CHAPITRE VI
Xlir SIECLE
LES ouvrages les plus importants exécutés par les marbriers romains pendant le courant du xni' siècle sont sans contredit les cloîtres construits ou reconstruits sous les pontificats des papes Honorius III, Grégoire IX, Innocent IV et Alexandre IV, entre les années 1220 et 1243. Toutes les magnilîcences de l'architecture, l'éclat des mosaïques à fond d'or, les délicatesses d'une sculpture expressive, apportèrent leur concours à l'ensemble général i)Our lui donner un air d'élégance et de richesse que n'avait encore comporté aucun des édifices de ce genre construits sur le territoire romain.
Le cloître était eii général, au moyen âge, une cour
de forme carrée ou rectangulaire, située dans le voisinage des églises, et entourée de galeries couvertes. Les abbayes importantes en possédaient ordinairement deux: l'un précédait l'église et donnait accès dans les salles communes, réfectoires, dortoirs, salle ca])itulaire; le second, plus ])etit, communiquait à la bibliothèque, à l'infirmerie et servait souvent de cimetière à la congrégation. Les cloîtres primitifs, copiés sur les portiques antiques, ne comportaient que des appentis en charpente soutenus par des colonnes dont la base reposait sur le sol; plus tard, on construisit un socle ou mur d\ap])ui continu, sauf à ménager certains passages ; les colonnes ou piles qui soutenaient la toiture, re])Osèrent alors sur ce socle. Souvent, on décorait les cloîtres de peintures appli(|uées sur les murs, reproduisant des scènes de TAncien et du Nouveau Testament. Lorsque avec le xn' siècle, les établissements monastiques furent arrivés à leur apogée de prospérité et de richesse, quelques-uns d'entre eux ne craignirent pas de déployer dans la construction de leurs cloîtres un luxe jusque-là inusité : les galeries furent soutenues par des colonnes de marbre et les sculptures des tympans retracèrent des emblèmes sacrés. Le cloître était considéré, après l'église, comme la partie la plus importante du monastère; c'était le lieu de méditation, c'était là que les religieux passaient la plus grande partie du temps qui n'était ])as consacré à la prière. Pour ces hommes, qui représentaient l'élément moral et intellectuel de la
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société, c'était dans le cloître (jiie se débattaient souvent les affaires les plus importantes, que se discutait la |)rochaine élection d'un abbé, que se traitaient les points obscurs de controverse, et que se formaient des orateurs capables d'entraîner les masses.
La Sicile, où l'architecture normande était venue, après les croisades, se greffer sur l'architecture sarrasine, où s'étaient élevés des cloUres immenses dont les galeries, portées sur de sveltes colonnettes accouplées, décorées de tympans sculptés, prenaient un caractère de légèreté et d'élégance tout nouveau ; cette terre en tout féconde, où s'étaient rencontrés des artistes venus des deux extrémités du monde, devait être une magnifique école pour les architectes romains. Les exemples qu'ils y rencontraient devaient les entraîner à abandonner une nudité par trop simple au bénéfice d'une ornementation plus somptueuse, peut-être même, en certain cas, trop abondante.
Le grand cloître de San-Martino à Monreale, l'œuvre la plus parfaite en ce genre que nous ait conservée la Sicile, avait été terminé en 1182, sous le pontificat d'Innocent III. Ce pape portait même un tel intérêt à l'avenir de ce nouveau siège épiscopal, que, pour en augmenter l'importance, il avait placé, par une bulle donnée en 1 188, l'évêché de Syracuse sous sa juridiction'. Certains rapports devaient nécessairement s'être établis, dès cette