à Rome pendant les années 1298 et 1300, avaientils initié le fds de Cosme aux secrets de leur art? Lui avaient-ils appris à étudier la nature? Dut-il ces étonnants progrès aux conseils de Jean de Pise? Peut-être, toutes ces hautes influences se sont-elles combinées pour concourir au résultat obtenu. En tous cas, elles n'ont eu qu'un effet restreint, et, si du côté de la statuaire, il y a réel progrès, le génie inventif fait défaut,

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le fils de Cosme parcourt des routes déjà tracées, avec plus de sûreté peut-être, mais sans apercevoir de nouveaux horizons \

Sous les voûtes nouvellement refaites de l'ancienne église de Sainte-Balbine, on trouve encore une des œuvres les plus remarquables de notre marbrier sculpteur. Nous voulons parler du tombeau du diacre Etienne de Sourdis, chapelain du pape Boniface VIII, mort en 1300.

Ce monument, bien qu'incomplet, car le sarcophage devait être sans nid doute abrité, suivant l'usage, sous un dais gothique, n'en offre pas moins un intérêt considérable. Il est signé dans une grande inscription commençant par les mots :

lOHS . FILI VS . MAGRI . COSMAT . FECIT . HOC.

OPVS

et se terminant par :

DOMM.STEPHANO. D. SVRDIS. DNI . PP CAPELLARIVS.

1. Giotto avait été appelé à Rome en 1298, sous le pontificat de Boniface Vill par Gœtano Stefaneschi, neveu du pape, créé cardinal sous le titre de Saint-Georges au Velabre. Il avait exécuté avec l'aide de Simone Memmi et de Pietro Cavallini, ses élèves, la célèbre mosaïque de la Nacelle à Saint-Pierre.

Ce mausolée doit donc être classé parmi les œuvres authentiques de Jean et prendre une date certaine, de très peu postérieure à celles des tombeaux j)récédents; mais il présente un caractère ornemental tout nouveau.

Sur un grand socle uni, s'élève un premier soubassement incrusté de larges dessins de mosaïques, disques de porphyre reliés entre eux par des bandes entrelacées. Le sarcophage proprement dit, la chasse sépulcrale placée sur ce soubassement est un coffre rectangulaire dont la façade refouillée en caissons de formes variées (étoiles à quatre branches ou octogones, avec fond de mosaïque) présente les écussons de la famille de Sourdis encadrés par des moulures géométriquement combinées. Cette fantaisie décorative obtenue au moyen des recoupements d\ine série d'arcs ogivaux, n'aurait pas été admise dans un monument de style purement romain.

Le diacre Stefano repose au sommet de l'édifice, étendu sur un lit dont la draperie se relève en plis réguliers plusieurs fois répétés ; il a les mains croisées sur la poitrine, la tète un peu inclinée vers le spectateur; son vêtement est un long surplis d'étoffe légère, orné d'une dentelle au col, aux poignets et au bas de la jupe. Malgré sa jeunesse, son visage, aux traits vigoureusement accentués, est empreint d'une austère gravité, mais, et c'est là le défaut particuher de cette statue, la rigidité est par trop absolue. Si le naturalisme florentin a inspiré maître Jean, celui-ci a poussé trop loin

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l'étude (le la vérité; ce n'est pas le sommeil, c'est la mort que l'on a sous les yeux, on se croirait en face d'un cadavre habillé.

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