‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 66 sur 96 · Voir Basiliques ci Mosaïques, t. U. p · texte numérisé non relu

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époque, entre les constructeurs siciliens et les marbriers de Rome; il n'est donc pas étonnant de voir, quelques années plus tard, ceux-ci, appelés à édifier et à décorer des cloîtres, s'inspirer des magnificences siciliennes, en s'attachant à mettre en prati(jue à leur tour des principes de construction et de décoration ayant déjà donné de si beaux résultats.

Vassaletus, le premier dont le nom apparaît dans les inscriptions servant de signature à ces sortes d'ouvrage, employa, au cloître du Latran, le système décoratif ado[)té en Sicile. Il le fit néanmoins avec mesure, et sans se départir de l'ordonnance romaine. Les successeurs de Vassaletus, presque ses contemporains, entrèrent avec confiance dans cette voie ; les cloîtres de la basili(jue de Saint-Paul-hors-les-iMurs, des monastères de Subiaco et de Sassovivo, ainsi que ceux de Viterbe, furent transformés d'après les même données et sous la même influence artistique. La concordance de ces différents monuments avec leur prototype, le cloître de Monreale, est telle que l'on retrouve une analogie frappante, non seulement dans leurs dispositions générales, mais encore dans les détails de leur ornementation ; c'est ainsi que les mêmes chapiteaux se remarquent en Sicile et à Rome, les mêmes motifs dans les tympans, les mêmes colonnes lisses ou cannelées en spirale, et, qu'il existe au cloître de Saint-Paul des colonnes entièrement incrustées de mosaïques très semblables à celles que Ton admire à Saint-Martin de Sicile.

LES CLOITRKS l)K MAKHIiK (XllI' SIÈCLE) 423

Si les arcliitecles romains, grâce à la j)rotection alors toute puissante des papes, ne pouvaient mancjuer de s'inspirer de l'architecture monastique sicilienne, la Provence leur offrait également de beaux modèles. Les provençaux étaient restés, de|)uis 101)8, en communication directe avec les croisés établis en Syrie ; il n'est donc pas étonnant de retrouver dans le midi de la France, aussi bien qu'en Sicile, des traces frappantes de l'art byzantino-sarrasin et d'y rencontrer des établissements religieux rappelant, par leur disposition générale, les cloîtres chrétiens dont le royaume d'Antioche était si largement pourvu.

Le plus bel exemple de cette introduction du style oriental en Provence est le cloître de l'abbaye de Saint- Trophime, fondée à Arles par saint Voigète vers 606, mais entièrement reconstruit d'après de nouvelles données en 1152, époque à peu près correspondante à celle de la construction de l'abbaye de Monreale. Deux des galeries qui l'entourent subsistent encore dans leur état primitif: chacune d'elles se compose de trois travées principales séparées par des piles très puissantes, et, chaque travée est divisée en quatre arcades portées sur des colonnettes accouplées. Les galeries, voûtées en berceaux continus, sont surmontées d'un toit rampant ou en terrasse, déversant ses eaux dans un chéneau dissimulé par la cimaise de l'entablement; des tètes en saillie, faisant fonction de gargouilles, rejetaient ces eaux à l'intérieur du i)réau, dans des caniveaux qui les

amenaient au dehors. Colonnettes, chapiteaux, revêtement des piles, tout est en marbre, et, de tous côtés, les motifs de sculpture abondent. Cependant, malgré l'adoption des formes orientales, les ornements et les profils se rattachent encore à l'architecture classique romaine: Arles avait été dotée avec tant de magnificence par les empereurs qu'elle devait pendant bien des siècles conserver son admiration pour les splendides monuments qu'ils y avaient élevés.

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